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Et si le confinement durait plus longtemps? Les Français entre colère, découragement et résignation

Un rue déserte à Ajaccio, en Corse, le 30 octobre 2020, premier jour du second confinement (photo d'illustration)

Un rue déserte à Ajaccio, en Corse, le 30 octobre 2020, premier jour du second confinement (photo d'illustration) - Pascal POCHARD-CASABIANCA © 2019 AFP

Ce second confinement a été annoncé pour un mois. Mais certains et certaines craignent déjà qu'il ne soit prolongé.

Fêtera-t-on Noël chacun chez soi? Les dernières secondes du 31 décembre seront-elles décomptées par visioconférence? Et 2021 débutera-t-elle confinée? Alors que le second confinement, entré en vigueur le 30 octobre, a été officiellement annoncé par Emmanuel Macron pour une durée d'un mois afin de lutter contre la deuxième vague de Covid-19, se pourrait-il qu'il soit prolongé? Et qu'au lieu de s'achever le 1er décembre, ce confinement se poursuive jusqu'au fêtes de fin d'année? Voire au-delà?

"Mes filles viendront quoi qu'il arrive"

Georgette (qui a souhaité que son prénom soit modifié), 73 ans, prend les choses avec philosophie. "C'est sûr que c'est très embêtant pour les visites de la famille, les relations avec les amis, mais je ne vois pas d'autre moyen pour éradiquer le mal", témoigne-t-elle pour BFMTV.com. Cette retraitée qui habite seule dans un village du sud de l'Île-de-France se dit prête à cette éventualité.

"Pour moi, ça ne va pas changer grand chose. J'ai été récemment opérée et depuis le premier confinement, j'ai beaucoup réduit mes sorties et mes contacts. En gros, je ne sors plus que pour faire mes courses ou aller chez le médecin. Du coup, je passe beaucoup de temps au téléphone avec mes amies. La seule chose qui m'ennuie, c'est pour Noël."

La septuagénaire avait l'habitude des grandes réunions de famille: le 24 décembre chez l'un de ses gendres, le lendemain avec sa soeur, ses neveux et ses nièces. Au total, une quinzaine de personnes autour de la bûche. Olivier Véran, le ministre de la Santé, a assuré comprendre l'envie des Français "de fêter Noël en famille" mais s'est réfusé à tout "pronostic" sur la date de fin du confinement.

Si Georgette a quant à elle déjà tiré une croix sur sa grande tablée du 25, elle n'envisage cependant pas de ne pas célébrer Noël avec ses deux filles et ses deux petits-enfants. Et n'exclut pas une éventuelle entorse au règlement.

"Mes filles, qui habitent la région, viendront quand même chez moi quoi qu'il arrive. J'en ai déjà parlé avec elles, elles prétexteront l'assistance à personne vulnérable. De toute façon, on ne sera que six à table, sans compter le bébé."

4, 8 ou 12 semaines?

Lors de son allocution télévisée, le président de la République a néanmoins précisé que ces nouvelles mesures seraient appliquées "a minima" pour un mois. Le président du conseil scientifique a pour sa part estimé que quatre semaines seraient sans doute insuffisantes pour que le nombre de contaminations quotidiennes passe sous la barre des 5000, l'objectif que s'est fixé le chef de l'État pour sortir du confinement.

Pour rappel, dimanche, les autorités sanitaires ont enregistré en vingt-quatre heures quelque 38.619 diagnostics positifs supplémentaires. Vendredi, le nombre de nouveaux cas de Covid-19 dépassait les 60.000. Un nouveau conseil de défense doit se tenir ce jeudi avant une conférence de presse du Premier ministre.

La piste serait sérieusement envisagée du côté de l'exécutif. L'hypothèse d'un confinement de plus de quatre semaines a même été budgétée, indique Le Monde. Une durée de huit à douze semaines - soit jusqu'au 22 janvier - pour surmonter la deuxième vague serait même envisagée, selon Europe 1. À titre de comparaison, à Melbourne, en Australie, un confinement de 110 jours - l'un des plus longs et restrictifs au monde - a permis de faire quasi disparaître le virus, comme le rappelle la RTBF.

Un quotidien "déprimant"

Adel*, un Parisien de 41 ans, se prépare ainsi avec résignation au prolongement du confinement. "Je ne vois pas comment il pourrait s'arrêter au 1er décembre vu le nombre des contaminations", s'interroge pour BFMTV.com ce quadragénaire qui nous avait confié au printemps ne pas vouloir se déconfiner. Ce serait même pour lui "un mal pour un bien".

"Les autorités vont vouloir éviter que les gens se déplacent pour les fêtes, propagent le virus et contaminent les personnes âgées. Je m'attendais à un confinement aussi strict que le premier mais finalement c'est moins violent. Ma fille va à la crèche et je sors une fois par jour, notamment pour faire des courses ou acheter des cigarettes, alors qu'au printemps, je ne sortais que tous les trois-quatre jours. C'est moins dur."

Ce webmaster reconnaît cependant que le quotidien est devenu "déprimant". "Faire une attestation pour se déplacer, rester enfermé, ne plus voir personne, c'est lourd." Mais s'il doit renoncer aux festivités de la Saint-Sylvestre, ce sera sans grande peine.

"Honnêtement, fêter le Nouvel An, ça n'est pas si important pour moi. Et puis là, franchement, on a d'autres chats à fouetter, non?"

"Un an, c'est beaucoup"

Pour Mireille*, 72 ans, c'est la solitude qui lui pèse le plus dans cette perspective. Cette retraitée qui vit entre l'Hérault et la Seine-et-Marne se trouvait dans sa résidence secondaire de Lunel au moment de l'annonce d'Emmanuel Macron.

"Pour les gens comme moi, qui vivent seuls mais qui ne sont pas handicapés ou qui n'ont pas besoin de la visite d'une tierce personne pour les aider dans leur quotidien ou pour faire leurs courses, c'est dur, confie-t-elle à BFMTV.com. On a le droit de rien."

C'est pour cela qu'elle explique s'octroyer quelques écarts avec le règlement et rendre régulièrement visite à une amie. Mais elle regrette cette situation. "Si je veux voir quelqu'un, je suis obligée de tricher et je ne suis pas dans la légalité." Elle dénonce ainsi des restrictions "un peu stupides".

"On peut se promener dans un rayon d'un kilomètre autour de chez soi mais pas 1,2 km? Espérons au moins que ce soit efficace parce que la vie est courte et qu'un an, c'est beaucoup, même si évidemment je comprends bien que l'objectif c'est de protéger des vies."

La septuagénaire devait rentrer fin novembre en Île-de-France dans la perspective des fêtes. Elle avait prévu de passer Noël avec ses deux filles et ses deux-petits enfants. "Mais je ne sais même pas si j'aurai le droit de prendre le train." Elle assure que, dans l'absolu, "fêter Noël en janvier" ne la gêne pas mais "Noël ou pas, j'aimerais vraiment revoir mes petits-enfants". En attendant, elle s'occupe avec ses chats et relit des livres déjà lus "puisqu'on ne peut pas aller en acheter de nouveaux".

"C'est ridicule"

D'autres se montrent moins conciliants à l'idée d'un confinement de plus de quatre semaines. C'est le cas de Pauline*, une travailleuse sociale de 23 ans en congé maternité qui nous expliquait il y a peu qu'elle ne respecterait pas la règle des six personnes à table pour les fêtes de fin d'année. Elle-même s'est rendu dans un célèbre parc d'attractions, juste avant sa fermeture, avec une dizaine d'amis.

"C'est ridicule parce que personne ne le respecte ce confinement, juge-t-elle pour BFMTV.com. Tout le monde sort déjà et, j'avoue, moi la première. Si tout le monde le respectait ça ferait sens, mais là ce n'est pas le cas."

Cette jeune femme, qui réside dans un village d'Île-de-France à la frontière avec la Bourgogne-Franche-Comté, ajoute mener sa vie presque normalement. "Je sors, je vais voir des amis, je vais faire des courses et je vais promener mon fils quand j'en ai envie. Pas du tout comme le premier confinement du printemps." Et n'hésite pas à s'arranger avec les attestations. "C'est vraiment bizarre comme confinement."

Les témoins marqués d'une * ont souhaité n'être présentés que par leur prénom.

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV