BFMTV

Grippe aviaire: l'Europe risque-t-elle une épidémie?

Un élevage de volailles en Chine, en février 2014.

Un élevage de volailles en Chine, en février 2014. - Mark Ralston - AFP

Alors que deux foyers de grippe aviaire viennent d'être découverts en Europe, la Commission Européenne s'apprête à prendre des mesures pour limiter la contagion. Si les autorités redoutent une mutation de virus, qui le rendrait transmissible d'homme à homme, le danger est encore lointain.

Après la découverte d'un foyer de H5N8 aux Pays-Bas, la Grande-Bretagne a signalé, dimanche 16 novembre, de nouveaux cas de grippe aviaire dans le nord du pays. La souche n’a pas été précisée mais, d'après les autorités, le risque pour la santé publique serait "très faible". Comme chez leurs voisins hollandais, l’abattage des volailles a commencé. 

"La Grande-Bretagne va devoir identifier le sous-typage et déterminer s'il s'agit aussi de H5N8. Des discussion sont certainement déjà en cours avec la Hollande. Si c'est le cas, ils vont chercher à identifier le trajet du virus", explique à BFMTV.com Vincent Enouf, directeur adjoint du Centre national de référence pour la grippe à l'Institut Pasteur.

Aucune des souches ne se transmet entre hommes

Mais l'heure n'est pas à la panique, comme il le rappelle, aucune souche de grippe aviaire n'est "capable de passer d’homme à homme". En revanche, H5N8, qui a été signalé en Allemagne ces dernières semaines puis aux Pays-Bas, peut franchir la barrière des espèces, donc se transmettre à l'homme via les volailles.

La grippe aviaire est une infection des oiseaux provoquée par des virus grippaux de type A. Plusieurs souches existent, dont certaines peuvent se transmettre à l’homme s’il manipule des animaux contaminés. "Dans le monde aviaire, il existe vraisemblablement toutes les combinaisons entre une quinzaine de H (hémagglutinine) et 9 N (neuraminidase)", détaille Vincent Enouf, ce qui explique que l'on évoque autant de sous-types de virus. Certains sont connus pour être mortels pour l'homme, comme H5N1 qui a fait plus de 400 morts depuis sa découverte en 1997, ou H7N9, plus difficile à repérer car "il provoque très peu de symptômes dans les élevages". Ces deux souches sont logiquement particulièrement surveillées. Mais la transmission à l'homme n'est pas toujours mortelle, loin s'en faut, la pathologie n'est souvent pas plus sévère qu'une grippe commune.

Des mutations sous haute surveillance

En revanche, les autorités sanitaires redoutent la mutation d'une souche qui deviendrait transmissible d'homme à homme. "Quand un virus infecte un animal, il va subir des mutations. Si un mammifère est infecté, il peut y avoir une mutation qui favorise l'adaptation sur la population humaine", détaille le virologue. "Mais les solutions (de prévention) qui existent, notamment l'abattage, sont efficaces", rassure-t-il.

Le spécialiste insiste: il ne voit aucune raison de céder à la psychose. "On a des systèmes de surveillance qui fonctionnent très bien, de nombreuses discussions existent entre spécialistes. Les laboratoires sont alertés quand un nouveau foyer est découvert. On surveille les mutations", explique-t-il. "C'est comme une enquête. Toute la difficulté est ensuite de faire passer les bons messages: il ne faut pas que cela fasse paniquer les gens", relativise-t-il.

Et s'il n'existe pas encore de vaccin (l'Institut Pasteur estime qu'il faudrait entre 6 et 8 mois pour en développer un), des anti-viraux peuvent être utilisés à titre préventif ou curatif. La Commission européenne doit annoncer dans la journée des mesures d'urgence destinées à contenir la propagation du virus.

Aurélie Delmas