BFMTV

Est-il possible de reconstruire Notre-Dame de Paris en 5 ans, comme le veut Macron?

Après l'incendie qui a détruit la cathédrale lundi, le chef de l'État a souhaité que Notre-Dame de Paris soit reconstruite "plus belle encore" d'"ici cinq années". Un projet colossal, et un pari audacieux pour le président, qui pourrait se heurter à plusieurs problèmes majeurs.

Emmanuel Macron veut rebâtir Notre-Dame de Paris, dont une grande partie du toit et de la charpente ont été ravagés lundi par les flammes, d'ici 5 ans. Mais les dommages matériels causés par le feu sont importants: le toit et la charpente de ce joyau de l'architecture gothique ont été réduits en cendres, et la flèche s'est effondrée.

À la vue du chantier titanesque qui se profile, le projet envisagé par le chef de l'État est-il réellement tenable? Une réunion s'est d'ores et déjà tenue ce mardi à Matignon afin de soumettre des propositions au chef de l'État pour reconstruire la partie supérieure de la cathédrale. Mais aucune décision n'a encore été prise, d'après un participant. 

Un bâtiment à sécuriser

Avant d''envisager une reconstruction de la cathédrale, la question de la sécurisation du site se pose. D'autant que le ministre de la Culture Franck Riester a exprimé sa préoccupation concernant deux pignons encore non complètement stabilisés, dans une interview mardi soir sur RTL.

"Le pignon du transept nord, là où il y a de grandes rosaces, risque de s'effondrer sur la rue du Cloître. C'est pour cela qu'il y a cinq immeubles qui sont évacués. C'est toujours une situation périlleuse", a souligné le ministre de la Culture. "Et il y a une deuxième partie, qui est sur la tour sud, à l'intérieur, qui a été très attaquée par le feu et qui risque, en s'effondrant, d'entraîner le pignon central triangulaire qui est entre les deux tours et que l'on voit quand on regarde la façade de Notre-Dame", a-t-il poursuivi.

"Avant de restaurer, il va falloir mettre en sécurité le site et ça va demander énormément de travail", a lui-aussi insisté Frédéric Létoffé, l'un des deux présidents du Groupement des entreprises de restauration de monuments historiques (GMH), interrogé par l'AFP. Le spécialiste suggère notamment la mise en place d'un parapluie destiné à protéger la cathédrale des intempéries, alors que Notre-Dame de Paris a déjà reçu d'importantes quantités d'eau pour éteindre le feu

Potentiel manque de main d'oeuvre qualifiée

Frédéric Létoffé, lui, table sur 10 à 15 ans pour restaurer la cathédrale. Interrogé par l'AFP, le spécialiste a jugé "irréalistes" les propos de Jack Lang, ancien ministre de la Culture, qui avait estimé plus tôt mardi qu'il fallait se donner un "délai court" et qu'il était possible de reconstruire en trois ans la cathédrale.

Le chantier va nécessiter "un étalement des tâches" entre les différents corps de métiers, dont la reconstruction de la charpente ne pouvant intervenir qu'à la fin, devance le président de GMH. Le secrétaire général des Compagnons du devoir, Jean-Claude Bellanger, a quant à lui mis en garde par rapport au "manque de main d'oeuvre en France en tailleurs de pierre, charpentiers et couvreurs", des métiers "peu valorisés".

"Pour le chantier de reconstruction, il faudrait que dès septembre nous recrutions en apprentissage 100 tailleurs de pierre, 150 charpentiers et 200 couvreurs", a estimé Jean-Claude Bellanger, interrogé par l'AFP à l'issue d'une rencontre avec la ministre du Travail Muriel Pénicaud pour préparer le Conseil des ministres consacré mercredi à la reconstruction de la cathédrale.

La difficulté, "c'est que ces métiers manuels sont peu valorisés et attirent peu. On a les entreprises qui ont les compétences pour la reconstruction mais on a un manque cruel de jeunes sur ces métiers", a ajouté le responsable de ces centres d'apprentissage.

De plus, la charpente de Notre-Dame de Paris était une structure "de légende" dont la complexité a "stupéfié le Moyen-Age" et continuait de fasciner les artisans d'aujourd'hui, résume Thomas Büchi, maître charpentier suisse et président du groupe Charpente Concept, à l'AFP.

Une reconstruction à l'identique?

Combien de temps va-t-il falloir pour redonner un toit à Notre-Dame?"On en sait rien, en fait", met en garde Jean-François Colosimo, historien des religions interrogé mardi soir sur notre antenne. Selon lui, "cela dépendra de la cathédrale que l'on veut reconstruire, de la restauration que l'on voudra entreprendre".

"Si on veut refaire une charpente en chêne, ça prendra beaucoup plus longtemps que 5 ans, alors que si on fait une charpente de fer et de béton comme on a fait à Reims après la guerre de 1914-18, ça ira beaucoup plus vite", explique-t-il. 

L'historien s'interroge finalement sur les motivations du président Macron, qui a dit vouloir reconstruire Notre-Dame vite, mais aussi "plus belle encore", tout en refusant le "piège de la hâte". "Qu'est-ce que 'rebâtir Notre-Dame' veut dire? La restituer à sa grandeur gothique ou la refaire comme on la connaît aujourd'hui?".

Pour l'heure, le Groupement des entreprises de restauration de monuments historiques reste prudent sur l'estimation du coût du chantier à venir, tout comme sa fédération de tutelle, la Fédération française du bâtiment (FFB). 

L'incendie du joyau gothique symbole de Paris provoque un élan de solidarité sans précédent, depuis lundi. D'Apple à la Banque centrale européenne en passant par des milliers d'anonymes, les promesses de dons affluent pour rebâtir le monument, atteignant au moins 800 millions d'euros de promesses de dons. La barre du milliard devrait être facilement franchie.

Jeanne Bulant