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Un an après la fronde des enseignants, les évaluations des élèves de CP et de CE1 reprennent

Image d'illustration d'une classe d'élèves dans une école

Image d'illustration d'une classe d'élèves dans une école - Ludovic Marin - AFP

Ces batteries d'examens visent à obtenir une radiographie approfondie du niveau scolaire des élèves français au début de l'école élémentaire. Décriées l'an passé, ces évaluations ont été maintenues pour la rentrée 2019, au grand regret des syndicats d'enseignants.

Après une première édition polémique, les évaluations en CP et en CE1 reprennent ce lundi pour des centaines de milliers d'écoliers. Des tests jugés "absolument essentiels" aux yeux de Jean-Michel Blanquer, qui affiche un objectif de "100% de réussite au CP". L'occasion de revenir sur le principe de ces examens, ainsi que sur les doutes encore exprimés par les syndicats d'enseignants.

• Quels sont les objectifs de ces évaluations ?

Obtenir une radiographie approfondie du niveau scolaire des élèves français au début de l'école élémentaire, telle est la volonté affichée rue de Grenelle. Avec ces tests, l'Éducation souhaite donc connaitre les compétences de chaque élève afin de "donner des repères aux enseignants pour aider les élèves à progresser" mais aussi "aider les inspecteurs dans le pilotage de proximité" et enfin pouvoir "ajuster les plans nationaux et académiques de formation".

• En quoi consistent-elles ?

Le ministère de l'Education nationale a mis en ligne les évaluations de français et de mathématiques proposées aux élèves de CP et à leurs camarades de CE1.

En CP, l'exercice de français se compose de deux séquences de 20 minutes chacune, pour vérifier si l'élève sait "reconnaître des sons", "comprendre des mots, des phrases, des textes à l'oral" et "identifier des lettres de l'alphabet".

Concernant les mathématiques, deux sessions de 20 minutes visent à "évaluer les élèves sur les premières compétences relatives à la construction du nombre et aux premières capacités de calcul" : "connaître et utiliser les nombres jusqu'à 10", "identifier des formes", "résoudre des problèmes". Ci-dessous, l'élève est invité à écrire le nombre qu'il estime le plus près de 10 dans le losange.

Un exemple d'exercice de mathématique dans le test d'évaluation des élèves de CP.
Un exemple d'exercice de mathématique dans le test d'évaluation des élèves de CP. © Capture des évaluations du site du Ministère de l'Éducation nationale.

En CE1, l'exercice de français (comme ci-dessous) se compose là aussi de deux séquences, mais d'une durée d'une douzaine de minutes chacune, et de deux exercices individuels. Objectif: "comprendre des mots et des phrases" à l'oral et à l'écrit, "lire à voix haute", "écrire des mots". Voici, par exemple ci-dessous, un exercice posé aux écoliers cette année. 

Pour les mathématiques, deux séquences de 15 minutes permettent de se rendre compte de l'avancée de l'élève pour la "compréhension et l'utilisation des nombres, le calcul mental et en ligne, la résolution de problèmes et la géométrie".

Un exercice de l'évaluation des élèves de CE1, pour la rentrée 2019.
Un exercice de l'évaluation des élèves de CE1, pour la rentrée 2019. © Capture des tests de l'Éducation nationale

• Quels ont été les résultats de la précédente édition ?

Jean-Michel Blanquer avait dévoilé, un mois après les évaluations, leurs résultats (encore partiels). Et le constat était sans appel: près d'un élève de CE1 sur deux (49%) avait des "difficultés" en calcul mental, annoncait-il dans les colonnes de 20 Minutes. 47% avait également des "soucis" pour résoudre des problèmes. Concernant l'apprentissage de la lecture, 30% lisaient moins de 30 mots par minute, alors que l'objectif national est de 50 mots.

Pour le CP, la situation semblait moins alarmante. 23% des élèves en début de CP avaient des difficultés à reconnaître les lettres et le son qu'elles produisent et "8% ont des difficultés à reconnaître les nombres dictés", indiquait alors le ministre.

• Pourquoi suscitent-elles toujours l'opposition des syndicats d'enseignants ?

Ces tests avaient été décriés l'an passé par les syndicats, qui les jugeaient inutiles, facteurs de stress, ou plus ou moins exploitables selon les conditions dans lesquelles ils étaient réalisés. Certains professeurs avaient refusé de saisir les résultats de leurs élèves dans le logiciel prévu, ce qui avait entraîné des sanctions.

Malgré une version moins longue proposée cette année, ces batteries de tests ne font toujours pas l'unanimité chez les enseignants. Dans un communiqué publié fin août, le SNUIpp-FSU, principale force syndicale dans le premier degré, critique toujours des examens "chronophages" qui "risque d’entraîner une pédagogie de bachotage, individualisante avec un étiquetage précoce des élèves".

Auprès de l'AFP, Francette Popineau, secrétaire générale du syndicat, met en garde contre le risque d'évaluations biaisées. Selon elle, il est possible que des professeurs, dans le souci de ne pas pénaliser leurs élèves, interviennent pour les aider. "Et cela se comprend: un professeur ne veut pas que sa classe, son établissement, ses élèves soient épinglés dans les médias comme étant ceux qui ont le moins bien réussi."

La crainte des syndicats? Des effets pervers. "Que ce soit un prétexte pour imposer en amont à la maternelle une forme d'apprentissage et donc le risque d'abrutir les élèves. Sans parler de la pression mise sur les collègues, les conseillers pédagogiques qui pourraient être tentés de glisser vers le bachotage pour obtenir des résultats", lance-t-elle.
Esther Paolini avec AFP