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Jihad: qui sont les jeunes recrutés sur internet?

Dounia Bouzar se fait la porte-parole des familles de jeunes recrutés sur internet pour faire le jihad via le livre "Ils cherchent le paradis ils ont trouvé l'enfer".

Dounia Bouzar se fait la porte-parole des familles de jeunes recrutés sur internet pour faire le jihad via le livre "Ils cherchent le paradis ils ont trouvé l'enfer". - BFMTV

Le discours de l'islam radical touche de plus en plus de jeunes français "endoctrinés" sur Internet, explique Dounia Bouzar du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam. Quelles sont les techniques utilisées, qui sont les jeunes touchés?

La sociologue Dounia Bouzar a fondé le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam (CPDSI). Elle travaille depuis plusieurs mois avec des familles dont les enfants sont partis ou sont susceptibles de partir en Syrie. Le centre s'est ainsi entretenu depuis janvier avec 135 familles dont elle se fait la porte-parole dans le livre Ils cherchent le paradis ils ont trouvé l'enfer (Ed. de l'Atelier). Un livre qui permet de comprendre l’ampleur d’un phénomène en pleine recrudescence.

Dounia Bouzar était l'invitée de BFMTV Story jeudi (retrouvez la vidéo à la fin de l'article). Entretien:

Quel profil ont les jeunes recrutés pour faire le jihad?

"Avant, le discours de l'islam radical touchait des jeunes des fragilisés, sans espoir social, qui était au chômage. Ils surinvestissaient tout dans la religion pour avoir une toute puissance. Aujourd'hui, ceux que l'on voit dans le CPDSI sont des enfants de professeurs ou de fonctionnaires, des citadins ou des ruraux, ils peuvent venir du XVIème arrondissement de Paris comme d'un petit village du Sud.

Il y a assez peu de musulmans. La plupart sont issus de familles de référence athée et un tiers sont de familles chrétiennes et juives."

Pourquoi les jeunes sont-ils attirés par ces prêches sur internet?

"C'est très bien fait. Le point commun de toutes les filles dont on parle dans le livre, est qu'elles avaient envie de s'engager dans des métiers altruistes. Elles sont brillantes et ultrasensibles. Elles vont sur internet et cherchent à améliorer monde. Commerce équitable, vaccin… ça commence par une recherche pour s'engager dans le monde et de fil en aiguille, on lui dit monde que tout le monde ment, que le monde est corrompu, on ressort les théories du complot, des sociétés secrètes… Elles se laissent progressivement aborder par cet univers. On leur dit qu'elles ne peuvent pas rester complices, qu'elles doivent se réveiller, que seule la confrontation finale pourra sauver des vies. Quand elles partent, elles ne partent pas faire le jihad au sens où on l'entend. Elles pensent qu'elles vont régénérer le monde, améliorer le monde qu'elles vont sauver des pauvres et des désespérés."

"Ce n'est pas tout à fait la même chose pour les filles et les garçons. Pour ces derniers, les vidéos qui les endoctrinent mettent beaucoup d'images subliminales de jeux vidéo. Ils rentrent dans une espèce de film où ils sont les héros. C'est un peu ce que j'appelle le profil Call of Duty."

Que peuvent faire les familles?

"On n'a jamais eu une secte aussi efficace. Ils habillent tout avec l'islam. Ils utilisent toutes les techniques de dérives sectaires: séduction, enlever les repères, lavage de cerveaux… Dans le livre, on voit les parents qui cherchent cet ennemi invisible. Ils deviennent des détectives en croisant les informations sur Facebook notamment.

Depuis qu'on a mis en place le numéro vert (0-800-005-696), les familles se sentent reconnues comme victimes et non pas comme coupables. Certains arrivent à 'désendoctriner' leurs enfants. Au centre, on a sauvé des vies. On voit aussi des jeunes filles qui sauvent leurs copines. C'est toute une chaîne humaine qui se fait."

K. L.