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Manifestations contre la loi Travail: 82 interpellations dans toute la France

Alors que l'Assemblée a débattu cette après-midi de la motion de censure présentée par la droite, les syndicats ont appelé à une nouvelle journée de manifestations pour réclamer l'abandon du texte. A Paris, sept personnes ont été interpellées.

Nouvelle journée de mobilisation ce jeudi pour protester contre la loi Travail et le recours à l'article 49.3. Les manifestations qui avaient lieu un peu partout en France, à l'appel des syndicats et des organisations étudiantes, étaient particulièrement surveillées en raison des risques d'échauffourées. Paris, Nantes, Toulouse... La situation s'est avérée particulièrement tendue dans plusieurs villes lors de ces rassemblements auxquels ont participé 55.000 personnes, selon le ministère de l'Intérieur.

Partie vers 14 heures de la place Denfert-Rochereau, dans le XIVe arrondissement, la manifestation parisienne a été émaillée par de premiers incidents entre les forces de l'ordre et manifestants vers 15 heures. Les policiers ont essuyé des jets de projectiles et de cocktails Molotov à l'angle de la gare Montparnasse et de la rue de Vaugirard, dans le XVe arrondissement parisien. Les CRS ont répliqué par l'utilisation de gaz lacrymogènes.

Le cortège a pu reprendre jusqu'aux Invalides avant de dégénérer en haut de l'avenue de Breteuil, située derrière l'hôtel des Invalides, peu avant 16 heures. Des casseurs, visages masqués et encagoulés, s'en sont pris violemment, avec notamment des battes de baseball, aux membres du service d'ordre mis en place par les organisateurs. "20 personnes ont été blessées légèrement dont 4 manifestants, 10 personnes du service d’ordre de la CGT, 2 militaires de l’opération Sentinelle et 4 policiers et gendarmes", a précisé la préfecture de police de Paris dans un communiqué.

Manifestation devant l'Assemblée, 7 interpellations à Paris

Une fois les manifestants arrivés aux Invalides, point final prévu pour le cortège, les CRS et les escadrons mobiles ont abandonné la tête du mouvement pour entourer la place Vauban. Pris à partie, ils se sont réfugiés derrière les grilles du musée de l'Armée avant de se redéployer autour de la place pour en bloquer les accès. Les forces mobiles ont peu à peu resserré le périmètre afin de repousser les derniers fauteurs de troubles jusqu'au métro.

En fin d'après-midi, les manifestants ont pris le chemin de l'Assemblée nationale et ont été rejoints par des participants du mouvement de Nuit debout. Le rassemblement, encerclé par un important dispositif de sécurité, a réuni environ 200 personnes dans le calme devant le Palais-Bourbon. Un endroit hautement symbolique alors que la motion de censure de la droite était rejetée au même moment, permettant à la loi Travail d'être adoptée en première lecture.

Vers 22h30, des manifestants regagnaient en métro la place de la République, épicentre du mouvement de protestation Nuit debout né le 31 mars.

Au total, selon les chiffres de l'Intérieur, sept personnes ont été interpellées pour port d'arme et jets de projectiles en marge du mouvement parisien de ce jeudi, qui a réuni entre 11.500 et 12.500 manifestants selon la préfecture de police et 50.000 selon la CGT. 

Des incidents à la gare de Nantes

Des tensions ont également éclaté dans d'autres villes. En province, il y a eu 163 rassemblements et défilés, qui ont regroupé 43.000 manifestants, et les forces de l'ordre ont procédé à 73 interpellations, a indiqué à l'AFP Pierre-Henry Brandet, porte-parole du ministère. 18 policiers, gendarmes et militaires ont été blessés, a complété le ministre Bernard Cazeneuve. Ce dernier a rendu "hommage au professionnalisme et à l'engagement des forces de l'ordre déployées aujourd'hui".

A Marseille, les jeunes s'en sont pris avec des projectiles au service d'ordre de la CGT, et ceux-ci ont fait usage en retour de sprays lacrymogènes, avant que les forces de l'ordre ne s'interposent. A Rennes, la police a évacué avec du gaz lacrymogène la foule réunie place Sainte-Anne. Au Havre, le local PS a été saccagé.

A Nantes, où la manifestation a rassemblé quelque 2.500 personnes, les forces de l'ordre ont aussi eu recours au gaz lacrymogènes. La gare a été visée par plusieurs manifestants qui ont saccagé des vitrines. 15 personnes ont été interpellées, dont trois à la gare. Six interpellations ont également eu lieu à Caen.

Quelques incidents ont également touché les cortèges à Lille avec des feux de poubelles. Des affrontements entre forces de l'ordre et manifestants se sont produits. Au moins un manifestant a été blessé au bras par un tir de flashball, selon un journaliste de l'AFP.

A Toulouse, de 3.000, selon la préfecture, à 12.000 personnes, selon les syndicats, ont défilé. Environ 500 manifestants, dont certains le visage masqué, se sont rassemblés devant l'hôtel de police pour réclamer la libération de quatre personnes qui avaient été placées en garde à vue dans le cadre des dernières manifestations, le 3 mai dernier.

Deux autres journées de mobilisation sont prévues les 17 et 19 mai, ainsi que des grèves reconductibles dans certains secteurs (dockers, marins, SNCF...). Le numéro un de la CGT, Philippe Martinez, a appelé à "passer à la vitesse supérieure".

J.C.