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Du terme "islamophobie" à ses initiateurs, pourquoi la manifestation de ce dimanche à Paris a fait débat

Depuis l'appel à manifester lancé le 1er novembre dans le quotidien "Libération", quatre jours après l'attaque de Bayonne et sur fond de débat ravivé sur le port du voile et la laïcité, la classe politique, et en particulier à gauche, n'a eu de cesse de se déchirer autour de leur participation, ou non, à ce rassemblement controversé.

La manifestation controversée contre l'islamophobie à Paris a mobilisé 13.500 personnes selon le comptage indépendant du cabinet Occurrence, ce dimanche. Un rassemblement qui s'est déroulé dans le calme, après avoir divisé la gauche, suscité de vives critiques de la part du RN, et que peu de personnalités de la majorité et d'une partie de la droite se soit positionnées à son sujet.

Cette marche, décidée à l'appel de plusieurs personnalités et organisations comme le NPA ou encore le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), est arrivée vers 16 heures Place de la Nation, avant que ne débute sa dispersion une fois la nuit tombée.

La classe politique se déchire

Le message initial était de dire "STOP à l'islamophobie", à la "stigmatisation grandissante" des musulmans, victimes de "discriminations" et d'"agressions" dont "l'attentat contre la mosquée de Bayonne (...) est la manifestation la plus récente".

Mais depuis l'appel à manifester lancé le 1er novembre dans le quotidien Libération, quatre jours après l'attaque de Bayonne et sur fond de débat ravivé sur le port du voile et la laïcité, la classe politique se déchire autour de la participation à ce rassemblement.

La notion-même d'"islamophobie" ainsi que l'identité de certains signataires de l'appel ont conduit une partie de la gauche à ne pas s'y associer, au PS ou au PRG, ou encore à relativiser leur soutien initial, comme l'eurodéputé EELV Yannick Jadot et le député LFI François Ruffin.

"Main dans la main avec les islamistes"

Autre point polémique: la référence, dans la tribune publiée chez nos confrères, à "des lois liberticides" qui viseraient les musulmans en France, et comprise de différentes manières en fonction des participants. Une référence pourtant assumée par le CCIF auprès de BFMTV.com aux lois laïques de 2004 et 2010, concernant respectivement les signes religieux à l'école et le fait de ne pas pouvoir être entièrement le visage couvert dans la rue.

Le PCF a rappelé l'"extrême urgence de dire stop" à l'islamophobie, malgré les réserves de son secrétaire national Fabien Roussel, mal à l'aise avec le mot d'ordre.

Pour la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, "tous ceux qui vont se rendre à cette manifestation seront main dans la main avec les islamistes, c'est-à-dire ceux qui développent dans notre pays une idéologie totalitaire qui vise à combattre les lois de la République française".

"Certains refusent en réalité aux musulmans le droit d'être défendus"

"Il y a une volonté de saboter la manifestation, évidemment", dénonce le conseiller municipal de gauche à Saint-Denis, Madjid Messaoudene, un des initiateurs de l'appel.

"Depuis la tribune, nous faisons face à une alliance d'une nature surprenante, entre le PS, le RN, ou encore le gouvernement, qui sont tous vent debout contre une marche antiraciste, c'est hallucinant", s'insurge l'élu. L'élu pense "qu'il y aura beaucoup de monde" à cette "marche progressiste", car "il y a un contexte où les gens ont besoin de dire ça suffit".

De nombreuses personnalités, notamment politiques, doivent participer à la manifestation, comme Jean-Luc Mélenchon. "J'observe qu'en partant d'un désaccord sur un mot, certains refusent en réalité aux musulmans le droit d'être défendus par des gens qui ne sont pas musulmans et qui veulent faire cesser l'ambiance actuelle contre eux", a estimé le chef des Insoumis.

Jé. M. avec AFP