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Coronavirus et écoles fermées: les difficultés des profs pour continuer à faire cours

Une écolière avec une tablette (photo d'illustration)

Une écolière avec une tablette (photo d'illustration) - Fred Dufour-AFP

Problème d'accès aux outils numériques, cours non adaptés à l'enseignement à distance: pour les enseignants, assurer la continuité pédagogique est loin d'être une évidence.

Alors que les écoles, collèges et lycées sont fermés en raison de l'épidémie de coronavirus et ne devraient pas rouvrir avant début mai - comme l'a évoqué le ministre de l'Éducation nationale - une continuité pédagogique est garantie aux 300.000 élèves de France. Par mail ou par le biais des outils numériques de vie scolaire, les enseignants sont donc mobilisés pour assurer ce suivi. Ce qui est loin d'être évident.

  • L'accès aux outils informatiques

Marie-Caroline*, professeure d'économie en filières générale et technologique dans deux lycées du Calvados, n'a pas pu accéder à l'une des plateformes numériques utilisées par ses établissements. "Des collègues doués en informatique ont créé notre propre site pour que les élèves aient accès aux cours", détaille-t-elle pour BFMTV.com. Mais cette solution ne règle qu'en partie le problème.

"On s'est rendu compte que tous nos élèves n'étaient pas forcément bien équipés en outils informatiques, ajoute l'enseignante. "Un téléphone, ce n'est pas suffisant pour travailler. Un seul ordinateur pour une famille de plusieurs enfants, ça ne rend pas les conditions de travail optimales."

Pour les professeurs, le problème est le même. Juliette*, enseignante d'arts plastiques dans un collège de Seine-et-Marne, était en train de déménager au moment de l'annonce du confinement. "J'ai couru me faire installer une connexion à internet, mais cela va prendre plusieurs semaines", explique-t-elle à BFMTV.com. Elle assure que certains de ses collègues sont dans la même situation.

"Il y a des enseignants qui utilisent les ordinateurs de l'établissement pour travailler. Ils n'ont pas de connexion chez eux. D'autres ne sont pas du tout à l'aise avec les outils numériques. Je ne sais pas comment ils vont faire."
  • Cours en classe versus à distance

Au-delà des problèmes techniques, l'enseignement à distance présente d'autres contraintes. "Il faut refaire tous nos cours", poursuit Juliette, qui se demande ainsi si elle doit reprendre là où elle en était - "sachant que les élèves ont laissé leurs travaux en classe" - ou aborder de nouvelles notions - "mais certains parents télétravaillent et ne peuvent pas forcément faire école à leurs enfants".

"Aujourd'hui, on ne fait plus de cours magistral, ajoute cette enseignante d'arts plastiques. Les choses doivent venir des élèves, ils doivent expérimenter et notre rôle est de les accompagner dans cette réflexion. Il faut donc revoir toute la pédagogie. Comment rendre cela accessible sur des fiches? Et comment les évaluer? Par des QCM? Je ne note pas que le rendu final d'une œuvre mais toute une progression. Comment m'assurer qu'ils en seront les auteurs?"
  • La bonne volonté des élèves

Maris-Caroline partage les mêmes interrogations. Elle pointe les limites des cours en ligne: ils reposent sur la bonne volonté des élèves. "En classe, on a tout de suite leur retour, on voit s'ils ne comprennent pas, on est derrière eux, on les motive. Là, rien ne nous garantit que le travail qu'on leur donne sera fait."

Inenvisageable pour cette professeure d'économie de donner en même temps à ses 300 élèves des devoirs qu'elle devrait donc corriger dans la foulée. Si elle compte proposer à ceux de terminale - "très stressés par cette situation" - des sujets de bac et réfléchit à des questionnaires pour "pour que l'élève vérifie qu'il ait bien compris", elle reconnaît que ce système repose sur une part d'autonomie des élèves. "Il n'est pas certain qu'ils jouent tous le jeu."

  • Les inégalités creusées

Anne-Sophie*, professeure des écoles en petite section de maternelle dans l'Eure-et-Loir, se fait elle aussi du souci pour ses élèves. "J'enseigne en REP+ (réseau d'éducation prioritaire renforcé, NDLR), ce qui signifie que certaines familles sont déjà en difficulté", pointe-elle pour BFMTV.com. Des difficultés d'ordre social, de maîtrise de la langue française ou encore de logement. "Les enfants ne sont pas dans un univers propice au travail", poursuit cette enseignante.

"Toutes les familles ne nous ont pas encore contactés ou répondus. J'ai eu le droit d'aller chercher leurs coordonnées à l'école et je vais les appeler une par une pour tenter de les orienter sur des supports."

Elle tente ainsi d'adapter au mieux ses réponses pédagogiques en leur proposant des activités, notamment liées au quotidien. 

Mais Anne-Sophie craint que cette situation inédite ne creuse un peu plus les inégalités entre les enfants et s'inquiète également pour les familles les plus fragiles. "J'ai des élèves dont les parents ont déjà au quotidien du mal à s'occuper d'eux, avec des contextes compliqués, des familles suivies par l'Ase (l'aide sociale à l'enfance, NDLR). Comment cela va-t-il se passer sans la béquille de l'école?"

  • La priorité: rassurer 

Pour Juliette, l'enseignante d'arts plastiques, la priorité est de rassurer ses élèves "pour ne pas qu'ils perdent le fil". Ce qui passe notamment par la messagerie de Scolinfo, le logiciel de son établissement accessible aux parents, élèves et professeurs. "Je privilégie la bienveillance, voire l'amicalité, ce que je ne fais jamais en classe. Je réponds à tous les messages mais j'ai au total 18 classes, ce qui représente pas loin de 550 élèves." Et donc, potentiellement, 550 questions d'élèves auxquelles répondre.

"Je sais qu'il y a des parents isolés, des climats familiaux difficiles, je ne veux pas que les enfants se sentent seuls. J'imagine à quel point cette situation peut être anxiogène pour eux. Je signe toujours mes messages par 'à bientôt' pour qu'ils comprennent que les enseignants sont là pour eux. Mais il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps."

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Céline Hussonnois-Alaya