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Manque de nourriture, isolement accru... L'impact grave du confinement sur les sans-abri

Les mesures de restriction visant à freiner la propagation du Covid-19 ont notamment pour conséquence d'affecter les accueils de jour et les distributions de nourriture pour les sans-abri. Ce qui se répercute sur les conditions de vie des plus démunis.

Alors que les Français sont appelé à rester chez eux, pour freiner la propagation du Covid-19, les personnes à la rue, sans domicile, n'ont elles souvent pas de lieux où se réfugier. "On rencontre beaucoup de difficultés, c'est un sujet qui est très grave", déclare à BFMTV.com Florent Guéguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), qui regroupe plus de 800 associations de lutte contre l'exclusion.

"Le plus gros problème c'est de pouvoir maintenir ce lien avec les plus démunis, avec les plus fragiles, avec les plus isolés, et en même temps de protéger la santé des équipes bénévoles et la santé des personnes qu'on accueille", explique vendredi sur BFMTV Patrice Blanc, président des Restos du coeur.

Des bénévoles en moins et des structures fermées

Cette double exigence est difficile à mettre en place, alors que certains bénévoles trop âgés ne peuvent plus se mobiliser à cause des risques de tomber malade, et que d'autres sont dans l'incapacité d'aider, parce qu'ils doivent par exemple garder leurs enfants. "On a enregistré 30 à 40% de baisse d'effectifs dans le secteur de l'hébergement", déclare Florent Guéguen. Il explique que les associations arrivent pour le moment à tenir, "mais jusqu'à quand?", s'interroge-t-il.

De plus, "certains centres restos du coeur ne sont pas encore ouverts ou ne pourront pas ouvrir parce que les conditions en espace, en surface ne permettent pas d'avoir cette distance suffisante qui est un des gestes barrières fondamentaux, avec le lavage des mains", explique Patrice Blanc.

Plusieurs lieux de distribution de nourriture, et des accueils de jour, ont leurs rideaux baissés depuis quelques jours. "Un certain nombre de personnes qui étaient à la rue ont été logées en hôtel, dans plusieurs villes on apporte la nourriture devant les hôtels où ces personnes sont confinées", explique le président des Restos du coeur, mais difficile d'atteindre tout le monde.

"J'ai faim, je n'ai pas mangé depuis deux ou trois jours"

Le retrait de certains bénévoles et différentes fermetures sont également dues à une absence de protection. Au contact de populations potentiellement infectées, ils ont besoin de gants, de gel hydroalcoolique...

"Des masques ils n'en ont pas, sauf dans certains endroits, dans certains départements, certains régions où on a pu obtenir des dons de masque, mais c'est un grand problème pour nous", déclare Patrice Blanc. Même son de cloche du côté de la FAS.

Avec ces différentes fermetures et l'arrêt de distribution de nourritures, "il y a des problèmes de faim, on a des personnes qui appellent le 115 (numéro d'urgence sociale) pour dire 'j'ai faim, je n'ai pas mangé depuis deux ou trois jours'", relate Florent Guéguen, chose qui n'arrivait pas avant. De plus avec le confinement, moins de personnes sont dans la rue, et "il n'y a plus de recettes de la manche qui peuvent leur permettre de s'alimenter chaque jour, une partie importante des sans-abri s'alimente de cette façon", explique-t-il. 

"Le confinement général de la population entraîne un isolement accru des personnes à la rue", souligne Florent Guéguen, "leurs seuls contacts sont supprimés, le lien est rompu et ces populations sont abandonnées".

Des populations exposées à la comorbidité

La fermeture des accueils des jour retire également à beaucoup la possibilité de se laver, de laver leurs affaires, geste plus que nécessaire en période de pandémie, ou le lavage des mains plusieurs fois par jour est une des mesures barrières principale contre le coronavirus.

Or ces populations sont à risque. Les organismes des personnes à la rue sont particulièrement affaiblis, ils sont sujet à des maladies "cardiovasculaires, des problèmes respiratoires, du diabète, des addictions... C'est un public très exposé à la comorbidité, le coronavirus est un danger pour eux", note le directeur de la FAS. On sait en effet que les personnes âgées et déjà malades ont plus de risques de développer des formes graves du Covid-19.

De plus, "sans un effort de détection et de mise en isolement des cas, la propagation de la maladie risque d’être particulièrement rapide", parmi ces populations, explique Pierre Mendiharat, directeur adjoint des Opérations de Médecins Sans Frontière (MSF), sur leur site. "Et ce d’autant plus qu’il est difficile d’atteindre ces personnes qui vivent aux marges des dispositifs accessibles à la population générale."

900 cas de coronavirus ont été recensés dans les structures d'hébergement d'après les estimations de la FAS. Des chiffres qui "évoluent très vite", la semaine dernière, seulement une trentaine de cas avaient été notés. 

Les risques des foyers d'infection

Mardi 24 mars, 700 personnes ont été évacuées d'un camps de fortune à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) et ont été confinées dans des lieux d'hébergement d'urgence, notamment des gymnases.

"C'est important de les mettre à l'abri pour essayer d'avoir un état des lieux de leur santé. Ce qui est néanmoins pas très apprécié c'est de les mettre dans un gymnase avec un confinement où il est extrêmement difficile de donner des instructions pour que des règles d'hygiène soient respectées", et que le coronavirus ne se propage pas, explique Corinne Torre, cheffe de mission MSF, dans une vidéo postée par l'organisation.

"MSF est intervenu sur ces lieux pour diagnostiquer des malades potentiels, et isoler les personnes avec des symptômes du Covid-19, mais on avait que 5 tests de dépistage" pour environ 600 personnes, déplore l'association, contactée par BFMTV.com. L'inquiétude est que ces gymnases deviennent des "foyers de contamination pour les personnes qui y logent, et pour les soignants", explique MSF, qui espère que cette solution ne sera que provisoire.

Le confinement dans les gymnases est également difficile à faire respecter: "On n'a pas de gardes aux portes pour les empêcher de sortir", explique MSF. Dans les centres d'hébergement également, "on ne peut pas empêcher les gens de sortir. Beaucoup sont habitués à la mobilité, une partie à des problèmes psychiatriques... C'est difficile de leur expliquer et de leur faire appliquer les mesures barrières", note le directeur de la FAS.

Et si les équipes de MSF ont pu agir à Auvbervilliers, "dans les centres d'hébergement, il n'y a pas de tests, pas de personnel soignant", rappelle Florent Guéguen.

Quelles solutions?

En lien régulièrement avec le ministère du Logement, Florent Guéguen explique que 4200 places supplémentaires pour les sans-abri ont été ouvertes ces derniers jours, et que des hôtels vont continuer d'être réquisitionnés pour en ouvrir d'autres dans les prochains jours. Mais selon lui, il faudrait ouvrir "des dizaines de milliers de places d'hébergements", pour que tous soient logés, explique-t-il.

La FAS réclame également l'installation de points d'eau potable dans tous les bidonvilles et camps de fortune afin que les mesures d'hygiène puissent y être respectées, et que le coronavirus se propage le moins possible. Enfin, le gouvernement réfléchit actuellement à la mise en place de tickets d'alimentation que les plus démunis pourront présenter dans les supermarchés pour acheter de la nourriture.

Il est aussi possible de s'engager via la réserve civique mise en place par le gouvernement. Parmi les "missions vitales" proposées, la distribution "des produits de première nécessité (aliments, hygiène…) et des repas aux plus démunis."

Salomé Vincendon