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Stage annulé: un étudiant sur cinq ne validera pas son année

Un amphithéâtre de l'Université de Rouen-Normandie à Mont-Saint-Aignan en octobre 2017 (photo d'illustration).

Un amphithéâtre de l'Université de Rouen-Normandie à Mont-Saint-Aignan en octobre 2017 (photo d'illustration). - Charly Triballeau

Avec le confinement et la crise sanitaire liée au Covid-19, la scolarité des étudiants a été perturbée. Et pour ceux qui devaient réaliser un stage en entreprise, l'année pourrait être perdue.

C'était l'une des craintes des organisations étudiantes. Qu'avec le confinement, la crise sanitaire du Covid-19 et la mise en place des règles de distanciation, un certain nombre d'étudiants ne puissent pas effectuer leur stage en entreprise, pourtant obligatoire dans le cadre de leur cursus, et qu'ils en soient pénalisés pour la poursuite de leurs études.

Si de nombreux établissements du supérieur ont promis de tout faire pour ne pas pénaliser les étudiants qui n'auraient pas pu effectuer leur stage, certains jeunes affirment pourtant qu'ils ne pourront pas valider leur année. Ce serait le cas de près d'un étudiant sur cinq, selon un sondage Opinion Way réalisé pour l'association Article 1, qui agit en faveur de l'égalité des chances.

Un stage sur deux perturbé

Selon cette enquête, la moitié des étudiants interrogés ont évoqué "de grandes difficultés" dans leurs recherches de stage au cours de l'année scolaire. Des difficultés encore plus grandes chez les jeunes issus des milieux populaires: en moyenne, ceux accompagnés par l'association ont envoyé 21 CV, contre huit pour la moyenne de la population étudiante.

"Avant d'obtenir un stage, les étudiants essuient en moyenne quatre refus, pointe l'étude. Les jeunes issus du panel Article 1 en déclarent deux fois plus."

Le confinement et la baisse d'activité des entreprises ont ainsi sans surprise touché la scolarité des étudiants: près de la moitié des stages ont été interrompus, reportés ou annulés. Dans le détail, ce sont 13% des étudiants qui assurent avoir été confrontés à des annulations, 5% à des reports et 9% à des expériences professionnelles totalement suspendues.

Et pour les étudiants issus de milieux populaires, "le constat est encore plus alarmant", pointe l'étude. Un quart des jeunes accompagnés par l'association déclarent avoir perdu leur stage pendant la crise.

Un étudiant sur deux ne fera pas de stage

Un phénomène qui a des conséquences inquiétantes pour la suite de la scolarité dans le supérieur. Deux tiers des étudiants déclarent en effet avoir encore plus de mal qu'avant la crise à trouver un stage et près d'un étudiant sur deux estime qu'il ne pourra pas du tout effectuer de stage cette année.

Au total, ce sont 47% des étudiants interrogés qui déclarent ne pas avoir pu effectuer de stage à cause de la crise sanitaire et économique. Plus inquiétant encore, 22% ne pourront pas valider leur année d'études. Benjamin Blavier, co-fondateur de l'association Article 1, tire la sonnette d'alarme.

"En plus du fait que les stages n'ont pas eu lieu, il y a des jeunes qui ont perdu leur job alimentaire, déplore-t-il pour BFMTV.com.

Ce qui met en péril la possibilité même de poursuivre leurs études." Si son association est venue en aide, par le biais d'un fonds d'urgence, à 150 étudiants en grande difficulté financière, il craint des dégâts pour tous ceux qui tentent de se débrouiller seuls.

Pessimistes sur l'avenir

Globalement, les étudiants s'avouent pessimistes quant à leur avenir, aussi bien dans l'enseignement supérieur que dans le monde professionnel. Huit sur dix considèrent qu'il sera encore plus difficile qu'avant le Covid-19 de trouver un stage, notamment pour les jeunes en difficultés. Et sept sur dix estiment que leur génération en paiera le prix fort.

Benjamin Blavier redoute ainsi que les inégalités se creusent davantage face à l'emploi. "Avec la tension sur le marché du travail, les vagues de licenciements et la chute des offres, on n'est pas loin d'une génération Covid. Et on sait bien qu'en période de crise, ceux qui sont encore plus touchés sont les jeunes défavorisés, notamment par leur manque de réseau."

Mais le co-fondateur de l'association Article 1 assure que des outils "qui fonctionnent" pourraient être mis en place afin d'éviter que la situation se dégrade davantage, à l'exemple du mentorat. "On a pu sauver une cathédrale, on pourrait tout à fait imaginer quelque chose pour sauver la jeunesse." Et il ajoute:

"Il faut que le gouvernement se mobilise et soit attentif à ne pas sacrifier cette jeunesse. Beaucoup de choses ont été faites ces dernières années pour favoriser la diversité en entreprise ou pour lutter contre les discriminations, c'est le moment de vérité."
https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV