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La "Jungle" de Calais: une histoire qui aura duré 18 mois

La "Jungle" de Calais photographiée le 22 février 2016. (image d'illustration)

La "Jungle" de Calais photographiée le 22 février 2016. (image d'illustration) - AFP

Au début de l'année 2015, pour abriter les réfugiés, qui sont alors au nombre de 2.000, la préfecture du Pas-de-Calais aménage le "camp de la Lande". Rebaptisé "la Jungle", il comptait au moins 6.400 habitants au moment où son évacuation a commencé ce lundi matin. Retour sur ces dix-huit mois.

C'est au début de l'année 2015, dans le sillage de la crise migratoire, que s'est formée la "Jungle" de Calais. Promise au démantèlement à partir de ce lundi, entre 6.400 et 8.100 migrants s'y mêlaient dernièrement sur une superficie d'une dizaine d'hectares. La zone a cristallisé le débat sur les réfugiés.

La genèse de la "Jungle"

A l'été 2013, moins de 500 migrants avaient trouvé refuge dans la zone portuaire de cette ville de 75.000 habitants, dans l'espoir de rejoindre l'Angleterre. L'attrait pour les côtes britanniques s'explique par différents facteurs: la langue, l'idée de retrouver des proches, ou encore une supposée plus grande facilité à travailler au noir.

Fin 2014, le chiffre s'élève à un peu plus de 2.000, majoritairement des hommes célibataires venus d'Afrique, de Syrie et d'Afghanistan. c'est alors que, face à cet afflux, qui suscite un malaise croissant au sein de la population, la préfecture du Pas-de-Calais décide d'ouvrir le 15 janvier 2015 un centre d'accueil de jour, avec distribution gratuite de repas. Il s'agit de l'ex-centre aéré Jules-Ferry, situé à environ une heure à pied à l'est du coeur de ville, à proximité des dunes.

Plusieurs camps, puis une "ville"

A l'époque, les migrants se perdent souvent pour trouver ce centre. Puis ils commencent à s'installer à proximité du centre Jules-Ferry, dans ce qu'ils appellent la "new Jungle", tolérée par les autorités. Les ONG dénoncent "un Sangatte sans toit", en référence au camp d emigrants fermé dans la région en 2002. Deux "micro-jungles" du centre-ville sont également évacuées, forçant les migrants à se rendre "au camp de la lande", le terme officiel.

Début juin, de premières rixes éclatent entre communautés, impliquant entre 200 à 300 personnes, dans ce qui est devenu une "ville" de bric et de broc, où se créent église, mosquée, épiceries ou restaurants. 

Les mois passent, la situation se tend

Sur le terrain, la situation se tend, prélude d'un été "chaud". Les décès de migrants se multiplient, sur la rocade, mais aussi sur le site du tunnel sous la Manche, en cas de tentatives de monter sur les navettes de ferroutage. On comptera jusqu'à 2.000 intrusions par nuit sur ce site. Conséquence des travaux de sécurisation sur le site du tunnel et de la rocade, les migrants peinent à traverser illégalement et leur population double: mi-octobre, le chiffre grimpe à 6.000. Fin octobre, la maire de Calais Natacha Bouchart réclame en vain l'intervention de l'armée. La justice administrative, saisie par des ONG, somme, elle, l'Etat de réaliser divers aménagements sanitaires. Soucieuse de "désengorger" Calais, la préfecture procède aux premiers départs de migrants en car vers des Centres d'accueil et d'orientation (CAO).

A l'automne, le climat se dégrade. Novembre est ainsi marqué par de violents heurts entre migrants et policiers, les autorités dénonçant l'activisme des militants d'ultra gauche No Border. Pour calmer la situation sur le terrain, les autorités décident d'offrir de meilleures conditions d'hébergement avec un Centre d'accueil provisoire (CAP) constitué de containers, accueillant 1.500 personnes.

Parallèlement, elles font dégager une bande de 100 m le long de la rocade offrant une meilleure visibilité aux forces de l'ordre. Sous haute protection policière, le démantèlement de la zone sudvaste de 8,5 hectares, débute ainsi le 29 février. L'opération, marquée notamment par une action de protestation d'Iraniens, bouches cousues, durera deux semaines. 

Radicalisation politique, exaspération sociale et accélération judiciaire

Lassés, eux, de voir leur ville faire les gros titres de l'actualité, 500 Calaisiens défilent début mars à Paris. Dans ce dossier politisé, Calais attire les extrémismes. Le général Christian Piquemal est interpellé pour avoir participé à un rassemblement anti-migrant, tandis que la police enquête sur de mystérieuses agressions nocturnes de migrants. Des artistesJude Law, Jordi Savall, Banksy, se rendent eux à la "Jungle" en soutien des réfugiés.

Durant le printemps, le thermomètre grimpe encore avec l'apparition de barrages faits de troncs d'arbre pour bloquer des camions circulant sur la rocade. A la rentrée, les événements s'accélèrent: routiers, agriculteurs et commerçants mènent une opération escargot sur l'autoroute passant à Calais et un mur "anti-intrusion" est construit le long de la rocade, Puis le 26 septembre, François Hollande annonce sur place le démantèlement "avant la fin de l'année", auquel la justice administrative donne le feu vert le 18 octobre. Cette décision de justice sonne donc le glas de la "Jungle" de Calais. 

R.V. avec AFP