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Mathématiques au lycée: pourquoi la mesure controversée de la réforme Blanquer a été abandonnée

Le ministère de l'Education nationale a annoncé le retour d'un enseignement des mathématiques "obligatoire" à la rentrée 2023 pour tous les lycéens de la filière générale dès la classe de première, soldant l'une des mesures les plus controversées de la réforme Blanquer.

Les critiques ont été entendues, le ministère de l'Education en a tiré les conséquences ce dimanche. Dès septembre 2023, tous les élèves de première générale qui n'ont pas pris la spécialité mathématiques auront une heure et demie de cours en plus par semaine consacrée à cette discipline.

"C'est le retour de l'enseignement des mathématiques pour l'ensemble des lycéens", s'est félicité le ministre de l'Éducation nationale, Pap Ndiaye dans une interview aux Échos.

Baisse de la culture et du vivier scientifique, renforcement des inégalités sociales et de genre, les conséquences de la disparition depuis 2019 des mathématiques dans le tronc commun des matières obligatoires de première et terminale avaient alarmé communauté éducative, chercheurs, grands patrons mais aussi politiques. A tel point que Jean-Michel Blanquer, pourtant à l'origine de la réforme, avait lui-même amorcé le rétropédalage.

Baisse du niveau dans la matière

La mesure permettait aux lycéens de choisir leur spécialité mais beaucoup ont décidé de délaisser les maths. Depuis qu'elles ont disparu du tronc commun, le nombre d’heures que les lycéens y consacrent a chuté de 18%, soit 33.500 heures en moins, entraînant de facto une baisse de leur niveau dans cette matière. Dans le dernier classement PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis) de 2019, en termes de compétences en mathématiques, les élèves français se situent à la 23è position des 79 pays évalués. Un quart des élèves n’a pas le niveau attendu en mathématiques à l’issue de la classe de troisième, selon le ministère de l'Education nationale.

Avec des conséquences pour la suite de leurs études: "En prépa, on retrouve des élèves qui ne savent pas calculer, incapables de résoudre une équation d’un niveau 5è ou 4è", déplore dans les colonnes du Figaro étudiant un professeur de mathématiques en classe préparatoire.

Vecteur d'inégalités

Par ailleurs, les sociétés savantes et associations de mathématiques avaient dénoncé une réforme vecteur d'inégalités sociales dans un communiqué publié au début de l'année 2022. "C’est la moindre diversité des parcours de mathématiques et leur élitisme assumé par le ministère qui sont en partie responsables de la baisse des effectifs et de l’augmentation des inégalités, car ils élèvent des barrages, filtrant en particulier les filles et les élèves qui ne sont pas issus des milieux très favorisés", écrivaient-elles.

De fortes disparités sont également apparues entre filles et garçons: les filles n'étaient ainsi que 46% à étudier encore les maths en terminale tous enseignements confondus, et 26% comme spécialité.

Face à ces multiples critiques, "le ministre revient sur le lycée Banquer de manière un peu forcée", estime la secrétaire générale du SNES-FSU, Sophie Vénétitay. "Mais il reste des questions: y aura-t-il suffisamment de professeurs? Quelle articulation entre première et terminale? Et rien n'est dit des programmes".

Le ministre de l'Education nationale, Pap Ndiaye, se veut rassurant sur la question des ressources humaines, en chiffrant les nouveaux besoins à "400 à 425 postes, en équivalents temps plein". "C'est possible", a-t-il déclaré, même s'il n'exclut pas des "ajustements".

Ambre Lepoivre avec AFP Journaliste BFMTV