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"Plus de risques chez soi qu'à l'école" pour les enfants: ce qu'en disent les pédiatres

Des enfants - Image d'illustration

Des enfants - Image d'illustration - AFP

Plusieurs professionnels du secteur pédiatrique se sont prononcés en faveur du retour des enfants à l'école, à la fois pour parer aux risques de violences intrafamiliales et pour des raisons de santé.

La phrase a fait grand bruit. Lundi matin sur Europe 1, alors qu'il était interrogé sur le retour d'une partie des enfants en classe, Jean-Michel Blanquer a déclaré qu'il y avait "plus de risques à rester chez soi qu'à aller à l'école". En amont, le ministre de l'Éducation nationale a précisé qu'il s'appuyait là sur le constat de la Société française de pédiatrie (SFP). 

Le propos a néanmoins suscité de nombreuses réactions, certains reprochant à Jean-Michel Blanquer de vouloir inciter coûte que coûte les parents à renvoyer leurs enfants à l'école. Et ce, dans un objectif ayant pour finalité le redémarrage à marche forcée du pays, quitte à exagérer les risques encourus à poursuivre le confinement.

"Violences intrafamiliales"

Le ministre de l'Éducation nationale s'appuie pourtant bien sur des études officielles. Le 20 avril, plusieurs pédiatres - dont le président et le secrétaire général de la SFP - signaient un communiqué commun alertant sur les "adolescents en danger" dans leur propre foyer.

"Les mesures de confinement, indispensables à l’endiguement de l’épidémie de Covid-19 que nous connaissons, exposent les mineurs aux violences intrafamiliales et conjugales de façon plus importante", pouvait-on lire dans ce communiqué. 

Et ses signataires de souligner combien "dans ce contexte, les possibilités de s’extraire de ces situations par le biais de l’école et des activités extrascolaires ou de se confier à un tiers sont limitées". 

Les enfants avec maladie chronique

Moins d'une semaine plus tard, le 26 avril, une batterie de professionnels du secteur et leurs organes représentatifs (dont la SFP) soumettaient des propositions pour "favoriser le retour des enfants avec maladie chronique dans leur établissements scolaire".

"Il est (...) possible que la protection particulière apportée à ces enfants par leur famille ait limité leur exposition au Covid-19, faisant ainsi sous-estimer la possibilité de complications induites par le Covid-19 chez ces enfants", peut-on lire en amont des cinq propositions que contient le texte. 

La première d'entre elles consiste à "favoriser le retour dans leur établissement scolaire de tous les enfants ayant une pathologie chronique, car bénéfique pour leur santé, leur bien-être et leur avenir". 

"Historiquement, les pédiatres ont toujours favorisé la scolarisation et la mise en collectivité des enfants souffrant de pathologies chroniques même graves. Tous les enfants y compris ceux suivis pour une maladie chronique peuvent et doivent retourner à l’école", insiste plus loin le collectif pédiatrique. 

Adolescents plus transmetteurs

Quid toutefois du potentiel effet contaminant des mineurs? Alain Ducardonnet, médecin et consultant santé BFMTV, estime que de ce point de vue, il faut "bien distinguer les moins de dix et les plus de dix, douze ans". 

"L'épidémiologie (...) montre que les moins de dix ans, en fin de compte, font la maladie de façon quasiment asymptomatique et très (...) rarement de forme grave, mais en fait ne transmettent pas. Par contre, ils sont généralement infectés, dans 90% des études précises, par les parents, par la famille, par l'entourage", rappelle-t-il ce mardi. 

"Au-delà de 10-12 ans, une étude de l'Institut Pasteur a bien montré que là, à ce moment-là, les adolescents retrouvent le profil des parents, et peuvent en effet, eux, être à la fois vecteurs et transmetteurs", ajoute-t-il. L'étude épidémiologique en question, publiée le 23 avril, avait été menée dans un lycée à Crépy-en-Valois, dans l'Oise, un épicentre de l’épidémie en France.

"Le risque d’être infecté au sein du domicile passait de 9% à 17% pour les parents si le lycéen était infecté, et de 3% à 21% pour la fratrie", soulignait ainsi l'étude.

Selon le professeur Arnaud Fontanet, premier auteur du texte et responsable de l'Unité épidémiologie des maladies émergentes à l'Institut Pasteur à Paris, "les lycéens se rapprochent plus des adultes pour la capacité de transmission du virus que des enfants".

Jules Pecnard