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Salim, Français et jihadiste echerché: "Qui l’a transformé?"

Un extrait d'une vidéo de propagande diffusée par Daesh le 23 septembre dernier.

Un extrait d'une vidéo de propagande diffusée par Daesh le 23 septembre dernier. - Ho - IS - AFP

Salim B., Français de 33 ans, serait l'un des "bourreaux" de Daesh. Portrait d’un jeune homme que rien ne destinait au jihad, selon ses proches.

Ils n’arrivent toujours pas à y croire. Ceux qui ont connu Salim B. sont sous le choc: les Etats-Unis ont révélé lundi soir que ce jeune Français âgé de 33 ans était l’un des dix terroristes étrangers les plus recherchés par Washington. Selon les informations de l'administration Obama, il se trouve actuellement en Syrie dans les rangs de Daesh (anciennement Etat islamique, ndlr). "Il se charge des exécutions au nom du groupe", peut-on lire sur la fiche américaine, qui indique également qu’il est sous le coup d’un mandat d’arrêt européen.

Son avocat "totalement stupéfait"

"C’était un jeune homme attachant, venant d’une famille d’une grande dignité. Je me souviens d’un père d’une grande douceur et d’une mère tout à fait responsable", explique à BFMTV son ancien avocat, Me Léon-Lef Forster. Le jeune homme, marié et père de deux enfants, aurait quitté en milieu d'année dernière sa famille et sa ville, Cachan, dans le Val-de-Marne, pour la Syrie. "Je suis totalement stupéfait. Ce que l’on décrit ne correspond absolument pas au Salim que j’ai connu, à tel point que j’en viens à me demander s’il ne s’agit pas d’un homonyme", confie l’avocat, interloqué.

Si Salim a un avocat qui le connaît aussi bien, c’est parce que son passé judiciaire est déjà lourd malgré son jeune âge. En 2007, après avoir fui en Algérie puis s’être rendu volontairement à la police, il est condamné pour le meurtre d’un "ennemi" de sa cité de Cachan, abattu de sept balles de chevrotine en 2001. Une "embrouille de cité" dans une atmosphère de représailles entre deux bandes adverses. "On a voulu faire la même chose qu’eux: soigner notre peur en faisant peur", explique à l’époque le jeune Salim à la barre, selon le compte-rendu judiciaire de Libération. Le verdict tombe: onze ans pour lui, douze ans pour l’autre prévenu.

En prison, il a "tout fait pour s'en sortir"

En prison, Salim B., "qui ressent de la culpabilité", "fait tout pour s’en sortir", selon son avocat: "Il a eu un suivi psycho-thérapeutique, il a bénéficié d’une formation professionnelle, et il cherchait à tout prix à préparer son insertion sociale. Il était animateur et insistait sur le fait qu’il voulait encadrer les jeunes pour les empêcher de tomber dans la violence". Salim sort en 2010, après avoir purgé huit ans de prison – il a été mis en détention provisoire en 2002, confirme son avocat à BFMTV.com.

Hichem (prénom modifié), l’un de ses amis d’enfance, le revoit peu de temps après. "Il me parlait de ses projets d’avenir professionnel, de la manière de subvenir aux besoins de sa petite famille. Il n’y avait aucun signe de radicalisation chez lui, aucun", insiste le jeune homme, formel, auprès de BFMTV. Lui n’en revient pas non plus. "Le Salim que je connais était quelqu’un qui avait la tête sur les épaules, pas idiot. D’ailleurs, je le trouvais plutôt craintif, ce n’est pas quelqu’un que j’aurais pu voir courageux face à la violence. Qu’est-ce qui a pu se passer? Qu'est-ce qui l'a transformé, si son identité est bien confirmée? Je me pose la question".

Alexandra Gonzalez