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PMA pour toutes: le corps médical s'inquiète d'une aggravation de la pénurie de gamètes

Attendue depuis des années par les associations militant pour les droits des homosexuels, l'extension de la PMA à toutes les femmes fait partie des réformes majeures du gouvernement à la rentrée. Mais les équipes médicales soulèvent quelques inquiétudes sur le plan opérationnel, comme l'aggravation de la pénurie de gamètes.

La PMA pour toutes devrait concerner 2000 femmes par an. Cette évaluation a été établie par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui a salué un engagement de campagne du président de la République "tenu". Le projet de loi sur la bioéthique sera donc examiné à l’Assemblée nationale à partir du 24 septembre, avant d’arriver au Sénat au mois de janvier. En 32 articles, cette nouvelle législation prévoit notamment l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux femmes célibataires et aux couples de lesbiennes.

Le ministère de la Santé décompte environ 150.000 tentatives de PMA par an, avec tiers donneur ou non (la plupart des couples hétérosexuels font des PMA avec leurs propres gamètes). Ces tentatives donnent lieu à 25.000 naissances chaque année (sur un total de 800.000), parmi lesquelles environ un millier est issu d'un tiers donneur.

12 à 18 mois pour obtenir un don de sperme

Si la PMA pour toutes est une mesure très attendue, notamment par les associations de défense des droits des homosexuels, cet afflux de nouveaux patients inquiète quelque peu les équipes médicales.

"Aujourd’hui, le temps d’attente pour un don de sperme est de 12 à 18 mois. C'est encore plus long pour les ovocytes. L'ouverture de la PMA à toutes les femmes va rallonger la file d’attente", présage le professeur Michaël Grynberg, gynécologue-obstétricien au service de médecine de la reproduction à l’hôpital de Clamart, interrogé par BFMTV.com.

En 2016, 746 femmes ont donné leurs ovocytes et 363 hommes ont donné leurs spermatozoïdes, selon le dernier relevé de l’agence de biomédecine. Une tendance en progression de 42% pour les hommes et de 38% pour les femmes par rapport à 2015, mais encore insuffisante face à la pénurie de gamètes. Pour le professeur Grynberg, le seul moyen d’arriver à une autosuffisance est de changer les modalités du don.

"Ouvrir la gestion des dons aux centres privés"

"Aujourd’hui, notre fonctionnement est encore très archaïque car il date de la création des Cecos (Centres d'Etudes et de Conservation des Oeufs et du Sperme) qui sont toujours les seuls réellement habilités pour le don de gamètes. On voit qu'ils n'ont pas été capables d'éviter les délais trop importants et la pénurie de gamètes. Il faudrait donc ouvrir la gestion des dons aux centres privés afin d’élargir les possibilités de recrutement des donneurs, avoir une double entrée. Ces centres privés sont tout à fait capables de gérer l’activité de don de gamètes, aussi bien que le secteur public", propose Michaël Grynberg avant d’ajouter: "On satanise le privé, mais la peur des dérives est parfois fantasmatique. Le tout est de bien encadrer les choses."

Autre difficulté: avec la levée de l’anonymat, les stocks de gamètes existant seront détruits. La réforme législative prévoit que les enfants nés d'une PMA après l'entrée en vigueur de la loi puissent accéder à leur majorité à des "données non-identifiantes" (âge, caractéristiques physiques, etc.) du donneur et à son identité. Par conséquent, les gamètes de ceux qui avaient fait un don avant cette loi, sous la garantie de l’anonymat, seront détruits afin d’éviter qu’il y ait deux régimes.

Recontacter les anciens donneurs

Toutefois, cette destruction n’interviendra pas avant la fin de la première année suivant la promulgation de la loi de bioéthique, une période transitoire avant d’enclencher les nouveaux prélèvements. "Cette destruction va majorer encore la pénurie de gamètes que l’on connaît", déplore le gynécologue qui préconise de rallonger le délai de transition: "Un an, c’est trop court."

"Il faudrait surtout se donner les moyens de contacter les personnes qui ont donné leurs ovocytes ou leur sperme au moment où la loi était différente et voir avec eux s’ils sont d’accord avec les nouvelles modalités de la réforme qui lèvent l’anonymat. On ne peut pas détruire comme ça les gamètes prélevés dans un pays qui connaît déjà une trop grande pénurie", commente-t-il.

"Ça me semble être la meilleure option", abonde Vincent Bres, président de l’association PMAnonymes, qui milite pour un accès aux origines des enfants issus de PMA. Et de conclure, optimiste: "Je suis persuadé que si on pose la question aux donneurs en faisant appel à leur générosité, la plupart d’entre eux diront 'oui'".

Ambre Lepoivre