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Un retour à l'école en septembre serait-il si grave pour les élèves?

Un homme désinfecte la cour de récréation d'une école à Paris le 7 mai 2020 (photo d'illustration)

Un homme désinfecte la cour de récréation d'une école à Paris le 7 mai 2020 (photo d'illustration) - François Guillot-AFP

Si certains écoliers et collégiens doivent retourner en classe dans les prochains jours, ce ne sera pas le cas de tous les élèves.

Alors que certains écoliers et collégiens doivent retrouver le chemin de l'école à partir de ce mardi, pour d'autres, dont les lycéens, rien n'est encore tranché. Avec le protocole sanitaire imposé par l'Éducation nationale, sans compter les enseignants réticents et les municipalités qui refusent de rouvrir leurs écoles, certains enfants pourraient-ils ne revoir leur classe, leur professeur et leurs camarades qu'au mois de septembre? 

"Ce serait très sérieux"

"Ce serait très sérieux et difficile aussi bien pour les élèves, les parents et les enseignants", pointe pour BFMTV.com Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc). S'il assure que "plus personne n'envisage de finir le programme", il craint que la reprise de l'école ne soit une source de stress pour les élèves.

"Beaucoup de lavages de mains, pas de jeux possibles avec les copains, pas d'échanges de jouets, pas de stylo dans la bouche et des consignes de distanciation répétées en boucle."

D'un point de vue purement scolaire, l'absence de reprise des cours en classe poserait problème principalement pour les lycéens et les classes charnières, estime pour BFMTV.com Benoît Urgelli, chercheur en sciences de l'éducation à l'université Lyon-II et administrateur de la FCPE du Rhône.

"Pour le primaire et le collège, la scolarité est organisée en cycles pluriannuels. Ce qui n'a pas été fait cette année pourra l'être l'année prochaine. Les enseignants pourront réajuster en septembre." 

Quant aux plus jeunes, c'est davantage le manque de socialisation entre pairs qui l'inquiète. "Il faudrait qu'ils puissent se retrouver cet été en centre aéré ou dans toute autre structure d'accueil", ajoute Benoît Urgelli.

Le présentiel, "une denrée rare"

Dans tous les cas, le protocole sanitaire ne permettra pas d'accueillir 100% des élèves, prévient Alexis Torchet, le secrétaire national du Sgen-CFDT qui représente les personnels des établissements scolaires. Selon ce représentant syndical, il faut ainsi se préparer à l'idée que jusqu'à la fin du mois de juin, les heures passées en classe seront "une denrée rare", prévient-il pour BFMTV.com, estimant que seuls "30 à 40%" des élèves seront concernés. "L'enjeu, c'est de penser l'articulation entre présentiel et distanciel selon les besoins des élèves."

Philippe Vincent, secrétaire général du syndicat de chefs d'établissement SNPDEN-Unsa et proviseur d’un lycée à Aix-en-Provence, envisage quant à lui des rendez-vous d'orientation ou de soutien "plutôt que des cours dans telle ou telle discipline perdus dans un désert".

"Dans le scénario le plus favorable qui permettrait de rouvrir les lycées, avec les systèmes de groupes, il n'est même pas certain que l'on puisse revoir tous les élèves au moins une fois, assure-t-il à BFMTV.com. De toute évidence, ils ne reprendraient pas le cours de leur scolarité comme avant le confinement."

Nécessité de revoir les programmes?

Malgré la continuité pédagogique mise en place par les enseignants, de nombreux élèves qui retourneront en classe en septembre n'y auront donc pas mis les pieds pendant presque six mois. "On ne fait pas la même chose en distanciel qu'en présentiel", regrette Philippe Vincent, qui estime que rien ne remplace les heures passées en classe.

"Les conséquences seront nombreuses, que ce soit en terme de déroulé scolaire, d'orientation, d'évaluations mais aussi dans la perspective de l'enseignement supérieur. L'année scolaire 2020/2021 n'aura rien à voir avec ce qu'on a connu jusqu'à la crise du Covid."

Avec des heures de cours en moins et des notions qui n'ont pas été abordées, "il paraît évident qu'il faudra revoir les programmes", ajoute Philippe Vincent. 

Réinventer l'école?

Pour Alexis Torchet, du Sgen-CFDT, ces quelques heures sur place doivent être réservées aux élèves ayant besoin d'un accompagnement personnalisé. Il craint que pour les plus fragiles, une rupture scolaire de six mois ne favorise les décrochages.

"Il n'y a pas de formule idéale mais il faut profiter de cette période pour tester des dispositifs pédagogiques permettant d'assurer en septembre une rentrée dans les meilleures conditions."

Car c'est bien là l'enjeu: l'année scolaire à venir. "Si on doit vivre encore seize mois avec le coronavirus, les contraintes sanitaires vont obliger à repenser l'école et la classe", ajoute Alexis Torchet. 

Une "bombe à retardement"

Alixe Rivière, co-présidente de la FCPE 93 pour les collèges, va même plus loin: "l'école d'avant, c'est fini", juge-t-elle pour BFMTV.com. "La crise du Covid-19 n'est pas terminée et avec le réchauffement climatique, comment fera-t-on quand il fera 40°C en classe? Il est urgent d'anticiper l'école de demain." 

C'est également le point de vue de Rodrigo Arenas, le président de la FCPE, "Il faut arrêter de faire comme si on pouvait reprendre l'école au sens académique du terme", affirme-t-il à BFMTV.com. Pour ce représentant de parents, l'école doit impérativement se réinventer.

"On fait toujours l'école d'avant. Ce n'est pas parce qu'il y a des ordinateurs qu'on est dans la modernité. On doit créer une école de la coopération et de la solidarité, qui s'impose d'autant plus en période de crise."

Et selon lui, le problème n'est pas tant d'ordre scolaire. "La priorité, ce n'est pas de faire l'école, mais de prendre soin des enfants. Car si des millions d'élèves ne retournent pas en collectivité d'ici septembre, on aura une bombe à retardement autant scolaire que sociale."

Céline Hussonnois-Alaya