BFMTV

GRAND ANGLE: Leur ex menace d'enlever leur enfant en Irak ou en Syrie

En France, des dizaines de parents radicalisés menacent d’emmener leurs enfants faire le jihad. Mais la justice annule rarement le droit de garde ou le droit de visite, même quand cette radicalisation est avérée. Les équipes de Grand Angle sont allées à la rencontre de ces familles démunies qui tirent la sonnette d’alarme.

Manon* vit avec sa fille dans un endroit tenu secret. "Je cache ma fille parce que son père est radicalisé et menace de l'emmener en Syrie", explique cette jeune mère de 20 ans dont l'ancien compagnon a beaucoup changé depuis leur séparation. Quand elle l'a rencontré en 2011, il allait en boîte de nuit, buvaient de l'alcool et parlait très peu de religion.

Depuis, il veut sauver ses filles de ce "pays de mécréants" que menace la France a ses yeux. Il arbore dans son téléphone portable des photos de soldats de Daesh et du drapeau de l'Etat islamique. Il a aussi approuvé les attentats perpétrés par Mohamed Merah.

Cette radicalisation a beau avoir été répertoriée par la police, la justice lui a maintenu le droit de garde de son enfant deux jours par semaine, et mène en parallèle une enquête sociale.

"J'ai extrêmement peur d'un départ en Syrie. J'ai tout le temps peur qu'il puisse essayer de me l'enlever pour l'emmener là-bas", craint Manon, abasourdie par la décision du juge aux affaires familiales.

"Aucun terroriste ne circule avec ses vrais papiers"

L'avocat Gabriel Versini-Bullara gère de nombreux cas semblables à celui de Manon.

"Les enfants de France sont en danger par que l'Etat ne veut ou ne peut pas prendre de décisions qui soient drastiques. Il faut rassurer ces mères de familles que je vois pleurer dans mon bureau", demande-t-il.

La décision le plus souvent prise est l'interdiction de sortie du territoire d'un enfant sans l'autorisation des deux parents. Une décision utopique selon Dounia Bouzar, anthropologue à la tête du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam.

"Quand les juges disent aux parents, 'il y a une interdiction de sortie de territoire, rassurez-vous', c'est d'un ridicule pathétique. Aucun terroriste ne circule avec ses vrais papiers y compris pour ses enfants", assure-telle.

Outre la crainte de voir les enfants quitter la France, il y a aussi la peur qu'ils ne soient endoctrinés par le parent radicalisé. Pierre constate ainsi que sa fille commence à être attirée par le discours que lui tient sa maman quand elle l'a en vacances. Il respecte le droit de garde imposé par la loi la peur au ventre.

"Je trouve aujourd'hui que la justice ne les protège pas", déplore-t-il.

En Irak et en Syrie, dans les territoires contrôlées par Daesh, les fillettes deviennent de futures épouses pour combattants et les garçons suivent une éducation militaire pour devenir soldat le plus vite possible. Le programme a même un nom: les lionceaux du califat. 

*Son prénom a été modifié

K. L. avec Thibault Dupont, Baptiste Besson et Sophie Herbé