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Numérique à l'école: un outil de travail dont l'utilité reste contestée

Dans une classe de CM2 à Clichy, le numérique est utilisé avec parcimonie et ne remplace pas le travail d'écriture traditionnelle.

Dans une classe de CM2 à Clichy, le numérique est utilisé avec parcimonie et ne remplace pas le travail d'écriture traditionnelle. - BFMTV

Certains sont résolument contre, d'autres y voient le signe d'une adaptation de l'école à l'ère numérique. La révolution digitale à l'école fonctionne-t-elle?

L'incursion de la tablette numérique à l'école ne recueille pas l'adhésion automatique de tous les parents et professeurs. Les élèves eux, feraient la part des choses et sauraient que ces outils numériques ne sont pas là pour le jeu, mais utiles à certains apprentissages. Vraiment?

Dans la classe de CM2 de l'école Jean Jaurès, à Clichy dans les Hauts-de-Seine, les élèves semblent emballés. L'un d'eux trouve ça "génial". Mais pas question que la tablette fasse sa loi dans les rangs. Josiane Benjamin, la maîtresse veille à son bon usage. La connexion sans fil en wi-fi n'est d'ailleurs branchée que ponctuellement. Au cœur du débat, l'écriture manuscrite tellement indispensable à l'apprentissage de la langue reste la priorité.

"Le numérique est complémentaire, assure Josiane Benjamin. Il sert à évaluer certaines notions, mais l'enfant écrit. Et on distingue bien l'utilisation du numérique et l'écrit sur la feuille", détaille l'institutrice.

Bienfait du numérique utilisé avec modération ou désastre?

Karine Mauvilly coauteure de Désastre de l'école numérique, se montre plus circonspecte. Selon elle, le numérique sur les bancs de l'école pose de nombreux problèmes.

"On a déjà les risques pour la vision des enfants, les risques des électro-fréquences, l'Education nationale ne fait pas vraiment son travail de protection de l'enfance", assène-t-elle.

Autre preuve à mettre au passif du numérique, depuis l'introduction des tablettes à l'école, le niveau des petits Espagnols a baissé. Eric Chardonnier, expert éducation à l'OCDE, nuance cet avis en prônant une voie du milieu.

"C'est un débat très français. Soit on est dans le catastrophisme, soit il faut que tout le monde ait des tablettes pour que l'on améliore le système de l'éducation. La réponse, elle, est au milieu. Tout dépend du dosage, c'est un outil utile aux apprentissages, mais il faut en faire une utilisation modérée." 

Rappelons au passage que l'OCDE est elle-même très critique sur la numérisation des enseignements. Une enquête PISA de 2015 sur le sujet montre que les technologies numériques "ne sont pas d’un grand secours pour combler les écarts de compétences entre élèves favorisés et défavorisés."

Pire, "les élèves utilisant très fréquemment les ordinateurs à l’école obtiennent de bien moins bons résultats en compréhension de l’écrit, même après contrôle de leur milieu d’origine".

La tablette creuse-t-elle les inégalités scolaires?

L'autre débat connexe est celui de l'usage des tablettes à la maison. Selon une récente étude de l’AFEV, 54% des collégiens ne sont nullement limités dans l'usage de ces outils. Ne nous trompons pas de débat, il ne s'agit pas de déplorer que tous les établissements ne soient pas encore équipés, mais de déterminer si les outils numériques profitent aux élèves, sans les détourner d l'essentiel des apprentissages fondamentaux.

Certains chiffres sont alarmants. Déjà, il ressort de l'enquête que la plupart "des collégiens scolarisés en réseau d'éducation prioritaire" disposent d'outils numériques chez eux: 45% ont un ordinateur à la maison et 80 possèdent un smartphone. Doter tous les élèves d'une tablette ou d'un ordinateur personnel risquerait de conduire à un suréquipement.

Dans une précédente enquête de 2014, l'AFEV relevait deux faits autrement plus troublants. D'une part: "Les enfants scolarisés en secteur d’éducation prioritaire ont pour 63% d’entre eux la télévision dans leur chambre, contre 27,5% des autres enfants. Là encore, ceux qui ont la télévision dans leur chambre se couchent beaucoup plus tard : 53% après 22h, contre 25%".

Et d'autre part: "Plus le niveau socio-économique des foyers est bas, plus il y a d’Internet et de connexion aux écrans notamment chez les enfants et les adolescents."

Les pontes de la Silicon Valley, chez Apple, Google, Twitter, privilégient quant à eux les apprentissages à l'ancienne. Au domicile comme dans les écoles qu'ils plébiscitent, nul tablette ou ordinateur à l'horizon. Ils sont même bannis.

David Namias avec Véronique Fèvre