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Gilets jaunes: ce lien social né sur les ronds-points 

Des gilets jaunes, le soir du réveillon de Noël

Des gilets jaunes, le soir du réveillon de Noël - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Au-delà des revendications socio-économiques qui ont émané du mouvement des gilets jaunes, la mobilisation, née sur les ronds-points, est aussi un vecteur de lien social pour des personnes isolées.

La mobilisation des gilets jaunes l'a démontré à maintes reprises: elle ne ressemble à aucun autre mouvement social. Sa topographie et son hétérogénéité ont notamment rendu ce mouvement inédit. Et pour beaucoup de manifestants issus de zones rurales ou périurbaines, se retrouver sur des ronds-points a été un moyen de lutter contre une certaine forme de solitude.

Ainsi, pour ceux qui ont dénoncé l’éloignement des services publics ou la disparition de commerces de proximité, retrouver une forme de lien social à travers la mobilisation a eu quelque chose de salvateur.

“Très souvent les mouvements sociaux prennent une dimension festive. Les participants se mettent à vivre au même rythme, ils mangent ensemble, partagent des moments du quotidien. Il se crée alors une relation interpersonnelle dans le conflit”, analyse pour BFMTV.com Michel Wieviorka, sociologue spécialiste des mouvements sociaux.

“Dans le cas des gilets jaunes, c’est très particulier”, poursuit le sociologue. “Ce mouvement, qui n’a pas touché une classe socioprofessionnelle précise, a permis de rassembler des gens qui ne se seraient jamais rencontrés autrement”, continue Michel Wieviorka.

"Maintenant on est ensemble"

Une idée qui s’est confirmée pendant les fêtes de fin d’année, que beaucoup de gilets jaunes ont passé sur les ronds-points. “Si je n’avais pas été ici, j’aurais été tout seul chez moi. Ici, on est en famille”, témoignait d’ailleurs un gilet jaune de Montpellier au micro de RMC le 25 décembre. “Il y a une véritable fraternité entre nous”, confiait aussi un gilet jaune du Loiret à France Bleu pendant le réveillon. “Ce genre de mouvement crée traditionnellement du lien”, explique Stéphane Sirot, historien spécialiste des grèves.

“C’est un moment où la vie quotidienne s'interrompt, la parole se diffuse et on se rend compte qu’on vit à côté de gens qui ont les mêmes problèmes que nous”, poursuit ce dernier.

C’est ce qu’il s’est passé pour Claudie et Jean-Michel. Ces deux retraités originaires du Loiret, respectivement âgés de 64 et 68 ans, se sont rencontrés sur un rond-point de leur région. "On manifestait ensemble et on discutait. Je lui ramenais des casse-croûtes et petit à petit on s'est donné la main et maintenant on est ensemble”, a raconté Claudie à France Bleu. Ces retraités, asphyxiés par des maigres retraites, se sont rendus compte qu’ils étaient plusieurs à avoir le même train de vie.

Les ronds-points ont facilité la convergence

“Aujourd’hui, il n’y a pas de mouvement social sans articulation du virtuel, tout passe par les réseaux sociaux. Mais les gilets jaunes, se sont ensuite retrouvés dans le réel, au niveau local. Cela a fabriqué quelque chose, qui, quand le mouvement décline, crée un manque”, estime Michel Wieviorka.

Le fait d’occuper des lieux tels que des ronds-points a également facilité la convergence des manifestants. “En venant occuper ces lieux, les gilets jaunes se sont eux-mêmes impliqués dans la rencontre”, indique le sociologue spécialiste des mouvements sociaux.

La fin du mouvement, le retour à l'isolement

Ainsi, pour beaucoup de gilets jaunes, une fin de mouvement impliquerait un retour au quotidien, et pour certains, à un certain isolement. Alors qu’ils étaient en train d’évacuer un rond-point à Margencel, en Haute-Savoie, le 19 décembre dernier, des gendarmes ont été confrontés à une situation plutôt inattendue.

La dizaine de gilets jaunes, qui avait occupé le rond-point pendant plus d’un mois, s’est mise à danser sur l’air de La Foule, d’Édith Piaf, valsant au rythme des paroles: “Emportés par la foule qui nous traîne, nous entraîne, écrasés l'un contre l'autre… Nous ne formons qu'un seul corps”. Le message était passé.

Valentine Arama