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Coronavirus: la peur des caissières, en première ligne, d'être contaminées

Une hôtesse de caisse équipée d'un masque de protection et de gants (photo d'illustration)

Une hôtesse de caisse équipée d'un masque de protection et de gants (photo d'illustration) - Sébastien Bozin-AFP

Les hôtes et hôtesses de caisses sont inquiets face à l'épidémie de coronavirus et craignent de n'être pas suffisamment protégés.

Alors que les Françaises et Français sont confinés, que nombre d'entre eux ne peuvent plus travailler - ou de chez eux - et que leurs déplacements sont limités à de rares exceptions, notamment pour "effectuer des achats de première nécessité", ce sont les hôtes et hôtesses de caisse qui se retrouvent en première ligne face à l'épidémie de coronavirus.

"J'allais au travail la boule au ventre"

Valérie (qui a souhaité garder l'anonymat) est caissière dans un supermarché du centre-ville de Marseille. Et assure vivre "très mal" le fait de devoir aller travailler. Clients à moins d'un mètre, échange de monnaie et manipulation des produits, elle se dit inquiète pour sa santé même si des gants ont été distribués. "On nous donne un seul masque simple de protection pour toute la journée, c'est insuffisant", témoigne-t-elle pour BFMTV.com.

Lors de sa dernière journée de travail, les vitres de protection en Plexiglas annoncées par la direction n'avaient pas encore été installées. "On nous a dit que des chapeaux avec visière avaient été commandés, mais nous n'avons encore rien reçu." Elle souhaite que davantage de mesures de sécurité soient prises, faute desquelles elle n'ira plus travailler.

"L'ambiance est tendue, certaines collègues se sont mises en arrêt maladie, poursuit Valérie. Nous ne sommes plus que trois en caisse. Lundi, ils ont même fait venir la comptable, le caviste et la directrice pour encaisser les clients car nous n'étions pas assez nombreuses. Je ne peux pas continuer à aller travailler en sachant que je prends le risque d'être contaminée et de contaminer ma famille."

C'est pour cela que Pauline, caissière dans un hypermarché niçois, a fait valoir mercredi, au lendemain de la mise en place du confinement, son droit de retrait. "J'allais au travail la boule au ventre", raconte-t-elle à BFMTV.com. Cette mère de famille ne supportait plus de prendre des risques pour son conjoint et son bébé de 18 mois.

"Je rentrais le soir en larmes en me demandant si j'avais été contaminée et si j'allais contaminer ma famille."

Faire valoir son droit de retrait?

En principe, tout salarié dispose d'un droit d'alerte et de retrait. Comme le précise le site Service public, "lorsque la situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, le salarié peut quitter son poste de travail ou refuser de s'y installer sans l'accord de l'employeur". Cela n'est valable que si l'employeur n'a pas mis en place de mesures de prévention "adaptées".

Mais "dans la mesure où l’employeur a mis en œuvre les dispositions prévues par le code du travail et les recommandations nationales visant à protéger la santé et à assurer la sécurité de son personnel, qu’il a informé et préparé son personnel, notamment dans le cadre des institutions représentatives du personnel, le droit individuel de retrait ne peut pas, en principe, trouver à s’exercer", précise le ministère du Travail.

"Je vais peut-être tout perdre"

Pauline estime pourtant que sa direction n'a pas pris suffisamment de mesures. "Lundi et mardi, je n'ai eu qu'un seul masque simple de protection pour deux jours", indique-t-elle. Des gants en latex et du gel hydroalcoolique ont bien été distribués en caisse, mais pour ce dernier, il a été volé. Si des vitres en Plexiglas ont été installées devant les caisses, elle estime que ce n'est pas suffisant.

"À ma caisse, il y avait une vitre devant moi mais pas derrière. Ce qui signifie que les clients de la caisse voisine passaient derrière mon dos et me frôlaient à moins d'un mètre. Je ne sais pas si vous imaginez le nombre de personnes qui peuvent passer en caisse en une seule journée. Notamment en fin de semaine dernière ainsi que lundi, c'était affolant."

Sa direction n'aurait pas accepté qu'elle fasse valoir son droit de retrait. "Ma DRH m'a dit que ce n'était pas légitime et que de toute façon, j'avais probablement été déjà contaminée", ajoute Pauline. Il lui aurait été demandé de revenir travailler, en appelant à sa "responsabilité" et à son "rôle au service de la population".

Céline Hussonnois-Alaya