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Le Sénat préconise un traitement plus respectueux des enfants dits "intersexes"

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La délégation aux droits des femmes du Sénat a publié, mardi, un rapport dans lequel elle préconise un traitement plus respectueux des enfants dits "intersexes". Explications.

Chaque année en France, ils seraient environ 2% à naître sans caractère sexuel déterminé, masculin ou féminin. Beaucoup de parents désemparés décident alors de s'en remettre à l'équipe médicale pour le genre assigné à leur bébé après la naissance, souligne un rapport du Sénat. Là, l'équipe médicale décide alors d'un traitement hormonal voire d'une opération chirurgicale en fonction du genre vu comme "dominant". 

Sauf qu'à l'adolescence ces enfants dits "intersexes" ne se retrouvent pas forcement dans le choix qui a été fait. Que faire alors face à leur détresse? Comment les aider, quand ce traitement chirurgical est perçu comme "une torture" pour certains, continue le rapport? 

"Des sortes de lanceurs d'alerte institutionnelle"

Fort de ce constat, deux sénatrices Corinne Bouchoux (EELV) et Maryvonne Blondin (PS), se sont emparées de la question. Avec la délégation aux droits des femmes du Sénat, elles ont publié, mardi, un rapport sur les variations du développement sexuel. L'idée est de proposer un état des lieux (juridique, médical et sociologique) des personnes dites "intersexes" pour mieux appréhender les questions qu'elles soulèvent. 

"Nous, on voulait poser une première pierre. On voulait être des sortes de lanceurs d'alerte institutionnelle, raconte Corinne Bouchoux à BFMTV.com. Nous voulions proposer un débat pour ces personnes mais pas à leur place.". 

Pendant plus de six mois, la délégation a questionné des associations, des médecins, des juristes, etc. Il en ressort trois grandes recommandations qui sont: le renforcement du respect du droit à l'intégrité physique et à la vie privée, une meilleure prise en charge médicale et psychologique tout en accompagnant mieux les familles. Enfin, le rapport recommande une meilleure reconnaissance pour lutter contre les tabous, l'exclusion et la stigmatisation. 

"Le principe de la médecine c'est de ne pas nuire à l'enfant. Là, dans ce cas précis, on parle d'un coup de bistouri pas toujours nécessaire, car l'enfant concerné n'est pas en urgence vitale", continue Corinne Bouchoux.

"Une véritable violence à l'égard de ces enfants"

Dans les lignes du rapport, la délégation raconte que ces "pratiques chirurgicales constituent une véritable violence à l'égard de ces enfants. Douloureuses, souvent très nombreuses, elles entraînent, bien souvent, des difficultés postopératoires et des troubles d'identité." 

En mai 2016, la délégation a reçu Vincent Guillot, cofondateur de l’Organisation internationale intersexe (OII) pour entendre son témoignage. Face aux sénateurs, il expliquait son quotidien.

"J’ai subi des injections de testostérone jusqu’à l’âge de 16 ans. Je souffre d’infections urinaires, j’ai des lésions neurologiques liées aux chirurgies qui me font souffrir en permanence."

Le rapport rappelle aussi que l’an dernier, la France a été mise en cause par le Comité des droits de l’enfant et le Comité contre la torture de l’ONU. Il lui est reproché des atteintes au droit à l’autodétermination des personnes.

"Comme ces opérations ne sont pas d'urgence vitale dans tous les cas, pourquoi ne pas attendre que ces enfants grandissent et qu'ils soient en âge de décider?, explique Corinne Bouchoux. Pourquoi ne pas attendre l'âge adulte pour que la personne concernée puisse choisir sa vie?"

Repousser le délai légal des déclarations des naissances

La délégation propose des initiatives concrètes comme repousser le délai de déclaration des naissances au-delà des cinq jours prévus, ou encore permettre aux mineurs de solliciter un changement de sexe à l'état-civil. A cela s'ajoute une série de recommandations sur comment mieux accompagner ces personnes sur le plan psychologique et physique, mais aussi comment mieux renseigner le personnel de santé ou les familles sur ces opérations irréversibles. 

"C'est un véritable problème aujourd'hui parce que ces personnes vivent un enfer à cause d'un système trop binaire de notre société.", souligne Corinne Bouchoux.

Certaines associations demandent aussi de pouvoir ne pas indiquer son sexe lors des démarches administratives ou alors d'indiquer un genre "neutre" ou "indéterminé". Dans le rapport sénatorial, les élus ne prennent pas position sur ce point, soulignant que, pour l'heure, cette question soulève de trop nombreux défis juridiques. 

"Avec ce rapport, nous voulions surtout essayer d'apaiser les douleurs du passé et proposer des recommandations pour tenter de mettre un terme à toute cette souffrance". 

Elodie Hervé