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Déconfinement: au Sénat, Philippe réaffirme que le retour des enfants à l'école est "une priorité"

Dans son allocution au Sénat en amont de la discussion du projet de loi prorogeant l'état d'urgence sanitaire, le Premier ministre a insisté sur le fait que, pour les enfants les plus précaires, le confinement pouvait avoir un impact catastrophique.

Une "bombe à retardement". C'est ainsi qu'Édouard Philippe a qualifié, ce lundi, les conséquences potentiellement dramatiques du confinement sur la scolarité des enfants. Face aux sénateurs, auxquels il doit présenter le projet de loi prorogeant l'état d'urgence sanitaire, le Premier ministre a précisé la manière dont le gouvernement entendait permettre à certaines écoles de rouvrir leurs portes à partir du 11 mai. 

Désireux de montrer patte blanche, Édouard Philippe a entamé ce chapitre en se disant conscient "des innombrables spécificités d'un territoire à l'autre, ou d'une classe à l'autre". 

"Avant de poser ces difficultés, nous devons rappeler que la fermeture des écoles est à l'évidence une catastrophe pour les plus vulnérables des enfants et des adolescents", a-t-il affirmé dans l'hémicycle du palais du Luxembourg. 

Permettre le retour des plus précaires

Dans l'esprit du locataire de Matignon, cette catastrophe concerne avant tout "celles et ceux qui n'ont pas accès à des livres, (...) qui n'ont pas accès à Internet, (...) qui n'ont pas toujours accès à une alimentation correcte, (...) qui n'ont pas un espace pour eux, pour respirer, et qui se sentent livrés à eux-mêmes". 

Ces enfants-là, estime Édouard Philippe, "doivent pouvoir retourner à l'école". Quand bien même les difficultés logistiques qu'entraîne ce retour en classe représentent un immense défi pour l'exécutif et l'administration scolaire. 

"Cinq mois de décrochage scolaire, pour des (...) dizaines de milliers de jeunes, c'est probablement une bombe à retardement. Le confinement pose beaucoup de bombes à retardement (...) sociales, économiques, géopolitiques; il me semble que celle-ci n'est pas la moins dangereuse", a-t-il insisté. 

Retour des collégiens en zones vertes

Par conséquent, la réouverture des écoles est une "priorité" aux yeux du gouvernement, a déclaré le Premier ministre. Une priorité "pédagogique, sociale, républicaine, qu'il faut évidemment concilier avec nos impératifs sanitaires", a-t-il précisé.

Les effectifs de ces classes rouvertes ne pourront dépasser les 15 élèves, chiffre qu'Édouard Philippe avait déjà évoqué à l'Assemblée nationale le 28 avril. Il s'agit en effet de permettre le respect des gestes barrières. S'agissant du calendrier, la réouverture sera "très progressive", a-t-il également réitéré. La maternelle et l'école élémentaire seront les premières concernées à compter du 11 mai, "partout sur le territoire et sur la base du volontariat". 

À partir du 18 mai, dans les départements classés "verts", les collèges pourront rouvrir "en commençant par la 6ème et la 5ème". "Nous déciderons à la fin du mois de mai si nous pouvons rouvrir les lycées, en commençant par les lycées professionnels, début juin", a ajouté le Premier ministre. 

Des masques seront distribués aux personnels de l'Éducation nationale et aux collégiens. Leur port sera "obligatoire" pour ces derniers "lorsque les règles de distanciation sociale risquent de ne pas être respectées". 

"Pour les élèves des classes élémentaires, le port du masque n'est pas recommandé. Il est même proscrit pour les enfants de maternelle", a-t-il ajouté. 

Fractures territoriales et économiques

Le chef du gouvernement s'en dit conscient, "la situation ne sera pas identique dans toutes les écoles de toutes les communes, dans toutes les classes d'un même niveau".

"À la vérité, l'était-elle avant le confinement? On pourrait en débattre", a-t-il glissé auprès des élus de la Chambre Haute. 

Édouard Philippe concède par ailleurs que "tous les enfants" ont, en soi, besoin de pouvoir revenir à leurs chères études. "Il est un fait que certains en ont encore plus besoin", a-t-il indiqué. 

"Il est certain que les directeurs d'école, les professeurs, les services de l'Éducation nationale, les maires peuvent faire en sorte que ceux-là, et d'autres, puissent reprendre le chemin de l'école. Ne disons pas d'emblée que parce que cela n'est pas possible partout, cela ne devrait avoir lieu nulle part. Chaque retour à l'école sera une bonne nouvelle", a développé le Premier ministre. 

Ce dernier en a appelé au "discernement" de chacun pour que la limite de 15 élèves par classe soit respectée. Ceux qui sont dans une situation moins précaire devront continuer à étudier, mais depuis chez eux, ou dans des locaux périscolaires. 

Jules Pecnard