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Ebola: pourquoi la France est-elle le pays le plus exposé d'Europe?

Un médecin dans une chambre à pression négative où était soignée l'infirmière de MSF contaminée par Ebola, à l'hôpital Bégin de Saint-Mandé, en région parisienne.

Un médecin dans une chambre à pression négative où était soignée l'infirmière de MSF contaminée par Ebola, à l'hôpital Bégin de Saint-Mandé, en région parisienne. - Thomas Samson - AFP

Selon des chercheurs britanniques, la France aurait 75% de risques d'être atteinte par le virus Ebola d'ici le 24 octobre. Ce chiffre est-il fondé? BFMTV fait le point, alors qu'un nouveau cas d'Ebola a été découvert en Espagne.

Le chiffre fait peur. Selon des chercheurs britanniques cités par l'agence Reuters, la fièvre hémorragique Ebola a 75% de chances d'atteindre le territoire français et 50% de chances d'atteindre la Grande-Bretagne dans moins d'une vingtaine de jours. Des chiffres qui peuvent s'expliquer par l'importance des échanges entre ces deux pays et l'Afrique de l'Ouest, mais aussi par le trafic aérien intense. Ainsi, selon les spécialistes, une diminution des flux aériens permettrait de faire baisser le risque de propagation du virus vers l'Europe. Ebola va-t-il vraiment arriver en France dans quelques jours? Faut-il s'alarmer? Eléments de réponse. 

> La France, pays le plus exposé d'Europe?

Selon les probabilités de propagation du virus établies par les chercheurs de la Northeastern University de Boston, à l'origine de ces travaux, la France se situe en deuxième position juste derrière le Ghana, pays situé à proximité du Liberia, de la Guinée et de la Sierra Leone, les Etats africains les plus touchés par Ebola, dans le classement des pays les plus exposés au risque de contamination.

Une place qui s'explique par le lien historique, culturel et linguistique qui unit la France à l'Afrique de l'Ouest, où plusieurs pays sont francophones. De fait, un trafic aérien intense existe entre ces destinations. "Il est assez logique que nous soyons en première ligne compte tenu du fait que la France est en ouverture avec l'Afrique de l'Ouest", fait ainsi valoir Jean-François Delfraissy, directeur de l'Institut de Microbiologie et Maladies infectieuses à l'Inserm, contacté par BFMTV.com. "C'est pour cela que l'on dit depuis maintenant plusieurs semaines qu'il est très probable que nous ayons, en France, un futur cas d'Ebola, comme aux Etats-Unis".

> La France peut-elle vraiment être touchée dans moins de vingt jours?

Pour l'heure, le risque ne serait pas aussi élevé que ce que prédisent les chercheurs britanniques. Le chiffre de 75% de probabilité de propagation du virus en France est en effet basé sur l'état du trafic aérien tel qu'il existait avant l'épidémie en Afrique de l'Ouest. Or, depuis, la plupart des vols en provenance et à destination des pays concernés ont été annulés, se limitant aux liaisons nécessaires, fait valoir Le Monde. Et cette diminution du flux aérien reste en vigueur à l'heure actuelle.

Autrement dit, la France se trouve déjà dans une situation de risque réduit, et la probabilité qu'elle soit touchée avant vingt jours ne se chiffre en vérité qu'à environ 20%. Le Monde précise que si les liaisons aériennes étaient rétablies dans les trois prochaines semaines à la fréquence pré-épidémie, la probabilité de propagation à la France monterait à 61%. Un scénario improbable, compte tenu du fait que la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone connaissent un pic d'épidémie et que, par conséquent, aucune décision de ce genre ne pourrait être prise pour le moment.

> Peut-on se fier à cette étude?

Au-delà des chiffres qu'il convient de replacer dans le contexte actuel, cette étude est critiquée par certains spécialistes des épidémies. "Il faut être très prudent vis-à-vis de ces études de prévision, faites par des gens qui ne sont pas sur le terrain, mais analysent les flux aériens, les contacts qu'il peut y avoir entre différents pays et qui, à partir de là, théorisent", met en garde Jean-François Delfraissy. "Ce sont des gens qui, par ailleurs, n'ont jamais mis les pieds en Afrique et sont coupés des cliniciens qui, eux, connaissent la réalité du terrain", poursuit le directeur de l'Inserm, pour qui il ne faut pas stopper les flux aériens, qui permettent d'apporter les moyens nécessaires aux pays hébergeant les foyers d'infection, pour qu'eux-mêmes puissent stopper l'épidémie en interne.

> Un cas d'Ebola peut-il survenir en France?

Pour Jean-François Delfraissy, le scénario du premier malade américain, contaminé au Liberia, et qui a déclaré la maladie une fois rentré aux Etats-Unis, pourrait tout à fait se produire dans l'Hexagone, sans toutefois se transformer en épidémie à grande échelle. "Il est donc essentiel, lorsque l'on revient d'Afrique de l'Ouest et que l'on a de la température, des troubles digestifs, des douleurs musculaires, d'immédiatement se signaler aux structures de santé", fait valoir le spécialiste.

"Aux Etats-Unis, c'est l'arrivée à l'hôpital qui a été mal gérée", souligne Jean-François Delfraissy pour qui le même genre de problème peut se poser en France. "Ce que l'on ne maîtrise pas, c'est ce moment où une personne potentiellement malade se rend aux urgences, et à qui les médecins ne posent pas la bonne question, à savoir 'Revenez-vous d'Afrique de l'Ouest?'", conclut-il.