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Éco-délégués au collège et au lycée: pourquoi la proposition de Blanquer ne convainc pas

Au collège et au lycéen, chaque classe sera dotée d'un éco-délégué (photo d'illustration)

Au collège et au lycéen, chaque classe sera dotée d'un éco-délégué (photo d'illustration) - Jeff Pachoud-AFP

Le ministre de l'Éducation nationale a annoncé mardi que chaque classe de collège et de lycée serait pourvue d'un éco-délégué. Si les principaux intéressés saluent cette proposition, ils émettent néanmoins des réserves.

Davantage de vert dans les écoles. Telle est l'ambition de Jean-Michel Blanquer pour la rentrée. Le ministre de l'Éducation nationale souhaite faire des 63.000 établissements scolaires des espaces à la pointe du développement durable. Il a ainsi annoncé mardi la généralisation des éco-délégués, un par classe au collège et au lycée. Soit au total 250.000 délégués à l'environnement.

"Nous voulons faire de l'Éducation nationale le fer de lance des politiques environnementales et de la mobilisation sur les enjeux du climat et de la biodiversité", a-t-il insisté, évoquant notamment l'installation de potagers, de ruches et perchoirs à oiseaux ou encore la plantation d'arbres.

Volonté du locataire de la rue de Grenelle: faire de ces éco-délégués, chargés de formuler des propositions, des ambassadeurs de l'environnement. Mi-octobre, en plus de la traditionnelle élection des délégués, chaque classe choisira donc son éco-délégué. En réalité, ces délégués au développement durable existent déjà dans de nombreux établissements et depuis plusieurs années.

Confection d'un nichoir et programme de philosophie

Pour Lysiane Gervais, secrétaire nationale du syndicat de chefs d'établissement SNPDEN-Unsa, l'élection d'éco-délégués n'est pas forcément la panacée. "On peut toujours élire des délégués, mais si on ne fait pas vivre cette initiative en les accompagnant, cela restera lettre morte", pointe-t-elle pour BFMTV.com.

Dans le lycée qu'elle dirige à Bordeaux, un jardin partagé est entretenu par deux de ses classes. "Des choses sont mises en place au quotidien dans les établissements, comme le tri des déchets ou le choix de légumes issus de circuits courts à la cantine. Et on peut certainement faire mieux. Mais tous les établissements n'ont pas forcément la place ou les infrastructures adaptées."

Lysiane Gervais pointe d'autres freins: ces projets ne peuvent se dérouler qu'en dehors des cours et font bien souvent appel à la bonne volonté des personnels et, faute de budget nécessaire, à des associations locales. Sans compter les impératifs scolaires.

"Si j'approuve totalement cette démarche et que ce type d'initiative créé de la cohésion et agit favorablement sur le climat scolaire, les emplois du temps ne sont pas extensibles et les professeurs ont un programme à tenir. La confection d'un nichoir peut difficilement être rattaché au programme de philosophie."

"On ne peut pas se décharger sur les jeunes"

Ange Ansour, responsable du programme Les Savanturiers du centre de recherches interdisciplinaires, émet elle aussi des réserves. Si elle estime que cette annonce va dans le bon sens, elle regrette que des questions restent sans réponse.

"Quid de la formation des enseignants? Quid de la formation des éco-délégués? s'interroge-t-elle pour BFMTV.com. Et puis on ne peut pas se décharger constamment sur les jeunes." Elle appelle le ministre à plus d'ambitions.

"Il faut s'interroger sur la finalité de l'école, qui est d'instruire mais aussi de former des citoyens. Or, on ne pourra pas toujours ajouter des notions au programme. Nous, nous plaidons pour un changement de pédagogie."

Des établissements plus verts

Jean-Michel Blanquer a également invité les établissements à acquérir le label E3D (école ou établissement en démarche de développement durable), un programme qui existe depuis 2007 et qui concerne aujourd'hui 4500 établissements de la maternelle au lycée. Il s'est fixé l'objectif de 10.000 écoles labellisées d'ici 2022.

Délivré par les académies aux écoles qui s'engagent dans une démarche globale de développement durable et proposent des solutions concrètes, le label E3D place les élèves au cœur de la démarche. Sa spécificité: les projets doivent se développer en partenariat avec des entreprises, associations ou collectivités locales, nationales ou internationales. 

Déchets de la cantine transformés en compost pour les plantations en permaculture de l'établissement, élevage de coccinelles pour le potager, mare pédagogique, recyclage des objets usagés du collège, revente du miel des ruches au bénéfice d'un foyer socio-éducatif: les initiatives sont diverses.

Gîtes pour chauve-souris et récupérateurs d'eau

Un autre label du même genre existe. Depuis 2005, le label éco-école a été décerné à 2500 établissements scolaires qui "ont intégré le développement durable dans leur projet pédagogique, dans leur gestion et dans leurs pratiques". Le principe est similaire: mobiliser les élèves, les enseignants et tous les personnels des établissements autour de projets concernant l'alimentation, la biodiversité, les déchets, l'eau ou encore l'énergie, comme le précise l'Ademe, partenaire du programme.

Dans une école élémentaire de Dunkerque, un projet a ainsi été mené autour du tri et de la valorisation des déchets: goûter sans déchet, papier non utilisé transformé en brouillon, ou encore fabrication de sculptures à partir d'éléments de récupération. 

Autre exemple dans un collège d'Ille-et-Vilaine, où l'accent a été mis sur la protection de la biodiversité. Les cours de SVT, mathématiques et arts plastiques ont permis la fabrication de nichoirs, mangeoires et gîtes pour chauve-souris et insectes. Un lycée professionnel de l'Oise s'est quant à lui penché sur son utilisation de l'eau et a notamment mis en place des chasses d'eau basse consommation, ainsi que des récupérateurs d'eau pour le potager, permettant de réduire de 20% sa consommation hydrique.

"La solution ne peut être individuelle"

Si Marianne Blanchard, membre du collectif Enseignant.e.s pour la planète, salue le "début de réponse" du ministre, elle déplore pour BFMTV.com des propositions "insuffisantes" qui "ne prennent pas le problème sous le bon angle". "Nous nous retrouvons face à des élèves qui sont en permanence culpabilisés. Or, la réponse est bien plus globale et ce n'est pas à leur échelle, en triant les déchets, que ça va s'arranger. La solution ne peut être individuelle."

Elle appelle l'institution à s'engager plus fortement. "Sans moyens financiers et humains, sans heures consacrées alors que les collègues sont déjà débordés, même toute la bonne volonté ne sera pas suffisante." Marianne Blanchard relate la tentative malheureuse d'une professeure des écoles de Seine-Saint-Denis qui a voulu installer un poulailler. Faute d'aide et de soutien financier, elle a dû renoncer.

"On ne peut pas simplement dire aux élèves 'c'est à vous d'agir', poursuit cette enseignante. D'autant que le sujet est grave, il ne s'agit pas d'expliquer une formule de mathématiques. C'est un défi énorme auquel toute la société est confrontée, qui demande beaucoup plus qu'une simple incitation."

Pour Carmen, collégienne dans le Val-de-Marne et membre de Youth for Climate France, les éco-délégués et les établissements labellisés auront l'unique intérêt de permettre la sensibilisation aux questions climatiques. Mais cette jeune fille, qui s'apprête à entrer en 3e, attend avant tout de véritables engagements politiques. Et dénonce, pour BFMTV.com, de la poudre aux yeux. "Un jardin potager dans chaque collège, ce n'est pas ça qui va aspirer le CO2 et les gaz à effet de serre".

Céline Hussonnois-Alaya