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Dans une lettre, un "ultra jaune" assume et justifie les violences lors des manifestations

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Image d'illustration - AFP

Thomas P. a été placé en détention provisoire au début du mois de février. Il est reproché à cet homme de 25 ans d'avoir notamment incendié un véhicule de la mission Sentinelle lors du 13e samedi de mobilisation des Gilets jaunes, le 9 février. Dans un courrier, il dit "assumer" ses actes, estimant que "dans certaines situations, le conflit est nécessaire".

"Dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, par un moyen dangereux, en raison de la qualité de la personne dépositaire de l'autorité publique de son propriétaire (...), violence aggravée (...), violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique (...) J'ai effectivement commis une partie des actes que recouvrent ces formulations un peu ronflantes." Dans une lettre de 4 pages, transmis à la presse par ses avocats, Thomas P. "assume". Lors des manifestations des gilets jaunes, il a commis des violences.

"Quand on lit cette longue liste de délits et leurs intitulés, il y a de quoi me prendre pour un fou furieux, n'est-ce pas?" questionne le jeune homme de 25 ans dans les premières lignes de son courrier. Car à travers ces lignes, il a voulu revenir sur son parcours, sa personnalité pour expliquer ce qu'il y a derrière le mot "casseur". "Après une enfance somme toute banale dans une petite ville du Poitou, je suis parti dans la "grande ville" d'à côté", écrit-il. Thomas P. raconte ses études inachevées puis son engagement social lors d'une assemblée générale dans son université.

"J'ai rencontré quelques-uns qui voulaient occuper un bâtiment et rejoindre les dockers. Le lendemain, je les ai accompagnés pour murer le local du Medef et taguer 'pouvoir au peuple' sur les parpaings tout frais. Voilà le jour où l'homme que je suis aujourd'hui est né."

"Un usage juste de la violence"

Engagé, Thomas P. dit avoir refusé la vie "de petit cadre aisé du système que je voulais combattre". Vivant de petits boulots, dans la construction notamment, il a vécu de ville en ville. Il y a quatre mois, il a rejoint le mouvement des gilets jaunes. "C'est le mouvement le plus beau et le plus fort que j'aie jamais vu. Je me suis jeté corps et âme, sans hésitation." Thomas P. est rapidement devenus un "ultra jaune". "Je suis convaincu que dans certaines situations, le conflit est nécessaire (...), assume-t-il. Nous sommes des millions à hurler que leur système est pourri et ils nous expliquent comment ils prétendent le sauver." 

Et de poursuivre: "Tout est une question de justesse. Il y a un usage juste de la douceur, un usage juste de la parole et un usage juste de la violence."

Le jeune homme de 25 ans raconte "les charges, les grenades et les tabassage en règle". Une réponse des autorités qui l'a poussé à tomber dans la violence, explique-t-il encore. S'il assume avoir dégradé une banque ou une voiture de police, par exemple, il dit qu'"aucun manifestant ne cherche à 'tuer des flics'". Pour lui, les affrontements de rue servent à faire reculer la police pour atteindre des lieux de pouvoir ou gagner la rue, un territoire, énonce-t-il dans un langage guerrier. Thomas P. est connu des services de renseignement pour son appartenance à la mouvance anarcho-autonome.

Série de violences

Thomas P. est d'ailleurs en détention provisoire depuis le début du mois de février. Le 9 février, au terme du 23e samedi de mobilisation des gilets jaunes il a été arrêté dans le VIIIe arrondissement de Paris par des policiers de la compagnie de sécurisation et d'intervention. Selon le rapport de police rédigé par les agents qui l'ont suivi, dévoilé par Le Parisien, gilet jaune sur sa tenue entièrement noire, le jeune homme s'est livré à une série de dégradations sur des vitrines de banque, d'assurance. Il s'en est pris à un véhicule de luxe, puis à d'autres voitures, avant d'incendier le véhicule de la mission Sentinelle. Les policiers disent ne pas avoir pu l'interpeller avant la fin de la journée sans risquer de créer une émeute.

Un mandat de dépôt criminel a été prononcé à l'encontre de Thomas P. à l'issue de sa garde à vue, durant laquelle il a conservé le silence. Pour l'instant, il n'a pas été entendu par un juge. "Il voulait écrire cette lettre avant d'aller voir un juge, explique son avocat, Me Martin Méchin. C'est une parole rare, courageuse, car il prend tous les risques. Il voulait expliquer pourquoi on peut être amené à faire ça, pas simplement dans un esprit destructeur." Thomas P. pourrait ne pas être jugé avant plusieurs mois.

Justine Chevalier