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Coronavirus: pour l'ancien directeur général de la Santé, la méthode de Didier Raoult n'est "pas correcte"

William Dab désapprouve la file d'attente qui s'est formée à Marseille pour se faire dépister au coronavirus et recommande le principe de précaution en ce qui concerne l'usage de la chloroquine.

"J’ai le plus grand respect pour les compétences scientifiques du professeur Raoult, mais je pense que ce qu’il fait là n’est pas correct". Interrogé sur les méthodes controversées du docteur Raoult, le médecin qui vante la chloroquine comme remède au Covid-19, l'ancien directeur général de la Santé, William Dab, a tenu à rappeler le principe de précaution. 

Pour rappel, depuis lundi, une file d'attente s'est formée devant l'institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection à Marseille, où le professeur Raoult a annoncé effectuer des dépistages. 

"On improvise pas une politique de dépistage tout seul, dans son coin, dans une région de France attirant des centaines de gens, j’ai vu même des gens de Montpellier qui prennent des risques pour venir dans un dispositif de santé publique qui n’est pas encadré, qui se fait de façon sauvage", a expliqué William Dab. "Et je ne vois pas quel service de santé publique on est en train de rendre à la population."

Pour ce médecin, "il est évident que si nous disposions de plus de tests, la stratégie serait différente". Mais compte tenu de la situation, "ce n'est pas sérieux" d'aller tous se faire tester à Marseille.

Même principe de précaution pour la chloroquine

Tout en insistant sur son respect pour le professeur Raoult, l'ancien directeur général de la Santé s'est montré très prudent sur l'utilisation de la chloroquine. "En situation de crise comme nous le sommes, il faut éviter les polémiques inutiles”, a-t-il affirmé, rappelant d'ailleurs que "sur la chloroquine, il y a un accord général".

"Il y a simplement quelqu’un, qui est respectable encore une fois, qui dit qu’il faut l’utiliser tout de suite et le reste du monde, y compris l’Organisation mondiale de la Santé, qui dit que c’est un peu tôt pour généraliser ce traitement", a expliqué William Dab. 

Les effets de la chloroquine, utilisée depuis plus de 70 ans pour lutter contre le paludisme, sont bien connus. La Chine a eu en premier l'idée d'utiliser ce viruscide dans la lutte contre le coronavirus. Cependant, le spécialiste recommande de multiplier les tests sur l'homme avant de généraliser son utilisation. 

“On n'est pas en train de prendre des mois et des mois de retard", a-t-il insisté. "On est en train de parler de quelques jours”. A l'heure actuelle, la Chine est déjà en train de faire des essais, auxquels s'ajoutent un essai européen et plusieurs en France.

"D’ici une dizaine de jours nous allons avoir la réponse et nous souhaitons tous que le professeur Raoult ait raison", assure William Dab. "Mais affirmer aujourd’hui, sans aucune précaution, que l’on peut généraliser ce traitement ne répond ni à l’éthique scientifique ni à l’éthique médicale."

Le médecin rappelle également que la chloroquine a des effets secondaires importants, de la nausée, mais aussi des effets sur la rétine, et cardiovasculaires. "Avant de prendre une décision qui engage des milliers de personnes, il y a un minimum de précautions à prendre", conclut-il. 

Camille Sarazin