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Loi Travail: bras de fer engagé entre Valls et la CGT

Alors que la CGT jette toutes ses forces dans la bataille contre la loi Travail, l'exécutif ne veut rien céder et se cherche une porte de sortie.

Manifestations régulières contre la loi Travail, blocage des raffineries, grève en vue dans les transports en commun, violences répétées contre les permanences du Parti socialiste: le quinquennat de François Hollande semble traverser sa plus grande crise sociale. 

Alors qu'il est déjà revenu sur le plafonnement des indemnités prud'homales pour licenciement économique abusif et la surtaxation des CDD, le gouvernement entend ne plus rien céder sur le projet de refonte du code du travail, passé en force avec le recours au 49.3. Et le ralliement de la CFDT à cette nouvelle mouture a certainement laissé penser à Manuel Valls que le risque d'embrasement social pouvait être écarté. Mais c'était sans compter sur la CGT qui, au-delà des enjeux propres à la loi Travail, a intérêt à ne rien lâcher dans la lutte contre le projet de loi El Khomri, à la fois pour redorer son blason et pour ne pas se laisser distancer par les autres syndicats.

"On ira jusqu'au retrait de cette loi"

Le syndicat dirigé par Philippe Martinez a donc décidé de sortir l'artillerie lourde en appelant au blocage des raffineries. Résultat: 1.500 stations essence, sur les 12.000 du pays, étaient affectées lundi, faisant craindre aux usagers une pénurie. Des actions radicales dont la CGT entend bien ne pas se priver. En direct sur BFMTV lundi, la secrétaire confédérale de la CGT en charge du dossier sur la loi Travail, Catherine Perret, affirmait ainsi:

"On ira jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'au retrait de cette loi. (...) Ce n'est pas maintenant qu'on va d'ailleurs baisser les bras alors que le mouvement s'amplifie et que nous sommes près d'aboutir."

Et la possibilité "d'une convergence des luttes", à laquelle la CGT appelle, est bien réelle, alors que sa section de la RATP appelle à une grève illimitée à partir du 2 juin.

"Ce qui est inacceptable, c'est d'imposer ce chantage"

Face à un syndicat souhaitant ne rien lâcher et prêt à bloquer le pays, de quelles solutions dispose le gouvernement pour engager une sortie de crise?

D'abord, très concrètement, l'une des répliques a été l'envoi des forces de l'ordre, très tôt mardi matin, pour débloquer la raffinerie de Fos-sur-Mer. Une stratégie peut-être efficace pour remettre du carburant dans les pompes, mais qui risque aussi de mettre de l'huile sur le feu. On l'a vu les semaines passées: les interventions des forces de l'ordre sur les manifestations contre la loi Travail ont davantage alimenté la polémique autour de violences policières que calmé le mouvement. La CGT a d'ailleurs dénoncé "des scènes de guerre" à peine l'intervention à Fos-sur-Mer terminée. 

Reste la tenue d'un discours ferme et orienté sur une décrédibilisation de la CGT. Une stratégie commune à laquelle plusieurs ministres ont décidé de participer. Manuel Valls a ainsi dénoncé lundi, depuis Israël où il était en visite, "un chantage au carburant"

"Je ne vous cache pas mon souci face à la dérive de la CGT ou une partie d'entre elle, elle ne sert pas le pays. (...) "Ce qui est inacceptable, c'est d'imposer ce chantage".

La popularité de l'exécutif encore en baisse

Auparavant, le ministre des Finances Michel Sapin avait fustigé une CGT qui, "pour des raisons souvent internes, s'est extraordinairement durcie et qui n'est que dans la protestation". S'il est "légitime de protester contre un texte de loi", à un moment donné cela devient "illégitime", avait-il jugé.

Même ton du côté du ministre de l'Economie Emmanuel Macron pour qui "il faut laisser avancer (...) [la] France qui travaille, qui produit, qui croit en son avenir".

Même si cette stratégie se révèle gagnante et que la CGT, perdant en légitimité, finit par céder, l'exécutif va laisser bien des plumes dans ces affrontements sociaux. Selon un sondage Odoxa publié mardi, François Hollande et Manuel Valls atteignent des records d'impopularité, avec trois points perdus pour celui qui est en première ligne pour faire adopter la loi Travail - seuls 26% des Français le considèrent comme "un bon Premier ministre.

Ma. G.