BFMTV

Comment procèdent les chercheurs d'épaves pour retrouver un engin perdu?

Des plongeurs explorent l'épave du super pétrolier Amoco-Cadiz à 25 mètres de profondeur, au large de la côte de Portsall, dans le nord-ouest de la France, le 5 octobre 2018. (image d'illustration)

Des plongeurs explorent l'épave du super pétrolier Amoco-Cadiz à 25 mètres de profondeur, au large de la côte de Portsall, dans le nord-ouest de la France, le 5 octobre 2018. (image d'illustration) - Boris Horvat - AFP

A la recherche de bateaux ou d'appareils volants disparus, les chercheurs d'épaves sondent les fonds marins pour retrouver les engins qui ont sombré. Qui sont-ils et comment procèdent-ils?

L'épave de l’avion d’Emiliano Sala a été localisée dimanche, à 20 km au nord de l'île de Guernesey par des chercheurs d'épaves privés engagés par la famille du footballeur grâce à des dons. Avec les informations données par les enquêteurs britanniques sur la position potentielle de l'appareil, David Mearns, scientifique spécialisé dans la recherche d'épaves, a pu retrouver l'engin en une journée, à l'aide d'un bateau équipé de sonars.

Emiliano Sala et son pilote David Ibbotson avaient disparu au-dessus de la Manche le 21 janvier au cours d’un vol Nantes-Cardiff.

Qui sont les chercheurs d'épaves? 

Rechercher des épaves "ça part d'une passion" pour Bertrand Sciboz, patron du CERES, société spécialisée dans l'acquisition et le traitement de données géophysiques marines, comme la recherche d'épaves. Avant de se lancer dans la recherche d'engins submergés, lui a été plongeur sous-marin professionnel et scaphandrier. Il est régulièrement caractérisé de pionnier de la cartographie des épaves de la Seconde Guerre Mondiale dans la Manche.

Ses équipes ont des formations de scaphandriers, d'hydrographes ou encore d'océanographes, des métiers indispensables à la recherche sous-marine. "On ne peut pas improviser l'utilisation d'un sonar", souligne Bertrand Sciboz.

De son côté, David Mearns a fait des études de biologie et de géologie marines avant de partir à la recherche d'épaves englouties.

Comment démarrer une recherche?

Pour se mettre à la recherche d'une épave, outre des connaissances maritimes fondamentales, le matériel est primordial. Quand le CERES se lance à la recherche d'un appareil, il "part du dernier point radar communiqué. Ensuite, on va étudier la météo et le courant, ça va nous permettre de faire des prédictions sur l'endroit où l'épave peut se trouver", explique Bertrand Sciboz.

Dans le cas d'épaves plus anciennes, les recherches peuvent partir "à la suite d'écrits mentionnant des naufrages à certains endroits", explique à BFMTV.com Marc Langleur, plongeur sous-marin. Il a travaillé à la découverte de bateaux avec Jean-Pierre Joncheray, sommité française dans le milieu des chercheurs d'épaves. "Après il y a aussi le hasard, comme un pêcheur qui accroche un filet sur un bateau. Il se trouve que les épaves sont intéressantes pour eux car elles sont souvent entourées d'animaux marins", précise Marc Langleur. Le plongeur précise qu'avec le temps et les courants, beaucoup sont invisibles à l'oeil nu car ensevelies sous le sable.

Quel matériel utilisent-ils ?

Bertrand Sciboz et son équipe utilisent d'abord un sonar à balayage latéral qui donne "une vue aérienne du fond marin" avec laquelle ils peuvent repérer des objets pouvant appartenir à l'épave recherchée. "Il s'agit de l'un de nos outils principaux", explique le patron du CERES. Si jamais les chercheurs pensent apercevoir un élément intéressant, ils sortent le ROV (Remotely Operated underwater Vehicle, en français: "véhicule sous-marin téléguidé"). Ce robot permet de s'approcher de l'objet voulu, et de déterminer s'il s'agit d'un débris de l'appareil recherché, ou non.

Les équipes du CERES avaient proposé leurs services pour partir à la recherche de l'avion d'Emiliano Sala, mais n'ont pas été retenues, pour des raisons budgétaires d'après Bertrand Sciboz.

"On a proposé une méthodologie avec deux bateaux et un robot sous-marin", explique-t-il. Cela aurait mobilisé un peu moins de quinze personnes, pour un coût de 200.000 euros selon lui.

Qui mandate les chercheurs d'épaves?

Lorsqu'il y a des personnes disparues avec les engins, c'est d'abord la préfecture maritime qui s'occupe des recherches. Les autorités publiques tentent alors de retrouver les survivants ou les morts. Les chercheurs d'épaves sont embauchés quand l'enquête officielle prend fin. Dans le cas de l'avion d'Emiliano Sala, la police de Guernesey avait annoncé la fin des recherches le 24 janvier, trois jours après la disparition de l'appareil. David Mearns et ses équipes avaient ensuite été engagées, a priori via l'argent d'une cagnotte en ligne lancée par la famille du footballeur, qui a récolté plus de 370.000 euros.

Le CERES est souvent engagé par les assurances des appareils perdus, et rémunéré par elles. Il peut s'agir "de bateaux, de conteneurs mais aussi d'avions ou d'hélicoptères" raconte Bertrand Sciboz, dont les équipes ont déjà retrouvé 5 avions.

Pour les épaves anciennes, qui relèvent de la recherche archéologique, les particuliers doivent soumettre un dossier à la Drassm (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines) pour l'explorer. Lorsqu'il s'agit d'objets historiques, les conditions d'exploration sont "très réglementées et très strictes", explique Marc Langleur. Les budgets alloués servent bien souvent à payer le carburant et les équipes qui se mettent à fouiller l'épave sont bénévoles, comme l'a été le plongeur sous-marin.

Salomé Vincendon