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SNCF: bientôt un nouveau poste pour l'employé payé 5.000 euros par mois pour rester chez lui?

Charles Simon, qui se considère comme un lanceur d'alerte, avait dénoncé une fraude de 20 millions d'euros. Placardisé, il demande désormais réparation du préjudice qu'il subit à la SNCF. Ses courriers adressés à Guillaume Pépy sont restés sans réponse...

Histoire saugrenue à la SNCF. Un cadre est payé depuis 12 ans à ne rien faire à la suite d'un conflit avec son employeur. Et en attendant une affectation qui ne vient pas, Charles Simon est rémunéré près 5.000 euros par mois pour rester chez lui. C'est d'ailleurs à son domicile qu'il reçoit en short et chemisette à manches courtes pour raconter son histoire.

"Chaque mois je reçois une fiche de paie et un virement, raconte-t-il à BFMTV. Le mois dernier comme chaque année en juin, j'ai aussi perçu une prime de 600 euros pour les vacances".

5.000 euros par mois pour rester chez lui

Retour en arrière. C’est en 2003 que Charles Simon s’est retrouvé dans cette situation. Cette année-là, il est détaché par la SNCF auprès d’une de ses filiales "Geodis Solutions", société de transport et de logistique. Il découvre alors des malversations.

"Après trois ans d'activité normale, je découvre une fraude basée sur de fausses factures de litiges transports pour un montant de 20 millions d'euros que Thomson va demander à Geodis de lui régler", expose-t-il en montrant ses archives personnelles, conservées dans un carton.

Lanceur d'alerte

Charles Simon informe sa hiérarchie qui lui dit que le nécessaire sera fait. Mais il doit alors quitter Geodis pour retourner à la maison-mère, la SNCF. Sauf que là, aucune nouvelle affectation ne lui est proposée. Le salarié n’a d’autre choix que de rester chez lui. Sa carrière est stoppée nette.

Il écrit plusieurs lettres à Guillaume Pepy, le président de la SNCF, pour réclamer réparation. Des courriers restés sans réponse. "Je demande la reconnaissance de mon préjudice parce que si je n'avais pas été dans un placard, j'aurais pu faire une belle carrière", juge-t-il.

Charles Simon se considère comme un lanceur d’alerte et espère que son histoire permettra de protéger d’autres salariés qui, comme lui, se sont retrouvés placardisés après avoir dénoncé des fraudes.

Un nouveau poste en septembre?

De son côté, la SNCF indique que cet employé n'a déposé aucune plainte contre la mauvaise gestion qu'il dénonce, et considère l'attitude de Charles Simon "comme mal intentionnée", précisant qu'il a "refusé toutes les solutions proposées, reclassement ou négociation financière pour quitter l'entreprise", selon un porte-parole du groupe. 

Le groupe public, qui n'est pas en capacité de mettre quelqu'un à la retraite d'office, ne peut pas non plus le licencier, puisque Charles Simon est employé "au statut cheminot, qui interdit le licenciement", souligne le porte-parole.

La SNCF a précisé mettre fin à toute négociation sans lui verser "un euro de dédommagement" et annonce que le Saint-Quentinois qui a fait l'école des Mines et l'ESSEC "sera affecté à un nouveau poste à partir du 1er septembre". Qualifiant cette offre de "mutation disciplinaire" et précisant qu'il n'était pas au courant de cette proposition, le cinquantenaire a confié qu'il préférait une négociation de ces conditions de départ. "Si on me propose un poste, je demande un dédommagement", a-t-il ajouté.

Charles Simon réclame 500.000 euros à la SNCF

La SNCF ajoute avoir été attaquée en 2011 devant les Prud'hommes par Charles Simon, qui estimait "que son inactivité constitue un préjudice". Le salarié "a été débouté", et réclame désormais au groupe ferroviaire "un demi-million d'euros de dédommagement pour son inactivité", selon la SNCF.

Alors que la SNCF estime que l'homme a juridiquement épuisé toutes ses voies de recours, son avocate Me Anne-Sophie Petit, a expliqué qu'une demande de dommages et intérêts pour sanction injustifiée était en procédure à la Cour d'appel de Paris.

S.A. avec Emmanuelle Geuns avec Anne-Sophie Warmont