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Retour à l'école: certains syndicats craignent de ne pas pouvoir être "prêts" pour la rentrée du 22 juin

Certains syndicats jugent que les annonces d'Emmanuel Macron n'expliquent pas comment le protocole sanitaire pourra être respecté en cas de retour massif des élèves. D'autres estiment qu'il n'y aura pas assez d'enseignants pour les accueillir convenablement.

Il a tout de même d'abord évoqué ce qu'il y avait de "positif". Annoncée ce dimanche par Emmanuel Macron, la réouverture de toutes les établissements scolaires et des crèches en métropole et dans l'outre-mer, à partir du 22 juin, suscite quelques craintes. Délégué du syndicat enseignant UNSA 95, Olivier Flipo sait gré - non sans ironie - au chef de l'État de donner "un petit peu de temps pour préparer cette troisième rentrée". 

"Je vous rappelle que cette troisième rentrée, elle est pour 15 jours. (...) Est-ce qu'on est prêt? Non, on n'est pas prêt. Il nous faut effectivement une semaine pour le faire", s'est alarmé ce directeur d'école à Cergy sur BFMTV.

Dans son établissement, dit-il, il y a quatre postes d'enseignants sur dix (certains sont à temps partiel) qui ne sont actuellement pas pourvus. "Comment je vais faire? On va me trouver les remplaçants qu'on n'a plus sur le terrain pour faire ce travail-là? (...) Ce n'est pas au président de dire si ces gens-là peuvent reprendre ou ne pas reprendre le travail, ça c'est leur médecin qui va le dire", estime Olivier Flipo. 

Annonces "très lapidaires"

Sur la reprise obligatoire des élèves, le syndicaliste se dit "très curieux de savoir, au bout du compte, quel pourcentage (...) de familles accepteront de renvoyer leur enfant à l'école". L'annonce présidentielle débouchera sur dix jours de classe pour tous les écoliers et collégiens, juste avant les vacances d'été. Le périmètre de 4m2 qui doit séparer chaque élève est le principal obstacle à un retour massif dans les écoles, dans la mesure où il induit à ne pas dépasser plus de 15 élèves par classe. 

"S'ils ne viennent pas, qu'est-ce qu'on va leur dire? Qu'est-ce qu'on va faire? Il ne se passera rien du tout!", argue-t-il. "Dans la phrase suivante, on nous dit, 'il faut éviter les rassemblements'. Moi j'ai 259 élèves. Concrètement, sur le terrain, il faut voir ce que ça représente. (...) J'ai des parents qui vont venir devant l'école. On va l'éviter comment, le rassemblement devant l'école? (...) Comment va-t-on respecter les règles de distanciation physique?", s'inquiète le délégué UNSA du Val-d'Oise. 

De son côté, le patron du principal syndicat de chefs d'établissement, Philippe Vincent, a tweeté que les annonces "très lapidaires" d'Emmanuel Macron "sont d'évidence à détailler". 

Certains syndicats plus optimistes

La tâche va être rude pour le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, qui doit recevoir les représentants syndicaux lundi et mardi. Tous ne sont pas aussi pessimistes qu'Olivier Flipo. La secrétaire générale du SNES-FSU, Frédérique Rolet, a jugé sur France Info que le retour obligatoire à partir du 22 juin était une "bonne nouvelle". 

"On n'avait pas compris pourquoi l'école était devenue facultative pour certains jeunes", a-t-elle indiqué, espérant que cela mettrait "un terme à la campagne absolument odieuse" à l'égard des enseignants accusés de ne pas faire leur travail. 

Frédérique Rolet estime par ailleurs que ces dix jours de retour en classe permettront de "faire le point" sur ce que les décrocheurs "ont fait ou pas durant la période de confinement". Son homologue du SNUipp-FSU (principal syndicat d'enseignants dans les écoles), Francette Popineau, a elle aussi jugé "positif" le fait que l'école "redevienne obligatoire".

"On a une interrogation sur cette proposition de faire revenir tous les élèves car, si tous sont dans une classe, cela veut dire qu'on ne tient pas compte d'une distanciation physique", a-t-elle toutefois indiqué sur France Info. "On confond ce désir que nous avons tous de revenir à la normale avec le fait que nous avons un virus actif. Donc, souhaitons que nous ne commettions pas d'imprudence."
Jules Pecnard