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Coronavirus: face au manque de moyens, l'inquiétude grandit dans les Outre-mer

Des policières patrouillent au Gosier, en Guadeloupe, le 20 mars 2020.

Des policières patrouillent au Gosier, en Guadeloupe, le 20 mars 2020. - CEDRICK ISHAM CALVADOS / AFP

Les Outre-mer restent moins touchés par la pandémie de coronavirus que la métropole, mais les services hospitaliers et les populations y sont plus fragiles. Le président de la République a annoncé l'envoi de deux porte-hélicoptères pour leur venir en aide.

L'épidémie de coronavirus n'en est qu'à ses débuts en Outre-mer mais déjà les professionnels de santé alertent sur une possible catastrophe sanitaire. Emmanuel Macron a annoncé ce mercredi l'envoi de deux porte-hélicoptères dans l'océan Indien et les Antilles pour leur venir en aide.

Le porte-hélicoptères amphibie Mistral sera déployé "immédiatement" dans le sud de l'océan Indien et, "à partir de début avril", il "ira se positionner dans la zone Antilles Guyane en soutien de nos territoires ultramarins", a promis le chef de l'Etat lors d'une déclaration à Mulhouse.

120 cas à la Réunion

L'inquiétude est particulièrement forte à La Réunion et à Mayotte, passés au stade 2 de l'épidémie mardi, alors que les autres Outre-mer sont toujours en stade 1 et la métropole déjà en stade 3.

La Réunion est "tellement loin de tout, avec une telle pauvreté, précarité, promiscuité et avec des comorbidités si nombreuses, une population si souvent cruellement démunie, que nous pouvons nous attendre à des taux de mortalité plus élevés que ceux en métropole", affirme la doctoresse Kathia Cadinouche, généraliste et régulatrice au Samu, au nom d'"un collectif informel de professionnels de terrain".

L'île comptait 120 cas identifiés ce jeudi, dont trois personnes en réanimation. C'est le département d'Outre-mer le plus touché à ce jour. Si la plupart des cas ont été "importés" de métropole, la découverte de premiers cas "autochtones" a justifié le passage en stade 2.

Il existe désormais une chaîne de contamination locale. Or, le territoire de près de 860.000 habitants ne peut s'appuyer que sur 112 lits de réanimation.

"Nous sommes sur une île, loin de la métropole: quand nos moyens de prise en charge des cas sévères seront saturés, il n'y aura aucune possibilité de prise en charge alternative", ajoute le conseil départemental de l'ordre des médecins.

Le système hospitalier des îles voisines, Madagascar et les Comores, est défaillant. La seule évacuation sanitaire possible est vers l'Hexagone, à 10 heures d'avion. 

A Mayotte, on s'attend à "un tsunami"

A Mayotte aussi, on s'attend au pire. L'île ne comptait que 42 cas ce jeudi, mais elle ne dispose que de 16 lits de réanimation pour 256.000 habitants. Des soignants sont déjà contaminés par le virus. "Ce n'est pas une vague qu'on attend, c'est un tsunami", a alerté le député LR Mansour Kamardine, qui réclamait depuis plusieurs jour le porte-hélicoptère Le Mistral et "ses 69 lits médicalisés". 

"Je crains de m'exposer et d'exposer mes patients", avoue Saïndou Allaoui, président du Syndicat national des infirmiers libéraux. "Tout le monde a peur, on n'est pas équipés, on n'a pas les moyens nécessaires".

L'Île doit faire face en même temps à une épidémie de dengue meurtrière. La combinaison de ces deux maladies pourraient avoir des conséquences dramatiques pour la population, particulièrement pauvre: 30 % n'a pas d'accès à l'eau courante.

Des morts dans les Antilles

Dans les Antilles aussi, la peur grandit. La Martinique et La Guadeloupe déplorent chacune leur premier mort du Covid-19. Dans ces deux départements, la population est particulièrement âgée et vulnérable.

La Guadeloupe, compte pour l'heure 76 cas avérés, dont 7 en réanimation et dispose d'une grosse cinquantaine de lits de réanimation.

"On attend une vague, c'est sûr, mais on ne sait pas de quelle hauteur", explique le professeur Michel Carles, chef de service de réanimation du CHU de Guadeloupe, lui-même testé positif, avec le directeur général du CHU.

Delphine Roux, infirmière libérale à Sainte-Anne, est particulièrement inquiète. "Nous n'avons plus de masque FF2P, plus de surblouses", raconte-t-elle.

Une population âgée et vulnérable

En Martinique aussi, où 66 cas sont enregistrés, les soignants dénoncent le manque de matériel de protection. Le syndicat des médecins de Martinique exige des masques FFP2, des lunettes de protection et des tenues jetables. "Nous ne sommes point dupes des déclarations de l'ARS dans les médias ! nous n'avons pas reçu de masques qui nous assureraient une meilleure protection", affirme-t-il dans un communiqué publié ce mercredi

"La situation sanitaire était déjà tendue avant l'arrivée du Covid -19, ce qui la rend d'autant plus démunie face à la prise en charge des cas graves", car "le nombre de lits en soin de réanimation est bien inférieur à la moyenne nationale", affirme un collectif du personnel hospitalier.

L'inquiétude est particulièrement grande pour les personnes âgées. En Martinique, plus d'un quart de la population a plus de 60 ans, selon les statistiques de l'INSEE de 2016. Pour faire face à la population, des soignants demandent la venue de médecins cubains. 

Camille Sarazin avec AFP