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Bientôt des matières enseignées en anglais dès le primaire?

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- - MYCHELE DANIAU / AFP

Un rapport pour l’enrichissement de l’enseignement des langues étrangères qui sera remis à Jean-Michel Blanquer mercredi, propose notamment l’enseignement de matières en langue étrangère aux jeunes écolières et écoliers dès la primaire.

"Être capable non seulement d’avoir des cours de langue mais aussi des cours en langue". Jean-Michel Blanquer l’a confirmé lundi matin sur notre antenne: les écoliers français du primaire pourraient bientôt apprendre une langue vivante étrangère en classe d'une façon inattendue: les cours à l'école seraient dispensés dans une langue autre que le français.

C’est d’ailleurs l'une des nombreuses pistes exposées dans un rapport qui sera officiellement remis mercredi, et qui ambitionne de "définir une politique d’enseignement des langues étrangères adaptée aux besoins des élèves du 21e siècle, tout au long de leur scolarité". "Le rapport recommande de commencer les langues étrangères le plus tôt possible en primaire, y compris en les utilisant pour enseigner d’autres disciplines", assure Chantal Manes, co-auteure du rapport et inspectrice générale de l’éducation nationale, dans le JDD.

Le niveau d’anglais des Français est régulièrement montré du doigt dans les classements internationaux, même si l’apprentissage de l’anglais ou d'une autre langue vivante en CP est proposé depuis 2016, à raison d'1h30 par semaine. En septembre 2017, une note de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance révélait par ailleurs une amélioration sur la période 2010-2016. Apprendre les maths en langue anglaise dès le CP permettrait-il de rattraper définitivement notre retard dans ce domaine?

"Ce qu’il faut comprendre, c’est que ce n’est pas en apprenant une autre langue que le français va se détériorer", expliquait en juin dernier à BFMTV Maria Kihlstedt, maître de conférences en sciences du langage à Paris 10. "On n’apprend jamais une deuxième langue au détriment de la langue maternelle. C’est même le contraire, c’est un cadeau pour le cerveau. Plus tôt on est exposé, plus on développe le cerveau. Et il faut le faire de manière ludique. On a tendance en France à enseigner les langues vivantes comme des langues mortes: on en sort pour les regarder de l’extérieur. Mais pour progresser, il faut s’immerger".

"Tant qu’on continuera à faire de l’anglais avec 25 ou 30 gamins, on n’aura pas un bon niveau de langue"

Et pour s’immerger, Jean-Michel Blanquer imagine également, grâce à un partenariat avec France Télévisions, de proposer des programmes jeunesse en version originale. Mais du côté des enseignants, la perspective d’utiliser l’anglais pour enseigner d’autres matières en primaire est regardée avec un peu de méfiance.

"Au CP, et le ministre lui-même n’arrête pas de le dire, l’accent est mis sur l’apprentissage des fondamentaux: lecture, écriture, calcul… Il y a déjà beaucoup à faire", tempère Claire Krepper, secrétaire nationale du syndicat SE-Unsa. "Du coup c’est quand même compliqué de demander aux professeurs des écoles, qui n’ont souvent pas été véritablement formés à une pédagogie de l’enseignement des langues vivantes, de se lancer dans cet enseignement".

"Tout le monde est d’accord avec l’idée qu’il faut enseigner les langues le plus tôt possible", assure de son côté Francette Popineau, secrétaire générale du Snuipp-FSU. Mais pour elle, il faut que cette mesure s’accompagne d’une réflexion sur la taille des classes. "Tant qu’on continuera à faire de l’anglais avec 25 ou 30 gamins, on n’aura pas un bon niveau de langue. Ce qui fait la qualité de l’enseignement, c’est la possibilité de pouvoir tenir une conversation. Et ça c’est impossible avec un grand groupe". Selon elle, il faudra également se pencher sur la formation des enseignants du primaire: "Il ne s’agit pas de penser que les enseignants vont baragouiner une matière en anglais pour que ça marche".

"Une heure par jour, c'est très positif"

En primaire, "une heure par jour, avec quelqu’un qui a un bon niveau et qui aime la langue, c’est très positif", assure Norah Leroy. Membre de l’Association des professeurs de langues vivantes (APLV), elle forme les futurs professeurs des écoles à l’enseignement à Ecole supérieure du professorat et de l’éducation (ESPE) d’Aquitaine. Mais elle prévient: "Si c’est enseigné par quelqu’un qui n’a pas confiance en lui, qui sera un mauvais modèle, et qu’il n’y a pas assez d’heures, c’est nocif selon moi". Elle a d’ailleurs évoqué le sujet lors d’une rencontre avec les auteurs du rapport.

Car selon elle, une bonne partie des étudiants qui tentent d’obtenir leurs masters des métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation (MEEF) n’ont tout simplement pas le niveau requis en anglais. "Nous avons bien expliqué le problème à madame Manes quand nous l'avons rencontrée, reprend Norah Leroy. Les étudiants, à la fin de la terminale, ont en général un bon niveau en langue. Le souci, c’est qu’ensuite, pendant leur licence, ils oublient et ne s’entraînent plus. Quand ils arrivent en ESPE, les formateurs font ce qu’ils peuvent, mais on n’a pas assez de temps pour les aider".

Antoine Maes