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Revient-on au bac des années 1970?

Un rapport remis ce mercredi au ministère de l'Education recommande une disparition des séries du lycée au profit d'un bac un peu plus "à la carte". Les associations possibles des matières évoquent les séries instaurées en 1968.

Le lycée sous sa forme actuelle vit ses dernières heures. Pierre Mathiot, ancien directeur de Sciences Po Lille, a remis ce mercredi au ministre de l'Education nationale son rapport pour mener la réforme du bac. Et avec la mue de l'épreuve s'annoncent des changements importants dans l'organisation du secondaire, même si le ministre de l'Education nationale a encore son mot à dire.

Ainsi, le rapport préconise une disparition des filières générales et technologiques au profit d'un bac "à la carte", avec un tronc commun et des spécialités choisies par l'élève. Un peu sur le modèle de l'enseignement supérieur, l'élève aurait ainsi deux "majeures" et deux "mineures" en plus de matières obligatoires, composant une "unité d'approfondissement et de complément".

"15 à 17 majeures nationales pourraient être proposées"

Le choix des lycéens serait toutefois limité à une "liste nationale" de combinaisons possibles pour les majeures, avec "la possibilité d'en proposer d'autres localement", précise le rapport Mathiot. "Sur la base des actuelles séries générales et technologiques (...) quinze à dix-sept majeures nationales pourraient être proposées", est-il indiqué. 

Futuriste, comme réforme? Pas vraiment, comme l'explique Claude Lelièvre à BFMTV.com: "Hormis une petite souplesse optionnelle supplémentaire, on n'est pas si loin des séries qui ont existé dans la réforme Fouchet (Décret du 10 juin 1965, NDLR)", explique l'historien de l'éducation, auteur de nombreux ouvrages sur l'évolution de l'institution scolaire.

En 1968, le bachelier pouvait choisir entre philosophie-lettres (A), économique et social (B), mathématiques et sciences physiques (C), mathématiques et sciences de la nature (D) ou mathématiques et technique (E). Après une simplification en 1997 (et la création des séries ES, L et S pour le général), l'Education nationale redonnerait aujourd'hui de l'amplitude au choix des lycéens, sans les laisser totalement dans la nature.

Des intitulés de filières rappelant ceux de 1968

Le bachelier de 2021 aurait lui le choix entre maths-physique-chimie, physique-chimie-SVT, maths-informatique, sciences de l’ingénieur-mathématiques, maths-SES, littérature-langues et civilisation de l'Antiquité, littérature-enseignements artistiques et culturels, SES-histoire-géo, littérature étrangère-langues. Le rapport n'exclut pas des évolutions possibles, notamment pour pouvoir intégrer la philosophie à ces majeures. 

"A la fois, pour des problèmes de gestion, d'encadrement de résistance des différents corps disciplinaires, en réalité vous dites d'abord que c'est modulaire, et vous récupérez en partie l'affaire par des compositions définies au niveau national", décrypte Claude Lelièvre.

Une visée nationale que les rédacteurs du rapport assument: "Il nous semble en effet important de prévoir que les lycées, notamment au nom de l'équité territoriale, proposent tous un bouquet identique de majeures défini par le ministère". 

Claude Lelièvre voit donc plutôt le nouveau lycée comme des "filières un peu plus optionnelles". Une liberté de choix totale pour les élèves pose en effet le problème de la répartition des effectifs et des enseignants dans les classes: quand certaines seront désertées, les autres seront surchargées.

"Comme toujours dans un cas comme ça, ce qui est affiché est beaucoup plus vanté et proclamé que ce qu'il va se passer réellement, parce que vous faites avec ceux qui sont là", constate l'historien de l'éducation.

Une meilleure préparation à l'enseignement supérieur

Le bac de 2021 aura toutefois une différence notable avec celui de 1968. Avec un découpage en semestre, une plus grande place à l'oral et une articulation "majeures/mineures", la volonté est aussi de mieux préparer les lycéens à l'enseignement supérieur. Et pour cause: en 1960, il y avait 309 000 étudiants en France. En 2015, ils étaient 2,5 millions, soit huit fois plus.

"D'une certaine manière, le supérieur reprend un peu la main sur l'orientation et le dispositif des étudiants", commente Claude Lelièvre. Le rapport Mathiot rappelle d'ailleurs que "le baccalauréat garde son double statut de diplôme de fin d'études secondaires et de premier grade de l'enseignement supérieur".

L'historien poursuit: "Mais qu'est-ce qu'on modifie? Les première et deuxième années du supérieur ou les années du secondaire?" Le spécialiste concède qu'il faut "mieux articuler" le passage entre le lycée et l'enseignement supérieur: "Le problème est de savoir de quel côté ça va pencher."
Liv Audigane