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À quoi vont ressembler les colonies de vacances cet été?

Une colonie de vacances à Naucelle, dans l'Aveyron, en juillet 2010 (photo d'illustration)

Une colonie de vacances à Naucelle, dans l'Aveyron, en juillet 2010 (photo d'illustration) - Rémy Gabalda-AFP

Si les enfants pourront partir en colonie de vacances cet été, le coronavirus impose de nouvelles règles. Lits superposés tête-bêche, panier repas à la cantine et distanciation physique: si certains approuvent, d'autres estiment que ce protocole va à l'encontre de la vie quotidienne en colonie.

Bonne nouvelle pour les colonies de vacances. Ces dernières seront autorisées à accueillir les enfants à compter du 22 juin. Aussi bien dans les départements verts que oranges. Si les mineurs pourront également partir dans les outre-mer, tout séjour à l'étranger reste proscrit, indique le protocole sanitaire relatif à la reprise des accueils collectifs de mineurs avec hébergement diffusé lundi soir.

Pas de limite du nombre d'enfants

Officiellement, aucune consigne ne limite le nombre de mineurs hébergés dans ces structures. L'organisateur doit cependant tenir compte "du respect de la distanciation sociale et des gestes barrière", ajoute le protocole du ministère de l'Éducation nationale et la jeunesse. Ce qui signifie que l'adaptation des locaux et l'organisation des activités "entraînent, de fait, une limitation du nombre de jeunes".

Dans le cadre d'activités, les groupes ne dépasseront pas 15 jeunes, leur constitution ne devra pas changer durant le séjour et les interactions entre groupes devront être limitées. Lors d'activités sportives, la distance devra par ailleurs être de deux mètres entre chaque enfant.

Dans le détail, une personne sera désignée, dans chaque structure, comme référente covid-19 et sera chargée du suivi sanitaire. Le ménage devra être fait deux fois par jour et les objets fréquemment touchés - comme les poignées de porte - devront être quotidiennement désinfectés. La participation des enfants aux tâches de nettoyage sera ainsi "limitée". 

Masque quand la distanciation est impossible

Comme à l'école, l'application des gestes barrière s'annonce scrupuleuse. Des points d'eau pour permettre le lavage des mains ou de distribution de gel hydroalcoolique devront également être "en nombre suffisant" à proximité des lieux d'accueil et d'activité.

Le protocole d'une dizaine de pages insiste sur "le lavage des mains à l'eau et au savon pendant vingt à trente secondes, avec un séchage soigneux" qui devra être fait "après être allé aux toilettes, avant de manger et après s'être mouché, avoir toussé ou éternué". Mais aussi "lors de l'arrivée ou de la sortie de l'accueil, lors de chaque changement de lieu d'activité, après avoir manipulé des objets potentiellement partagés au moment des activités".

En ce qui concerne le port du masque, il sera obligatoire pour les encadrants "lorsque la distanciation physique n'est pas possible". Les enfants en seront exemptés sauf pour les mineurs de plus de 11 ans "lors d'activités dans lesquelles la distanciation physique n'est pas possible", notamment lors des transports.

Tête-bêche pour les lits superposés

Autre consigne du protocole: les fenêtres des lieux d'accueil et d'hébergement devront être ouvertes "le plus fréquemment possible" - notamment entre chaque activité - et l'utilisation de ventilateur sera proscrite (sauf dans les chambres individuelles).

Concernant le couchage, si le nombre d'enfants par dortoir n'est pas limité, chaque lit devra être séparé d'un mètre. Les lits superposés seront par ailleurs autorisés à condition que les enfants soient couchés tête-bêche. L'hébergement sous tentes est également autorisé à condition qu'il permette le respect des règles de distanciation physique.

Quant à la restauration, le protocole recommande de l'envisager sous forme de paniers ou plateaux repas distribués individuellement, les enfants toujours séparés d'un mètre. À défaut, les files d'attente devront être limitées au maximum pour permettre la circulation et éviter les attroupements. Et comme dans les restaurants, les tables devront là aussi être distancées d'un mètre.

"Cela va ressembler aux colonies que l'on aime"

"On est très satisfait", confie à BFMTV.com Louise Fenelon, référente de la commission vacances enfants-ados de l'Union nationale des associations de tourisme et de plein air (Unat).

"Sur le plan pédagogique, cela va ressembler aux colonies que l'on aime avec du sens et du vivre-ensemble. Le gouvernement n'a pas retiré l'essence même des colonies."

Si cette représentante de l'Unat pense pouvoir accueillir 80 à 90% des effectifs habituels, elle craint que certains comités d'entreprise ne renoncent à proposer de colonies à leurs salariés, le plan ayant été annoncé "un peu tard".

"L'incertitude est anxiogène dans ce secteur. Beaucoup d'organismes ont déjà renoncé à organiser des colonies et ont préféré une année blanche, craignant que le protocole ne soit pas viable économiquement ou ne provoque des annulations de dernière minute."

Louise Fenelon évalue à 10% du budget les dépenses supplémentaires liées aux achats de fournitures et embauches de personnel imposés par le protocole.

"L'objectif, c'est de ne pas faire peser cette dépense sur les familles, déjà en difficultés."

Elle évoque notamment le dispositif vacances apprenantes annoncé par Jean-Michel Blanquer - qui pourrait concerner un million d'enfants - ainsi que le financement de 250.000 départs en colonies, "ce qui nous garantit un remplissage."

Un protocole "à contre-sens" de la colonie

Arnaud de Bechevel, président de Vitacolo, une association qui proposera cet été encore des colonies de vacances dans toute la France à un millier de jeunes, n'est pas aussi enthousiaste. Il dénonce un protocole "utopique". "La distanciation, les masques, cela va à contre-sens", déplore-t-il pour BFMTV.com.

"On peut engager du personnel, acheter du savon, du gel hydro-alcoolique et désinfecter les locaux. Mais qu'est-ce que l'on va dire à un enfant en bas âge qui pleure? Qu'on ne peut pas le prendre dans les bras? Sur la sécurité morale et affective, on est très loin de ce qu'est une colonie."

Cet organisateur espère que d'ici le mois de juillet, le protocole sera assoupli. Car il craint que ces modalités d'accueil ne créent un climat anxiogène. 

"Notre priorité, c'est que les enfants soient heureux et se sentent bien avec nous. Leur demander de porter un masque, c'est très loin de la réalité et de la vie quotidienne en colonie."

"Désinfecter la relation affective"

Arnaud de Bechevel regrette également que les sports collectifs ne soient pas encore permis - "impossible de faire du rugby s'il faut espacer les enfants de deux mètres". S'il est en train de plancher sur la mise en pratique du protocole, il assure déjà qu'il sera en capacité de proposer des repas collectifs à table dans le respect de la distanciation. 

"On ne va pas en plus aseptiser la relation au repas. En colonie, les enfants vivent des émotions, des expériences, font la découverte de la collectivité, rencontrent la mixité. Tout cela risque de désinfecter la relation affective."
Céline Hussonnois-Alaya