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Education: à quoi ressemble une "école numérique"?

Un élève d'une classe parisienne dans une école publique, face à un tableau numérique interactif.

Un élève d'une classe parisienne dans une école publique, face à un tableau numérique interactif. - Fred Dufour - AFP

François Hollande a annoncé un nouveau plan numérique pour l'école. La formation des enseignants aux nouvelles technologies s'avère prioritaire.

Ce jour-là, en cours d'histoire, la France avant la Révolution est au menu dans cette classe de CM2, à Paris. Planté devant ses camarades, l'élève encercle d'un trait de "crayon électronique" le portrait d'un ecclésiastique sur le tableau blanc interactif, qui a remplacé le tableau noir au mur. En un clic, les 26 petits élèves découvrent le mot "clergé" qui s'affiche en lettres cursives sur le tableau, piloté à distance par l'enseignant depuis son ordinateur.

Tableaux interactifs, tablettes, ordinateurs: l'éducation multimédia a fait de gros progrès en France depuis quinze ans, malgré un net déficit d'équipement en primaire. Mais, à la veille d'un nouveau plan numérique annoncé par François Hollande, chercheurs et spécialistes demandent une amélioration de la pédagogie et de la formation des enseignants. Le but? Que les élèves ne soient pas que des consommateurs, mais aussi des acteurs.

Un déficit d'équipements

Les enfants, eux, sont conquis. Dans cette école publique, les élèves ont une longue habitude des tableaux interactifs, grâce à un financement exceptionnel direct des parents, contournant le manque de subventions. Au fond des classes, le vieux tableau noir ne sert plus qu'à afficher les exposés des élèves. Mais l'équipement des autres écoles souffre encore souvent d'un manque de moyens des collectivités locales. La maintenance des équipements informatiques laisse très souvent à désirer, et empêche nombre de projets scolaires d'être réalisés.

En moyenne en France, à l'école primaire, le nombre d'ordinateurs rapporté à celui des élèves est inférieur à la moyenne européenne (12 contre 15) et 16.000 écoles n'ont pas encore d'accès à Internet. Dans le secondaire, les chiffres sont meilleurs. En 2014, quelque 76.000 tablettes sont en expérimentation dans différentes régions et types d'établissements (écoles, collèges, lycées). Quant au nombre de tableaux interactifs numériques, il ne s'élève encore qu'à 6,5 pour 1.000 dans le primaire en 2014, selon les statistiques du ministère.

L'enseignant sera "toujours indispensable"

"L'intérêt de faire la classe avec un tableau numérique est d'avoir tous les matériaux sous la main, documentation, ressources, qui permettent de s'adapter au débat dans la classe", et d'éviter les temps morts où l'attention des enfants les plus fragiles décroche, estime Stéphane Coutellier, enseignant. Mi-geek, mi-pédagogue, il mène de front le cours normal de sa leçon tout en pianotant sur le clavier, où il retranscrit en direct les hypothèses émises en rafale par les élèves pour tenter de déterminer les raisons du déclenchement de la colère populaire contre le roi de France. 

Un exemple de réussite, que l'on ne retrouve pas encore dans toutes les classes. "Les enseignants utilisent en majorité un ordinateur pour préparer leur cours, mais ils sont encore peu à l'utiliser en classe" note Bernadette Groison, secrétaire générale FSU, principale fédération enseignante. Et certains, peu au fait de ces technologies, craignent de disparaître sous l'avalanche numérique.

"Il faudra toujours un bon enseignant" pour guider, donner du sens et de l'envie, en s'appuyant sur la partie "mécanisable" du métier, avec des outils numériques ou des mooc (cours en ligne, ndlr), tranche Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction du magazine l'Etudiant, auteur du récent ouvrage "Le tsunami numérique". Selon lui, l'équipement ne fait pas tout, loin de là, et peut même être un miroir aux alouettes si la pédagogie n'est pas adaptée.

A. G. avec AFP