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Dounia Bouzar: "La vie est plus forte que la mort, contrairement à ce que Daesh dit"

L'anthropologue spécialiste du désembrigadement, Dounia Bouzar, était l'invitée de BFMTV ce jeudi.

L'anthropologue spécialiste du désembrigadement, Dounia Bouzar, était l'invitée de BFMTV ce jeudi. - BFMTV

Directrice du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam, l’anthtropologue Dounia Bouzar et deux de ses filles travaillant à ses côtés étaient invitées ce jeudi sur BFMTV. Spécialistes du désembrigadement, elles ont raconté leur combat contre l’islam radical auprès de proches de jeunes partis faire le jihad.

"A elle seule, elle a sauvé une dizaine de vies", dit-elle d’une jeune fille venue participer à l'une de ses séances. Anthropologue, ancienne éducatrice, Dounia Bouzar est aujourd’hui devenue une spécialiste du désembrigadement. Son credo? Faire témoigner des jeunes partis en Syrie pour le jihad aux côtés des islamistes de Daesh, et qui ont fini par en revenir. Leur faire dire l’horreur vécue, pour décourager les candidats potentiels.

Invitée jeudi de Ruth Elkrief, l’auteure de La vie après Daesh (paru ce jeudi aux éditions de l’Atelier) s’est confiée sur ce combat contre l’islam radical.

"D’un coup, c’est le château de cartes qui s’écroule"

Entourée de deux de ses filles - Laura et Lylia - qui travaillent avec elle, cette quinquégenaire musulmane a notamment évoqué sa rencontre avec une jeune fille partie faire le jihad en Syrie, et qui a décidé de rentrer après avoir été torturée par ceux qui l’avaient fait venir. "C’est un préfet qui nous en a parlé, qui nous a dit ‘on a une jeune fille qui est rentrée elle est dans la grande solitude, elle est dans le vide’. A elle seule, (en parlant à des candidats au jihad lors de séances de désembrigadement, Ndlr) elle a sauvé une dizaine de vies", s'est félicitée Dounia Bouzar.

"Les jeunes qui étaient là, qui rêvaient de la même chose qu’elle: avoir de vrais amis, être dans une terre de paradis, la terre promise où tout le monde aurait des vrais valeurs de vrai musulman, un vrai Islam de bonté, pas de pauvres, pas de méchants, c’est ça leur utopie", a-t-elle souligné.

“Hanane a vécu tout ça parce qu’elle n’a pas voulu se marier avec un inconnu. D’un coup, c’est le château de cartes qui s’écroule, et c’est là que l’équipe doit être là pour être un groupe soutenant”, a-t-elle expliqué.

"On peut se relever"

Comment s’y prend-elle pour désembrigader? Cofondatrice du centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam, Dounia Bouzar s’est entourée d’une équipe de six personnes. Le ministère de l'Intérieur l'a mandatée pour appuyer les cellules antiradicalité des préfectures. Les séances se déroulent dans les préfectures, dans des hôtels...

Ensuite, l’approche est "individualisée" pour chaque jeune, a raconté sa fille Laura, chef d’équipe de la cellule mobile du centre de prévention contre les dérives sectaires. "On va essayer de chercher les repentis qui peuvent faire échos à la personne qui est embrigadée", a-t-elle détaillé.

"La vie est plus forte que la mort, contrairement à ce que Daesh dit. Daesh dit: ‘nous gagnerons toujours, nous aimons la mort plus que vous n’aimez la vie’. Nous on inverse tout. On arrive avec des jeunes qui ont pensé ça, mais qui aujourd’hui disent 'non, c’est vrai, la vie est plus forte que la mort'", a expliqué Dounia Bouzar, placée sous protection du fait de ses activités.

Victime d’un mari violent par le passé, Dounia Bouzar est aussi revenue sur les épreuves personnelles que sa famille a traversées, ce qu’elle évoque dans son livre. "On croit que dans la famille Bouzar on est fortes. Mais on a été par terre, on a été couchées par terre mais on s’est relevées", a-t-elle dit. "Ce qui est important c’est que l’on peut se coucher par terre et que l’on peut se relever. On peut être dans la mort, et être encore plus vivant ensuite."

V.R.