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Marche contre l'islamophobie: une photo d'une petite fille arborant une étoile jaune fait polémique

Plusieurs personnalités se sont indignées d'une photo, abondamment relayée sur les réseaux sociaux, sur laquelle on peut voir des manifestants arborant une étoile ressemblant au symbole de la discrimination des juifs durant la Seconde Guerre mondiale. La sénatrice écologiste Esther Benbassa était à leur côté, mais réfute tout antisémitisme.

C'est l'une des images qui risquent d'entacher la "marche contre l'islamophobie", manifestation qui s'est déroulée dans le calme ce dimanche à Paris et qui a réuni 13.500 personnes selon notre comptage. Il s'agit d'une photographie, abondamment relayée sur les réseaux sociaux, où l'on voit des manifestants arborer une étoile jaune. 

Comportant cinq branches (et non six comme l'étoile de David), l'autocollant rappelle néanmoins le dispositif, bien connu, de discrimination et de répression des populations juives durant la Seconde Guerre mondiale. Une manière, peut-on comprendre, de comparer leur sort à celui réservé aujourd'hui à certains musulmans de France.

Une comparaison "à vomir" selon Jakubowicz

Au-delà du relativisme problématique que recèle cet ornement, il y a le fait que, comme on le voit sur l'image, une petite fille en a été affublée. Elle et les manifestants côtoient à ce moment-là la sénatrice écologiste Esther Benbassa qui, contrairement à l'ensemble des cadres d'Europe Écologie-Les Verts, a maintenu sa présence à la marche en "son nom". C'est elle-même qui a publié la photo sur Twitter.

L'avocat Alain Jakubowicz, ancien président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), a été un des premiers à s'en indigner, jugeant la comparaison "à vomir".

"S’il devait par malheur advenir que cette petite fille risque un jour de terminer sa vie dans une chambre à gaz je serais prêt à sacrifier la mienne pour le lui éviter. Mais aujourd’hui (...) ceux qui l’ont affublée de cette étoile se sont déshonorés", a-t-il écrit. 

Indignation chez LaREM, LR et au PS

La plupart des leaders du Printemps républicain, mouvement qui défend la laïcité, ont également relayé la photo en la dénonçant. "Le détournement de l'étoile jaune est une infamie", s'est désolé l'ancien vallsiste Gilles Clavreul. Idem chez La République en marche, où la députée des Yvelines Aurore Bergé accuse les manifestants présents sur l'image d'avoir "instrumentalisé" la jeune fille. 

Le maire Les Républicains du XVIIe arrondissement de Paris, Geoffroy Boulard, dénonce quant à lui "une manipulation de la Shoah". L'intellectuel Bernard-Henri Lévy juge "ignoble" cette "mise en scène" et condamne directement Esther Benbassa. "Il n’y a pas d’autobus place de la Contrescarpe. Pas de Vél d’Hiv ni d’étoile jaune contre les musulmans", a-t-il tweeté. 

Le sénateur socialiste David Assouline adopte une tonalité tout aussi virulente. "Je cherche les mots pour dire mon écœurement", a-t-il écrit, qualifiant finalement la photo d'"obscène". 

Benbassa se défend de tout antisémitisme

La sénatrice Esther Benbassa, elle, se défend de tout antisémitisme. Dans une série de tweets, l'élue EELV affirme ne pas avoir "remarqué ces insignes". Puis elle précise que la jeune fille, ainsi que les manifestants avec qui elle défile, portent "une étoile à 5 branches (celle portée par les Juifs en comptait 6), un croissant de lune évoquant la fin du Ramadan".

"Et me voici traitée d'antisémite et de négationniste. Moi, une juive, ayant consacré ma vie à écrire l'histoire des miens", s'émeut-elle, brandissant les couvertures des différents ouvrages qu'elle a pu écrire ou co-écrire sur le sujet. 

"La condition des Juifs dans les années noires et celle des musulmans aujourd'hui ne sont pas comparables. Mais que nos contemporains stigmatisés s'identifient à ces souffrances passées est tout à fait compréhensible. Personne ne vole ici sa souffrance à personne."
Jules Pecnard