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Notre-Dame: à quoi pourrait ressembler la cathédrale après sa reconstruction?

La cathédrale Notre-Dame devrait être reconstruite d'ici cinq ans.

La cathédrale Notre-Dame devrait être reconstruite d'ici cinq ans. - GIGARAMA

Ravagée par les flammes lundi soir, la cathédrale Notre-Dame sera reconstruite d'ici cinq ans, a promis mardi Emmanuel Macron. Mais l'édifice pourrait subir des changements.

"Nous rebâtirons la cathédrale Notre-Dame, plus belle encore, et je souhaite que cela soit achevé d’ici 5 années". Au lendemain de l'incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris, Emmanuel Macron a affiché un objectif ambitieux pour rebâtir le joyau de l'architecture gothique.

Lundi soir, le feu a entièrement détruit la charpente en bois, chef d'œuvre de plusieurs centaines d'années qui était surnommé "la forêt", ainsi que le toit et la flèche, qui s'est effondrée. Mais au-delà du défi technique imposé par un délai très court, architectes, historiens et archéologues s'interrogent sur la nécessité de rebâtir ces éléments à l'identique. 

"La vision que nous avons aujourd'hui d'un monument gothique monolithe, d'un seul tenant, d'une seule époque de construction est une image faussée donnée par les restaurations du XIXe siècle qui visaient à isoler et à magnifier le monument", indique Mathias Dupuis, archéologue du bâti. 

Une charpente plus moderne

Selon lui, les cathédrales, à l'image d'autres monuments historiques, sont en réalité "des édifices composites formés par un assemblage de structures, de maçonneries de différentes époques". Ils ne respectent donc pas toujours "une unité de style".

Pour beaucoup d'experts, un constat semble s'imposer après l'incendie: en cinq ans, il ne sera pas possible de refaire la charpente en bois.

"Si on veut aller vite, il vaut mieux ne pas le faire en bois, d'autant que cette charpente n'est pas vue", a ainsi estimé sur notre antenne l'architecte Marc Mimram, qui a dessiné le nouveau stade Roland Garros à Paris.

"L'exemple de Reims (la cathédrale avait été détruite par des bombardements en 1914) montre qu'on peut construire en béton. Les exemples d'autres cathédrales montrent qu'on peut construire en acier", ajoute-t-il. Ces structures, dont le doctorant en archéologie Clément Salviani a posté deux images sur son compte Twitter, présentent l'avantage d'être plus légères et plus résistantes. 

Les débats sur la rénovation du toit et de la flèche entre scientifiques, architectes et politiques devraient cependant être beaucoup plus passionnés.

Une nouvelle flèche?

"Refaire une charpente, redonner la silhouette, c'est possible. Le débat est là: est-ce qu'on change de matériaux? Est-ce qu'on veut une œuvre contemporaine ? (…) Les modifications, c'est un débat national. Chaque époque modifie la silhouette", relève le professeur d'histoire de l'art, Philippe Plagnieux, sur France Culture.

Apporter des éléments modernes dans l'architecture de la cathédrale ne serait donc pas inenvisageable, selon ces experts. Sur France Inter mercredi matin, l'architecte Jean-Michel Wilmotte imaginait ainsi très bien une couverture en cuivre, voire en titane comme l'a déjà expérimenté la cathédrale orthodoxe de Paris.

"La flèche peut être en carbone, ça peut être exceptionnel", poursuit-il. "C'est peut-être intéressant qu'elle ait une nouvelle histoire", insiste l'architecte. Bâtie une première fois au XIIIe siècle, la flèche avait été enlevée pendant la Révolution, avant d'être reconstruite, plus grande, lors de la rénovation menée par Eugène Viollet-le-Duc au XIXe siècle.

Par ailleurs, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé ce mercredi la création d'un concours international d'architecture pour déterminer "s'il faut reconstruire la flèche qui avait été pensée et construite par Viollet-le-Duc à l'identique, ou s'il faut, comme c'est souvent le cas dans l'évolution du patrimoine et des cathédrales, doter la cathédrale de Notre-Dame de Paris d'une nouvelle flèche adaptée aux techniques et aux enjeux de notre époque". 

Sur Twitter, avant même l'ouverture de ce concours, certains ont élaboré quelques propositions, avec par exemple une flèche totalement nouvelle ou un toit végétal. 

Des stigmates de l'incendie

"Beaucoup de choses dépendront aussi de l'état de la structure, car il va falloir mesurer les incidences de l'incendie sur les maçonneries: celles-ci sont-elles endommagées, fragilisées? Cela peut également avoir des incidences sur les partis pris architecturaux", avertit Mathias Dupuis.

Il faudra attendra encore plusieurs mois, le temps de réaliser les études complètes sur l'état de la structure, pour savoir quelle trace l'incendie laissera dans le bâtiment.

"Refaire à l'identique, c'est revenir en arrière, comme si la catastrophe n'avait pas eu lieu", note l'historien Philippe Plagnieux. Ce qui pousse certains experts à envisager de "garder quelque part les traces de l’incendie pour qu’elles puissent rentrer dans l’histoire comme une fresque", explique Jean-Michel Wilmotte. 

Benjamin Rieth