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Profs absents et remplaçants sous-qualifiés, la colère des parents en Seine-Saint-Denis

Derrière ces grilles à Saint-Denis, le terrain vague où le "Ministère des bonnets d'âne", collectif de parents d'élèves du 93 en colère, a pris ses quartiers.

Derrière ces grilles à Saint-Denis, le terrain vague où le "Ministère des bonnets d'âne", collectif de parents d'élèves du 93 en colère, a pris ses quartiers. - BFMTV

Un collectif de parents qui entend saisir le Défenseur des droits dénonce à la fois les absences à répétition d'enseignants, souvent non remplacées, et le manque de formation criant des contractuels chargés de pallier ce manque.

"Je voudrais avoir des remplaçants qui soient au niveau de notre vraie maîtresse. On nous a dit d'écrire des 'A' majuscules et de 'A' minuscules, alors que je suis en CM1." Siméon, scolarisé en Seine-Saint-Denis, fait partie de ces élèves pour lesquels "Le ministère des bonnets d'âne" se bat et entend saisir le Défenseur des droits. Ce collectif de parents d'élèves en rogne a son QG à Saint-Denis, en plein centre-ville rue Suger, sur un terrain vague situé à deux pas de l'école Jules Vallès.

Le problème est double. Il consiste en une absence importante et récurrente des professeurs palliée, quand elle l'est, par des remplaçants parfois peu ou mal formés. La FCPE estime que tout au long de sa scolarité, chaque élève du 93 perd ainsi environ une année de cours. Une vraie rupture de l'égalité des chances, selon le collectif.

Une campagne de recrutement controversée

Des exemples de parents angoissés par l'avenir scolaire compromis de leurs enfants, le collectif affirme en avoir recueilli des dizaines. Selon les syndicats, on compterait quelque 10% de contractuels parmi les professeurs des écoles. Saskia, membre du collectif, met en doute le sérieux du recrutement de ces remplaçants. "On a des témoignages de gens qui n'avaient absolument pas l'intention de travailler dans l'Education nationale et à qui, au terme d'un entretien de 3 minutes, Pôle emploi a proposé un travail. Ils ne sont ni formés, ni accompagnés", s'indigne-t-elle.

A la mi-septembre, Pôle emploi avait lancé une vaste campagne pour recruter 300 contractuels, dont l'agence faisait ainsi une première sélection, à charge pour le ministère d'affiner cette dernière. Mis en face d'enfants âgés de 2 à 11 ans, ces recrues sont chargées d'enseigner aussi bien le français, que les maths, l'histoire, la géographie, les sciences, une langue vivante ou les arts plastiques. "Ce sont les services de l'Education nationale qui procèdent au recrutement de ces personnes qui seront accompagnées, comme les autres enseignants, par les inspecteurs de circonscriptions et par leurs écoles", d'après le rectorat. Mais faute d'une formation pédagogique adaptée, les contractuels pâtissent parfois de leur impréparation.

Quand les professeurs ne veulent plus aller en Seine-Saint-Denis

Alors pourquoi autant d'absences? Les jeunes professeurs ne veulent simplement plus subir cette affectation dont ils savent qu'elle risque de durer. "C'est sur tous les forums, tous les tchats, on est prisonniers de la Seine-Saint-Denis. Dans mon cas, mon conjoint travaille aussi dans le 93, donc il me faudra attendre 27 ou 30 ans de carrière pour pouvoir le quitter", explique Catherine Da Silva, directrice d'école et déléguée SNUIPP.

Résultat: les candidats échaudés par les problèmes de logements de transports et la mauvaise réputation de certaines zones du département, tentent leurs chances ailleurs. Tandis que le rectorat pare au plus pressé, devant recruter avant janvier encore 150 contractuels.

David Namias avec Véronique Fevre et Charles-Henri Dupoizat