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Professeur menacé à Trappes: Didier Lemaire affirme avoir "une cible dans le dos"

Didier Lemaire, invité ce vendredi matin sur BFMTV, est placé sous protection rapprochée depuis qu'il a affirmé publiquement que la ville de Trappes était en proie à l'islamisme et au communautarisme. Des propos qui ont déclenché une vive polémique.

"Je suis un lanceur d'alerte." Une alerte qui rallume la polémique sur le poids des islamistes à Trappes. Début février, Didier Lemaire, professeur de philosophie, a pris la parole dans les médias pour dénoncer "la progression d'une emprise communautaire toujours plus forte" dans cette ville des Yvelines et, plus généralement, "l'absence de stratégie de l'Etat pour vaincre l'islamisme", écrit-il dans les colonnes de L'Obs.

Protection rapprochée

Ces mots ont déclenché une levée de boucliers de la part de nombreuses personnalités politiques, dont le maire de Trappes qui a nié en bloc ce qu'il qualifie de "mensonges" et "contre-vérités". Les assertions de Didier Lemaire lui ont également valu des menaces, nécessitant sa mise sous protection rapprochée.

"J'ai une cible dans le dos qui m'a été collée par des islamistes et par des élus", explique-t-il ce vendredi matin sur BFMTV.

Une enquête pour "menaces sur personne chargée de mission de service public" a été ouverte après des signalements "d'inquiétudes vis-à-vis du professeur à l'encontre duquel des menaces auraient été proférées", a précisé le parquet de Versailles début février.

Profession mise entre parenthèses

Le professeur flegmatique aux cheveux longs indique par ailleurs avoir déposé une demande de mise en disponibilité auprès du ministère de l'Education nationale. Il estime ne plus pouvoir enseigner, "pour des questions de sécurité et de cadre de cours qui exige de la neutralité. Or, mon implication dans le débat y est contraire".

Un mois après ses premières prises de paroles dans les médias, Didier Lemaire maintient la description qu'il dresse de Trappes, ville dans laquelle il enseigne depuis 20 ans mais où il ne vit cependant pas.

"J'ai dit la vérité, il peut y avoir des inexactitudes mais je n'en ai pas rajouté. J'observe dans mes classes des transformations d'élèves (...) Les enfants sont conditionnés, ils n'ont plus de liberté de conscience. Ils oublient qu'un être humain se définit par sa personne, une bonne partie de la jeunesse aujourd'hui s'identifie par son appartenance à un groupe", déplore-t-il, affirmant que "la France vit dans le déni".

Propos "à nuancer"

"On ne peut pas nier le phénomène de rupture et de radicalisation dans certains quartiers", admet auprès de l'AFP l'islamologue Rachid Benzine, qui a grandi à Trappes. Mais "cela reste une petite partie de la ville. Il y a un travail de fond de la mairie, des associations, un travail de lutte contre le repli identitaire. Il faut nuancer" le discours de Didier Lemaire.

Le préfet des Yvelines Jean-Jacques Brot confie à son tour au Monde qu'il est "inquiet" des "outrances et de certaines inexactitudes" de l'enseignant, qui "met de l'huile sur le feu", avant d'assurer que ses propos "ont fait l'objet d'interprétations, pour certaines malveillantes". La polémique se poursuit.

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV