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Coronavirus: les quartiers populaires en difficulté pour faire appliquer le confinement

Le quartier du Chêne-Pointu, à Clichy-sous-Bois, le 4 février 2020.

Le quartier du Chêne-Pointu, à Clichy-sous-Bois, le 4 février 2020. - Philippe LOPEZ / AFP

Logements surpeuplés, éducateurs sociaux confinés, délinquance... Depuis dix jours, les mesures de confinement sont plus difficiles à faire appliquer dans certains quartiers, notamment en région parisienne.

"Je ne veux pas qu'on commence à dire que, parce que ce sont des banlieues, (...) les gens ne respectent pas les règles", s’est agacée vendredi la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. Dans les faits pourtant, les mesures de confinement liées au coronavirus sont plus faciles à faire respecter dans certains quartiers que d’autres. Logements surpeuplés, éducateurs sociaux confinés ou délinquance ne favorisent pas l’application en banlieue des restrictions mises en place depuis dix jours pour lutter contre la propagation du virus. 

“Des conditions de vie proches des conditions carcérales”

"Les gens ici font attention, comme tout le monde ils ont peur", assurent à l’Agence France Presse Mohamed et Abdel, tous les deux 40 ans et ouvriers dans le bâtiment au Val-Fourré. Mais “quand vous avez trois ou quatre ados à la maison, c'est dur de les obliger à rester enfermés toute la journée", observe Mohamed.

Comme dans ce quartier sensible de Mantes-la-Jolie (Yvelines), ils sont nombreux à tenter de vivre confinés entre les murs d’appartements exigus, parfois dans des immeubles dégradés. Interrogé par Le Figaro, Bruno Bonnell, député LaREM du Rhône, juge que ces “conditions de vie sont proches des conditions carcérales”.

"Accentuer le décrochage scolaire"

Alors que les écoles sont fermées, la plupart des familles ne disposent pas d’un ordinateur par enfant pour assurer le suivi des cours par correspondance pour chacun. “Si on laisse la situation telle quelle, on ne fera que creuser et accentuer le décrochage scolaire”, s’inquiète à ce sujet Nadia Hai, députée des Yvelines, toujours dans les colonnes du Figaro.

Comme le reste de la population, ces Français ne peuvent pas davantage pratiquer une activité sportive collective et les centres sociaux ont également fermé leurs portes. Avec les "éducateurs sociaux confinés", les "gamins sont livrés à eux-mêmes", s’inquiète à l’Agence France Presse Mohamed Tria, président du club de foot d’Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis.

"Ils vivent tout le temps dehors, alors chez eux ils doivent trouver le temps long et la nuit est un défouloir."

Des rassemblements sur les toits

Face à ces jeunes, les forces de l’ordre ont bien du mal à faire appliquer les limitations de déplacements et de rassemblements. Mardi, trois d’entre eux, âgés de 17 à 19 ans, ont ainsi été placés en garde à vue à Mantes-la-Jolie pour "occupation illégale des parties communes" après avoir organisé un barbecue sur le toit de leur résidence, d’après des informations de BFM Paris.

En Seine-Saint-Denis et dans le Pas-de-Calais ont eu lieu jeudi dernier les premières gardes à vue pour "mise en danger de la vie d'autrui". Il s’agissait de personnes déjà verbalisées à plusieurs reprises pour non-respect des règles du confinement, et qui ont refusé d'adapter leur comportement. 

Le confinement est aussi source de tensions car il met à mal le trafic de stupéfiants, estime le président du club de foot d’Aulnay.

"Macron n'a pas garanti la vente de shit, les revenus chutent et il n'y a pas de chômage partiel dans ce secteur... Or beaucoup de gens en vivent."

Cette semaine, des jeunes de sa commune ont incendié poubelles et véhicules, avant de jeter des pierres sur les pompiers et les forces de l'ordre. 

“On est en mode survie”

Et la situation est d’autant plus tendue que les policiers sont actuellement en sous effectif, par exemple en région parisienne, où seul un tiers des brigades fonctionnent à la normal, en raison de nombreuses absences liées aux gardes d'enfants et à la quatorzaine imposée par le coronavirus.

“On est en mode survie, finie la pédagogie. On est là pour sauver des vies", tance un policier à BFM Paris.

Face à cette situation, la majorité des préfets excluent pour l’heure d’imposer un couvre-feu. C’est une “cartouche qu’il faut garder", affirme le préfet de Seine-Saint-Denis. Surtout, ils craignent qu’une telle mesure mette de l’huile sur le feu. “On fait tout pour éviter de déclencher des émeutes", confie au Monde une source policière du département.

Esther Paolini