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Libération d'Auschwitz: des rescapés racontent la violence des camps nazis

François Hollande a rencontré cinq rescapés et cinq jeunes Juifs mardi au mémorial de la Shoah.

François Hollande a rencontré cinq rescapés et cinq jeunes Juifs mardi au mémorial de la Shoah. - Martin Bureau - AFP

Des rescapés des camps de concentration et d'extermination ont raconté mardi devant François Hollande et des jeunes ambassadeurs "porteurs de la Mémoire" ce qu'ils ont vécu pendant la déportation mais aussi après, à la Libération, quand ils n'osaient pas parler et quand le négationnisme a fait surface.

70 ans après la libération du camp d'extermination nazi d'Auschwitz, François Hollande s'est entretenu mardi avec cinq déportés travaillant sur les lieux de mémoire en France. En compagnie de jeunes, ils ont témoigné de leur expérience.

Samuel Adoner, 89 ans, a grandi à Paris, dans l'Ile Saint Louis où habitaient de nombreuses familles ouvrières juives. "Il y a avait une ambiance extraordinaire on avait une enfance très heureuse", se souvient-il ému devant les photos de trois de ses frères et sœurs qui tapissent "le mémorial des enfants". Ce rescapé de Buchenwald, qui a passé 33 mois dans des camps, raconte la rafle de ses voisins le 16 juillet 1942. Et ensuite la "Gestapo est venue nous rafler. Ils ont fermé l'Île-Saint-Louis. Ils ont ramassé 112 personnes, toutes de familles françaises". 

"J'ai été déporté avec mon père, ma mère et mes six frères et sœurs. Je suis rentré tout seul", raconte Samuel Adoner.

Voilà "ce que c'est un enfant qui revient des camps"

Francine Christophe a été arrêtée à l'âge de huit ans avec sa mère en juillet 1942 alors qu'elles tentaient de passer en zone libre à la Rochefoucauld. Après deux ans de camps d’internement, elles sont déportées au camp de concentration de Bergen-Belsen, libéré par les Soviétiques en avril 1945. Elle raconte une anecdote pour "montrer ce que c'est un enfant qui revient des camps".

"Le train du retour a fait une halte à Jeumont où des haut-parleurs jouaient la Marseillaise. Les quais étaient noirs de monde, j'ai entendu les gens qui disaient 'une enfant, une enfant!'. Evidemment on n'avait pas vu beaucoup d'enfants revenir." Puis une femme de la Croix-Rouge lui apporte une orange. "Après trois ans de camps et deux ans de persécution avant, je ne savais pas ce que c'était une orange", se souvient cette écrivaine.

"On n'osait pas raconter la déportation"

Ils s'investissent tous aujourd'hui pour raconter leur expérience auprès des jeunes, dans des films, les médias où les différents livres auxquels ils ont pu collaborer. Mais ça n'a pas toujours été le cas. "Personne n'était prêt à nous entendre", raconte Francine Christophe, qui a pendant longtemps expliqué qu'elle avait vécu la guerre à la campagne sans voir le moindre Allemand. Elle avait néanmoins noté sur des feuilles son expérience à son retour, qu'elle a ensuite raconté dans des livres.

Il a fallu attendre les années 1970 pour que la parole se libère et progressivement, les survivants sont allés témoigner dans les écoles notamment. Raphaël Esrail estime que le négationnisme l'a obligé à mettre son "habit de lumière" et témoigner.

Il se souvient de son ami le général Rogerie, cet ancien résistant déporté à Birkenau, qui a écrit un livre dès son retour des camps. "Toute sa vie, il a lutté conter le négationnisme", ce qui lui a valu d'être appelé régulièrement "la nuit" par le négationniste Robert Faurisson. 

"Ma dernière pensée, ce sera ces camps"

Samuel Pisar a passé, lui, 32 mois dans huit camps différents où il a "tout fait" comme travaux, y compris "des corps explosifs pour les obus". Il a réussi à s'évader durant son transfert d'Auschwitz à Dachau en 1944. 

Cet "heureux grand-père" rêve touts les nuits des camps. "Je crois que ma dernière pensée, ce sera ces camps et les gars qui étaient dedans, des types formidables", confie-t-il.

Karine Lambin