BFMTV

Michel Drucker confie que Charles Aznavour voulait chanter pour ses cent ans

Michel Drucker ce mardi matin sur BFMTV et RMC.

Michel Drucker ce mardi matin sur BFMTV et RMC. - BFMTV

Michel Drucker était ce mardi matin l'invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV et RMC, au lendemain de la mort de Charles Aznavour.

Invité mardi matin sur notre antenne, Michel Drucker a bien connu Charles Aznavour et, outre leurs rencontres sur les plateaux de télévision, il lui rendait souvent visite dans sa maison provençale de Mouriès: "Il est mort au milieu de ses oliviers, mais il est presque mort sur scène: il était à Tokyo il y a encore quelque jours".

Michel Drucker se souvient de leur dernière conversation au téléphone, il y a quelques jours également: "Il m'a dit 'Michel, vous n'avez pas oublié, vous présentez mon gala du centenaire'. C'était un gag entre nous, je lui disais qu'il y avait en France 22.000 centenaires, donc vous chanterez à 100 ans. Il me dit 'mais j'y compte bien'". A la Tour Eiffel? "Trop convenu", avait répliqué Charles Aznavour. Au Stade de France? "Trop grand". Central Park, à New York? "D'accord mais à une seule condition: je veux avoir l'Arc de Triomphe derrière moi", plaisantait la star.

Le secret de la longévité

"Objectivement, je pense qu'il pensait y arriver". Michel Drucker se remémore ses visites à vélo, le matin, dans la maison de Charles Aznavour: "Il était là à sept heures et demie, au clavier. Je lui dis 'vous faites quoi, Charles?'. 'Ca c'est pour Zaz, c'est une comédie musicale, elle devrait être prête dans deux ou trois ans'. Je calculais, ça nous fait 97 ans. Et après il avait un autre projet, il avait toujours une comédie musicale d'avance. Il avait des idées tout le temps, c'est ce qui l'a maintenu jusqu'au bout, les projets, avoir des projets".

"Il était très heureux dans les Alpilles, avec ses oliviers, il faisait son huile, sa grande fierté", confie Michel Drucker. "Il était curieux de tout, Charles. Il se levait tôt le matin, que ce soit à Los Angeles, à Tel Aviv ou à Bucarest, très tôt, avec son appareil photo, son petit chapeau, et il allait le nez au vent, comme un touriste, curieux de tout. Intellectuellement, c'était un jeune homme".

"Des blessures pas refermées"

L'animateur se souvient aussi que Charles Aznavour "avait sur sa table de nuit un dictionnaire des synonymes". "J'ai visité la chambre de La Bohème avec lui à Montmartre. Il y avait quelqu'un qui était devenu un grand couturier qui était son meilleur ami à l'époque, qui était Ted Lapidus. Ils ont partagé cette chambre et un jour, il m'a montré les brouillons des chansons. C'était l'écriture et c'était le brouillon d'un autodidacte, qui avait beaucoup lu, qui n'était pas allé à l'école, l'école pour lui, c'était la scène".

Michel Drucker évoque encore "les blessures pas totalement refermées" de l'immense artiste. "Il était français, mais il avait une voix d'Arménien. Il avait la douleur du génocide dans sa voix. C'était quelqu'un qui avait beaucoup souffert, qui ne l'avait jamais montré. Il était pudique, timide, mais il avait ça".

"Les grandes chansons ne meurent jamais"

Sans aucun doute, Charles Aznavour était le chanteur français le plus connu dans le monde. "L'Amérique pleure Charles, il était très connu aux Etats-Unis, les Français ne l'imaginent pas à ce point", assure Michel Drucker. "Il a chanté dans toutes les langues".

"C'est quelqu'un qui est immortel, Charles. Il n'y a pas une chanson qui va disparaître, les grandes chansons ne meurent jamais. Je ne sais pas quelles obsèques il va avoir, Charles, mais je pense qu'il aurait aimé des obsèques nationales, parce que lui, le petit gars venu de si loin... quand même. Vous savez quelle était la blessure de Charles? C'était de ne pas avoir fait partie de la bande des trois. A chaque fois qu'on parlait des grands auteurs on parlait de Brel, Brassens, Ferré, mais lui jamais. Il disait 'mais comment ça se fait que je ne suis jamais cité comme un grand auteur?' Ca le blessait".

"Il est le dernier des Mohicans, c'est le dernier géant", martèle Michel Drucker, avant d'évoquer enfin un autre trait de la personnalité de Charles Aznavour. "Ca le rendait fou, Charles, le jeunisme. Il disait 'il y a des vieillards de 40 ans'. Il disait 'je veux bien vieillir, mais pas devenir vieux'".

A.L.M.