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Coupe du monde: y aura-t-il un pic de naissances dans 9 mois?

Un couple s'embrasse à Paris après la victoire de la France au Mondial 2018, le 15 juillet.

Un couple s'embrasse à Paris après la victoire de la France au Mondial 2018, le 15 juillet. - Lucas Barioulet - AFP

La victoire de l'équipe de France en finale de la Coupe du monde a mis les Français dans l'euphorie. Une joie qui s'est traduite par une soirée et une nuit de fête. Faut-il s'attendre à un baby boom dans neuf mois?

Les maternités feront-elles le plein à la mi-avril 2019? Des millions de Français ont célébré dimanche soir la victoire des Bleus en finale de la Coupe du monde. La joie et l'alcool aidant, ils ont peut-être pour certains fait durer cette douce euphorie jusque tard dans la nuit. Au point de provoquer un véritable pic de naissances dans neuf mois? Rien n'est moins sûr au regard des précédents.

En 1998, un mythe démenti par les chiffres

Contrairement aux idées reçues, les grandes victoires sportives ne sont pas systématiquement suivies d'un baby boom. Si la question de l'explosion du nombre de conceptions, et donc de naissances, lorsqu'un pays sort victorieux d'une compétition se pose, et reste solidement ancrée dans l'imaginaire collectif, l'étude des chiffres de la natalité tend à relativiser ce mythe. 

En effet, comme le souligne France Info, le phénomène est loin d'avoir été vérifié à chaque fois. Par exemple, et contrairement à ce que l'on pourrait croire, la victoire française du 12 juillet 1998 en finale de la Coupe du monde, qui avait pourtant provoqué une véritable liesse populaire, n'avait absolument pas engendré de pic significatif des naissances en avril 1999. Au contraire.

Les chiffres de l'Insee, l'Institut national de la statistique et des études économiques, montrent en effet que ce mois, avec 61.179 naissances enregistrées, n'a rien d'extraordinaire. Il est même plus faible que les mois d'avril 1998 (62.217 naissances) et d'avril 2000 (62.469), et est doublé par mai, juin et juillet 1999 (respectivement 63.900, 62.656 et 67.137 naissances).

Un (très) léger bon en Catalogne en 2010

Début 2010 avait été évoqué le cas de la hausse des naissances en Catalogne, supposément liée à une victoire footballistique. Le 6 mai 2009, le FC Barcelone avait remporté in extremis la demi-finale de la Ligue des Champions face à Chelsea, grâce à un but marqué dans les dernières secondes du match par Andrés Iniesta, et qui avait déclenché une véritable liesse en Catalogne. Trois semaines plus tard, le Barça remportait la compétition européenne. 

Neuf mois après cette incroyable soirée, les médias espagnols avaient fait état d'un bond spectaculaire des naissances de 45% en Catalogne, en février 2010. Très vite, l'Espagne s'était emballée autour du phénomène, surnommé "la génération Iniesta". L'information avait alors été reprise à l'international, comme ici par le New York Times

Mais en 2013, le British Medical Journal, une très sérieuse revue médicale, était revenu à froid sur ces données, pour les vérifier. L'étude des chiffres des naissances dans deux provinces de Catalogne par les chercheurs leur avait permis de ramener cette statistique à 16% de naissances en plus par rapport aux autres mois de février. Les auteurs de l'étude avaient pris soin de sélectionner la zone géographique dont est originaire Pep Guardiola, l'entraîneur du Barça de 2008 à 2012, afin d'être certains d'étudier une population attachée à ce club de foot. 

Le chiffre obtenu était donc bien moins important que les 45% évoqués trois ans plus tôt, mais symbolisait tout de même un léger frémissement du nombre de naissances par rapport à la moyenne. En outre, ces mêmes chercheurs avaient remarqué que la deuxième moitié de l'année 2010 était à l'inverse marquée par un déclin des naissances, possiblement lié à la crise économique qui touchait l'Espagne à ce moment-là.

Quel lien entre sport et natalité?

La victoire de l'équipe espagnole lors du Mondial de 2010 n'avait quant à elle eu aucun impact significatif sur les naissances, tandis que la presse avait fait état d'un baby boom en Allemagne après la Coupe du monde victorieuse de 2014, et d'un phénomène similaire en Islande après le beau parcours de l'équipe nationale pendant l'Euro 2016, sans que des statistiques officielles ne viennent le prouver. 

Autrement dit, si les pics de naissances en septembre liés à des conceptions la nuit du nouvel an existent bel et bien en France et ailleurs, le lien direct entre victoire sportive et natalité est bien moins évident à déterminer. 

Comme le résume le British Medical Journal, si des victoires sportives peuvent créer un stimuli émotionnel bref mais intense, donnant lieu à une hausse des naissances, comme ce fut le cas avec le Barça en 2009, ce sont surtout les circonstances qui ont une influence décisive sur le désir ou non de concevoir. Ainsi, des facteurs globaux, comme une crise ou une embellie économique, une guerre, une épidémie, peuvent réduire ou augmenter le désir de procréer. Et ce davantage qu'un état d'euphorie passager. 

Adrienne Sigel