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Loi Travail: le gouvernement pris au piège

Une manifestation contre la loi Travail à Paris, le 17 mai 2016

Une manifestation contre la loi Travail à Paris, le 17 mai 2016 - Thomas Samson-AFP

La contestation contre la loi Travail enfle et se radicalise: raffineries bloquées, grèves annoncées dans les transports en commun, nouvelles manifestations à venir. Le gouvernement, qui a répété qu'il n'y aurait pas de retrait de ce texte, ne peut céder aux revendications des opposants. Explications.

Blocages de raffineries, grèves dans les transports, violences contre des permanences du Parti socialiste, nouvelles manifestations: le mouvement d'opposition à la réforme du travail se durcit. Mais face à la contestation, le gouvernement, qui a dit et répété que la loi Travail ne serait pas retirée, pourrait se retrouver dans l'impasse.

L'exécutif joue sa crédibilité

Le gouvernement entend montrer qu'il est capable de réformer. François Hollande et Manuel Valls jouent leur crédibilité sur la loi Travail. Ils le disent et le répètent depuis des semaines: "Il n'y aura pas de retrait du projet de loi", a rappelé ce mardi le Premier ministre. "Je ne céderai pas", a encore insisté le chef de l'Etat. Après le passage en force à l'Assemblée nationale avec le recours à l'article 49.3, la réforme du code du Travail est devenue le symbole de ce quinquennat.

  • L'autorité de François Hollande

La question de l'autorité du président se joue dans ce bras de fer sur la loi Travail.

"En n'abdiquant pas, François Hollande montre qu'il tient bon dans l'adversité", explique à BFMTV.com Olivier Rouquan, enseignant-chercheur en sciences politiques. "Sans compter qu'il doit corriger une impression qui lui colle à la peau selon laquelle il tergiverserait avant de prendre des décisions."

Pire, le retrait du texte le ferait perdre sur tous les tableaux. La gauche a été divisée, le texte l'a coupé d'une partie de son électorat. Selon Jérôme Sainte-Marie, président de la société d'études et de conseil PollingVox, "un retrait du texte donnerait une image de faiblesse qui profiterait à ses rivaux dans le cas d'une candidature en 2017", explique-t-il à BFMTV.com. Selon lui, à long terme, le maintien de cette loi pourrait même être positif pour son image. "Il pourrait gagner en termes de persévérance et de détermination", ajoute le politologue.

Un risque d'enlisement

Après une semaine de blocages, les opposants à la loi Travail ne comptent pas relâcher la pression. La CGT mène une campagne active: Philippe Martinez, numéro un du syndicat, appelle à la généralisation de la grève. Ce mardi, il a annoncé que toutes les raffineries de France étaient en grève. De nouvelles actions sont prévues le 26 mai et le 14 juin. Pour la huitième journée contre la loi Travail jeudi, d'autres secteurs vont se mobiliser et une nouvelle grève à la SNCF est annoncée. La section CGT de la RATP appelle à son tour à une grève illimitée à partir du 2 juin. Sans compter d'autres répercussions: Total envisage de "réviser sérieusement" les investissements que le groupe avait prévus suite aux blocage des raffineries, a prévenu son PDG.

  • "C'est un duel que le gouvernement doit gagner rapidement s'il ne veut pas se retrouver dans une position impossible", ajoute Olivier Rouquan. "Mais il aura de grandes difficultés à continuer de représenter l'autorité si cela doit se traduire par plus de violences et de désordre public". 

De nouvelles modifications?

La mobilisation des routiers contre la loi Travail a forcé le gouvernement à faire un premier pas en arrière. Le secrétaire d'Etat aux transports, Alain Vidalies, a annoncé en fin de semaine dernière le maintien de la rémunération des heures supplémentaires dans le secteur du transport routier. D'ici à son nouvel examen - le projet de loi sera à nouveau débattu en juin pour une adoption définitive en juillet - le texte pourrait-il être encore retouché? Ce serait une erreur, selon Olivier Rouquan.

"Si l'économie ne fonctionne plus normalement, le président devra trouver des réponses, soit en faisant usage de la force, soit dans la négociation. Mais le gouvernement a déjà beaucoup amendé le texte initial lors de la phase de concertation. S'il le modifie encore, cela devra se faire de manière marginale et ne devra pas le vider de sa substance. Pour la simple et bonne raison que l'exécutif ne peut pas avoir privé le Parlement de son droit de vote pour ensuite le court-circuiter en négociant certains points avec les syndicats."

Un bras de fer

Le gouvernement tape du poing face à la CGT. Selon le président de la République, les blocages sont portés "par une minorité". Le site pétrolier de Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, a été débloqué de force ce mardi. Manuel Valls a promis que d'autres évacuations seraient lancées, qualifiant l'action du syndicat de "pas démocratique". Le chef du gouvernement a même mis en doute la légalité du mouvement: "Parfois c'est légal, quand il s'agit de manifester, parfois cela pose des problèmes de sécurité - et donc de légalité". Ce qui a fait monter au créneau Philippe Martinez: "C'est illégal de débloquer les raffineries", s'est-il insurgé. "Attention à ne pas s'opposer au droit de grève".

  • L'importance de l'opinion publique

Quelle que soit l'issue, l'exécutif pourrait laisser des plumes dans ces mobilisations, à moins d'un an de l'élection présidentielle. Selon un sondage Odoxa publié ce mardi, François Hollande et Manuel Valls atteignent des records d'impopularité. Selon Jérôme Sainte-Marie, le gouvernement devra pencher du côté de l'opinion publique, qui, pour l'instant, approuve la mobilisation.

"La meilleure solution pour François Hollande, c'est de maintenir ce texte. Mais il ne peut le faire que si l'opinion publique le soutient. Car si l'économie est bloquée, que de nouveaux incidents ont lieu, et que les Français en attribuent la responsabilité au gouvernement, l'exécutif se retrouverait dans une position très difficile."

Céline Hussonnois Alaya