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Déconfinement: pourquoi de nombreux enseignants n'ont pas encore repris le chemin de l'école

Seuls 55 à 60% des professeurs sont de retour dans les salles de classe, d'après le dernier bilan fourni par le ministère de l'Éducation ce jeudi.

Depuis le 11 mai et le début du déconfinement, seuls 27% des écoliers et 18% des collégiens ont retrouvé le chemin de l'école. Les parents sont pourtant de plus en plus nombreux à attendre avec impatience de pouvoir remettre leurs enfants en classe, mais ils sont nombreux à se heurter au refus des établissements scolaires.

Outre les mesures de distanciations qui limitent la capacité d'accueil dans les écoles, les directeurs se retrouvent confrontés à un autre problème: de nombreux enseignants n'ont pas encore retrouvé le chemin de l'école. Selon les derniers chiffres communiqués par l'Éducation nationale, datés de jeudi dernier, 1,8 million d'écoliers et 600.000 collégiens sont ainsi de retour dans les salles de classe. Face à eux, seuls 55 à 60% des professeurs sont présents.

Des professeurs décrocheurs?

En théorie, pour être absent ou maintenir leurs cours à distance, les professeurs doivent attester d'une fragilité face au coronavirus, vivre avec des personnes vulnérables ou ne pas avoir de solution de garde pour leurs enfants. Dans la pratique, les raisons des absences des professeurs restent souvent floues. "C’est vrai, il n’y a pas eu de flicage", reconnaît-on ainsi au ministère de l'Éducation, cité par l'Opinion.

"Des excuses plus ou moins bidon, il y en a eu beaucoup. Après tout, une personne 'fragile', on en a tous une dans notre entourage. Cela suffit-il pour ne pas retourner au boulot ? La vraie raison souvent, c’est que beaucoup de profs se sont mis en roue libre, bien décidés à glisser ainsi doucement vers les grandes vacances.", déplore un ancien membre d’un cabinet ministériel. Une proportion évaluée par la rue de Grenelle à environ 5-6%, affirme L'Opinion.

Plusieurs inquiétudes

Le 11 mai, au début du déconfinement, l'absentéisme des professeurs s'expliquait notamment par une appréhension à revenir en classe. Selon un sondage Harris Interactive pour le SNUipp-FSU, syndicat majoritaire dans le premier degré, et relayé dans le Journal du Dimanche, 70% des professeurs disaient s'opposer à la réouverture des écoles. 61% estimaient qu’une reprise avant la fin de l’année scolaire n’était pas importante et 82 % confiaient leur inquiétude à l’idée de retourner en classe.

Désormais, alors que le virus semble circuler moins vite sur le territoire, certains enseignants évoquent d'autres raisons pour expliquer leur réticence à retourner faire classe. "Certains jugent aussi le protocole sanitaire trop pesant pour faire classe", confie ainsi au JDD une directrice d’école parisienne. D'autres expliquent craindre de délaisser certains enfants restés à la maison en ne s'occupant que d'un groupe réduit en classe. 

Un contrôle des enseignants renforcé

Si le ministère s'est montré jusque là plutôt souple, il a décidé de serrer la vis. Pour rester à la maison pour un motif de garde d'enfant, les enseignants devront désormais fournir une attestation montrant qu’ils n’ont pas eu de place à l’école. 

Du côté des syndicats, on assure que les effectifs vont se renforcer: "On atteindra les 80 % d’ici la fin de la semaine prochaine", estime le syndicat enseignant SE-Unsa. Pour le SNPDEN-Unsa, le syndicat des personnels de direction des collèges et lycées, c'est bien les "contraintes sanitaires", et non pas "la disponibilité des enseignants", "qui empêche le retour en plus grand nombre des élèves". 

Cyrielle Cabot