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Jouyet admet que Fillon lui a parlé de l'affaire Bygmalion et de Sarkozy

L'ancien Premier ministre François Fillon (à gauche) et le secrétaire général de l'Elysée Jean-Pierre Jouyet (à droite).

L'ancien Premier ministre François Fillon (à gauche) et le secrétaire général de l'Elysée Jean-Pierre Jouyet (à droite). - Montage AFP

Jean-Pierre Jouyet change de version. Après avoir démenti les révélations de journalistes du Monde sur une intervention de François Fillon auprès de l'exécutif, le secrétaire général de l'Élysée admet que l'ex-Premier ministre lui a parlé de Bygmalion et des pénalités pour la campagne de Nicolas Sarkozy.

Jean-Pierre Jouyet change de version. Le secrétaire général de l'Elysée a finalement affirmé dimanche avoir bel et bien évoqué l'affaire Bygmalion lors d'un déjeuner avec François Fillon, après avoir démenti les révélations de journalistes du Monde sur une intervention de l'ex-Premier ministre auprès de l'exécutif.

En démentant jeudi auprès de l'AFP les informations de journalistes du Monde selon lesquelles François Fillon lui aurait demandé d'intervenir pour accélérer les procédures judiciaires visant Nicolas Sarkozy, le secrétaire général de l'Élysée s'était tiré une balle dans le pied.

Gérard Davet et Fabrice Lhomme, auteurs de "Sarkozy s'est tuer" (éd. Stock), avaient en effet enregistré avec son assentiment la conversation qu'ils ont eue avec ce proche collaborateur de François Hollande. Ils ont maintenu l'intégralité de leurs informations.

Jouyet fait volte-face

Dimanche après-midi, nouvelle version à l'Elysée. Dans une déclaration lue à l'AFP, Jean-Pierre Jouyet a finalement reconnu que "François Fillon (lui) a fait part de sa grave préoccupation concernant l'affaire Bygmalion". "Il s'en est déclaré profondément choqué (...) Il a également soulevé la question de la régularité du paiement des pénalités payées par l'UMP pour le dépassement des dépenses autorisées dans le cadre de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy", a ajouté Jean-Pierre Jouyet, après avoir démenti jeudi toute intervention de l'ex-Premier ministre auprès de lui concernant les affaires judiciaires de Nicolas Sarkozy.

François Fillon aurait ainsi dénoncé auprès de Jean-Pierre Jouyet le remboursement par l'UMP des pénalités liées au dépassement du plafond des dépenses de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012.

Le ministère de l'Économie avait pourtant donné en novembre 2013 son aval au paiement par l'UMP, à la place de Nicolas Sarkozy, de pénalités pour dépassement de ses comptes de campagne, a révélé Le Journal du dimanche.

Fillon crie au "complot"

L'ex-Premier ministre crie depuis samedi au "complot" et dément formellement avoir demandé à l'Élysée d'accentuer la pression sur Nicolas Sarkozy.

L'ancien chef du gouvernement a bien déjeuné le 24 juin dans un restaurant près de l'Élysée avec Jean-Pierre Jouyet, et son ex-directeur adjoint de cabinet à Matignon, Antoine Gosset-Grainvillle. Mais, selon François Fillon, "à aucun moment" ils n'ont évoqué au cours de ce "déjeuner amical" la question des pénalités financières infligées à Nicolas Sarkozy et réglées par l'UMP.

François Fillon va porter plainte en diffamation contre les journalistes du Monde et le quotidien.

Il répondra au JT de TF1 dimanche soir à la nouvelle version fournie par Jean-Pierre Jouyet.

Un "double scandale", pour le journaliste du Monde Gérard Davet

Avec l'existence de l'enregistrement des journalistes du Monde, l'affaire devenait intenable pour Jean-Pierre Jouyet, ami proche de François Hollande et membre du gouvernement Fillon en 2007-2008. A l'origine des révélations sur cette affaire, Gérard Davet a réagi sur BFMTV à la volte-face du secrétaire général de l'Elysée: "Je n'ai jamais douté d'avoir raison. En vérité, il n'avait pas tellement le choix dans la mesure où nous savions que ce qu'il nous avait dit, il nous l'avait bien dit et que nous l'avions enregistré. Nous avions donc une absolue certitude."

"Cela veut simplement dire que ce qu'il a dit au tout début, c'était la vérité", a poursuivi le grand reporter au Monde. "Cela paraît plausible. Monsieur Fillon lui a demandé d'accélérer les procédures judiciaires de Sarkozy, eu égard à leur relation ancienne. Monsieur Fillon et Monsieur Jouyet se connaissent bien. Mais l'Elysée n'a pas voulu donner suite aux demandes de Monsieur Fillon".

"On est donc dans un double scandale", a dénoncé Gérard Davet. "Premièrement, le secrétaire général de l'Elysée qui fait du rétropédalage après avoir menti. Deuxièmement, Monsieur Fillon qui est dans une situation maintenant lui aussi intenable."

V.R. avec AFP