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Mixité sociale: les collèges privés font mieux que ceux du public

Des simulations d'attentat auront désormais lieu dans les écoles.

Des simulations d'attentat auront désormais lieu dans les écoles. - Charly Triballeau - AFP

Ce phénomène s’explique entre autres par une faible mixité sociale dans les ZEP et un déclin de la mixité sociale dans les autres collèges publics.

Les établissements privés, un lieu d'entre-soi? Non, bien au contraire: selon une étude publiée mardi par l'école de commerce Edhec, et révélée par La Croix, les établissements du privé "font plutôt mieux" que ceux du public en matière de mixité sociale.

Dans son travail, l'économiste Pierre Courtioux montre que "les collèges privés sont surreprésentés au sein des collèges les plus 'performants' en termes de meilleure mixité sociale": alors qu'ils ne représentent que 20% de l'ensemble des collèges français, ils comptent pour moitié du tiers des collèges les plus mélangés socialement (tous les chiffres de l'étude comptent pour la période 2004-2014). 

Le chercheur de l'Edhec a repris la définition la plus courante de la mixité sociale: est performant en la matière un établissement dont la composition des élèves est la plus proche de la répartition moyenne des élèves français entre les différents groupes sociaux. A l'inverse, cette étude considère comme des collèges peu performants ceux qui concentrent en leur sein des élèves d’origine très favorisée ou au contraire très défavorisée.

De grandes disparités sur le territoire

Si ce résultat a de quoi surprendre, c'est selon Pierre Courtioux parce que "quand on parle d'établissement privé, on a en tête ce qui se passe dans les grandes villes", là où effectivement l'inscription dans le privé relève souvent d'une stratégie d'entre soi. Ce qui n'est pas vrai sur tout le territoire. Dans certains départements, cette inscription est davantage culturelle, à l'image de la Vendée où plus de la moitié des enfants sont scolarisés dans le privé.

Ensuite, il ne faut pas mal interpréter ce résultat. Si les collèges privés contribuent à la mixité sociale, ils restent un choix privilégié des familles très favorisés: environ 40% des enfants de chefs d'entreprise, de professions libérales ou de cadres sont inscrits dans des collèges privés, alors qu'à l'échelle de la France, seuls 20% des collégiens sont dans un établissement privé.

Interroger les mauvaises performances du public

Mais le privé permet bien un brassage social plus grand que le public. Pourquoi? Si la volonté d’ouverture sociale des établissements privés joue probablement, on peut s'interroger sur la mauvaise performance de ceux publics. En raison de leur rattachement à la carte scolaire - qui détermine le lieu de scolarisation selon le lieu d'habitation -, ces-derniers sont très largement tributaires de la composition sociale de leur territoire. Autrement dit, une faible mixité sociale dans les écoles publiques est le signe d'une faible mixité sociale dans les territoires français. 

Par ailleurs, l'étude publiée par l'Edhec montre que la présence des collèges privés au sein de ces collèges "performants" en termes de mixité sociale s’est accentuée entre 2004 et 2014. Une amélioration du privé qui n'est pas forcément une bonne nouvelle. Ce phénomène peut notamment s'expliquer par le fait que de plus en plus de catégories intermédiaires se servent du privé pour éviter certains établissements publics, qui eux, en conséquence, se ghéttoïsent plus encore.

Mais plutôt que d'interroger les raisons de la bonne performance du privé, Pierre Courtioux veut insister sur la conclusion qu'il en tire: alors que certains experts recommandent la mise en place de quotas de recrutement selon l’origine sociale dans le privé, l'économiste estime qu'il "ne faut pas se tromper de politique". "La stigmatisation du privé est contre-productive", affirme-t-il. En montrant que les établissements privés contribuent à la mixité sociale, Pierre Courtioux espère que l'action publique ira davantage vers là où il faut changer les choses, vers le public donc et surtout vers les établissements de ZEP, où les enfants de personnes n'ayant jamais travaillé, inactives ou d'ouvriers sont surreprésentés.

Ma. G.