BFMTV
Société

Que préparent les gilets jaunes pour la rentrée ?

Gilets jaunes suspendus sur un stand de Montceau-les mines (Saône-et-Loire) le 29 juin, lors de la troisième assemblée du mouvement.

Gilets jaunes suspendus sur un stand de Montceau-les mines (Saône-et-Loire) le 29 juin, lors de la troisième assemblée du mouvement. - Jean-Philippe Ksiazek - AFP

Affaibli ces derniers mois, le mouvement des gilets jaunes continue d'exister, et différentes manifestations sont prévues pour la rentrée.

Le 24 août, quelques centaines de gilets jaunes manifestaient à Paris, jour de l'ouverture du G7 à Biarritz (Pyrénées-Atlantique). À Toulouse (Haute-Garonne) et Bourg-en-Bresse (Ain), d'autres rassemblements avaient aussi lieu. Le 25 août, des protestataires envahissaient un supermarché d'Angers, qui ouvrait pour la première fois sans caissier, des gilets jaunes étaient présents. Mais rien à voir avec l'ampleur des mobilisations de fin 2018.

Des gilets jaunes de Marseille, rencontrés mardi soir par BFMTV, promettent pourtant un "septembre noir" au gouvernement. "La rentrée va être très chaude", assure l'un d'entre eux. "Le gouvernement a du souci à se faire car beaucoup de choses vont se passer en septembre, sur le même mode de mobilisation : on va essayer les péages, les rond-points et aussi les manifestations le samedi", poursuit un autre.

Des rassemblements peu suivis pour l'instant

Mais dans les faits, si des appels à la mobilisation ont bien été diffusés sur les réseaux sociaux, ces événements semblent pour l'heure peu suivis. Un compte Twitter "Gilets Jaunes Paris" assure par exemple qu'un "parcours est en cours de validation" pour un 42ème weekend de mobilisation dans la capitale, samedi 31 août. Des événements Facebook appellent également au rassemblement à Montpellier, Toulouse, mais aussi à la frontière Franco-suisse. Sauf que seuls un peu plus de 200 internautes se sont inscrits comme participants à ce dernier, bien moins pour les deux premiers.

"Les rassemblements continuent, évidemment ils ne rassemblent qu'une centaine de personnes", explique sur BFMTV Emmanuelle Anizon, grand reporter à L'Obs, co-auteure de l'ouvrage "Rester Digne" avec une figure du mouvement des gilets jaunes, Ingrid Levavasseur. "Après les braises sont là, le feu est là, et si pour le moment il est un peu éteint, rien ne dit qu'il ne peut pas se rallumer."

Un événement nommé "21 Septembre : Mobilisation Historique" réunit par exemple plus de 3000 promesses de participation mercredi à la mi-journée. Il appelle à une manifestation à Paris "trois mois après la mort" de Steve Maia Caniço, dont le corps a été retrouvé en juillet dans la Loire. Le jeune homme avait disparu le soir de la fête de la Musique à Nantes, marquée par une opération de police controversée.

"Il ne faut pas oublier qu'il y a les un an du 17 novembre (première grande manifestation des gilets jaunes, ndlr) qui peuvent quand même être un rendez-vous important et puis le malaise démocratique, économique, il reste là, donc comment ça va se traduire?", lance Emmanuelle Anizon. "Est-ce qu'à un moment une réforme ne peut pas provoquer une nouvelle explosion? Ou un dérapage type violences policières lors d'une manifestation climat par exemple? On peut tout à fait imaginer que cela ramène des gens à la rue".

Ces mouvements "ont muté"

Mais surtout selon elle, les rassemblements "ont muté, c'est à dire que ce mouvement qui était à la base un mouvement de travailleurs pauvres, est devenu pour ceux qui restent encore sur le terrain essentiellement un mouvement de personnes qui ne travaillent pas".

Selon ses observations, "il y a quand même des réflexions de structuration du mouvement en lobby citoyen, du côté de Priscillia Ludosky, de Jérôme Rodriguez, de François Boulo [différents leaders des gilets jaunes, ndlr] par exemple". Une "acceptation d'une forme d'institutionnalisation du mouvement peut aboutir à de nouveaux leaders, ce n'est pas impossible", déclare la journaliste.

Le gouvernement reste "attentif"

S'ils veulent continuer à exister, les gilets jaunes doivent rejoindre d'autres mouvements sociaux, estime pour sa part le sociologue Jean-François Amadieu. "Ils peuvent surfer sur les fonctionnaires qui vont défendre le service public et en même temps leur emploi", explique le spécialiste, évoquant par exemple la colère des pompiers ou les grèves au sein des services d'urgences.

Interrogée sur de possibles mobilisations des gilets jaunes à la rentrée, Sibeth Ndiaye a ainsi assuré que l'exécutif était "vigilant" face à la colère d'un "certain nombre de catégories socioprofessionnelles", comme les aides-soignants, les infirmiers, les agriculteurs ou encore les routiers. Signe que le gouvernement reste attentif: Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur, a dressé un "panorama exhaustif" de la mobilisation durant le Conseil des ministres de ce mercredi.

Salomé Vincendon