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Guerre d'Algérie: polémiques autour de la date de commémoration

Mémorial d'hommage aux victimes de la guerre d'Algérie

Mémorial d'hommage aux victimes de la guerre d'Algérie - Lionel Bonaventure - AFP

C'est la première fois ce samedi qu'un président de la République commémorera la guerre d'Algérie un 19 mars. Une date qui réveille des désaccords très anciens et déplaît à la droite.

Le 19 mars 1962, un cessez-le-feu est applicable sur tout le territoire algérien au lendemain de la signature des accords d'Evian, qui mettent officiellement fin à plus de sept ans de guerre. Mais les accords ne font pas l'unanimité et la paix tarde à arriver. Des violences contre les musulmans pro-Français et des massacres de harkis éclatent après cette date. 

Officiellement, le 19 mars est la "Journée nationale du Souvenir Algérie-Maroc-Tunisie" depuis 2012, mais François Hollande se rendra samedi au Quai Branly pour la célébrer pour la première fois... au grand désespoir de la droite, de l'extrême droite et de nombreuses associations d'anciens combattants et de pieds-noirs. Dans son discours, François Hollande devrait redire "l'injustice du système colonial" mais sans verser dans "le registre de la repentance", précise un conseiller à l'AFP.

Pour la droite, le 19 mars est la date de la défaite

Afin de ne pas raviver les tensions, Jacques Chirac avait décidé en 2003 qu'une journée nationale d'hommage aux "morts pour la France" pendant la guerre d'Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie aurait lieu le 5 décembre. Cette date neutre n'évoque aucun événement particulier de la guerre mais l'inauguration d'un monument célébrant la mémoire des victimes. La date du 19 mars rencontrait quant à elle la réticence des associations de harkis, qui considéraient qu'il ne s'agissait pas de la fin de la guerre, mais du début de l'exil et des massacres de harkis et de pieds-noirs.

Nicolas Sarkozy a relancé le débat vendredi en publiant une tribune dans Le Figaro

"Choisir la date du 19 mars, que certains continuent à considérer comme une défaite militaire de la France, (...) c'est considérer qu'il y a désormais un bon et un mauvais côté de l'Histoire et que la France était du mauvais côté", a notamment estimé l'ancien chef de l'Etat.

Né à Alger, le député LR Hervé Mariton a dénoncé sur BFMTV la démarche de "provocation mémorielle" que constitue selon lui la volonté du président de la République. La leader du Front national, Marine Le Pen a également réagi, considérant que François Hollande "viole la mémoire des anciens combattants, harkis et rapatriés morts pour la France".

"Un marqueur à gauche"

Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a appelé vendredi Nicolas Sarkozy au "dépassement des passions".

"Après le 19 mars, la guerre ne s'est pas arrêtée. (...) C'est important de saluer ces accords, cette date est importante. Et en même temps, il y en a d'autres. On sait que les massacres de Harkis ont continué après. C'est aussi un fait historique et il y a aussi à le rappeler", a expliqué le ministre. 

Une proposition de loi socialiste pour que cette date soit dédiée "à toutes les victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc" avait déjà été adoptée par l'Assemblée nationale et rejetée par le Sénat en 2002, avant que la chambre haute adopte le 19 mars dix ans plus tard, en 2012.

Pour le député socialiste Ramzy Hammadi, cette date "rassemble donc toutes les mémoires, y compris les plus douloureuses nées des évènements tragiques qui ont fait suite au 19 mars". Pour la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (Fnaca), qui rassemble plus de 350.000 membres, le 19 mars doit être "gravée dans le marbre sur l'autel de la République, comme elle l'explique sur son site.

"Le 19 mars c'est vraiment la date qui, en France, est un marqueur à gauche, donc ça permet à François Hollande d'être sur un terrain de gauche", analyse sur BFMTV Marie-Christine Tabet, journaliste au JDD et co-auteure de Paris Alger une histoire passionnelle. Et l'imbroglio ne se limite pas à ces deux dates. "On aurait pu choisir le 3 juillet, date de la proclamation de l'indépendance qui est moins polémique", rappelait ce vendredi Marie-Christine Tabet.

A. D.